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De l'émerveillement

Couverture du livre De l'émerveillement

Auteur : Michael Edwards

Date de saisie : 06/05/2008

Genre : Littérature Etudes et théories

Editeur : Fayard, Paris, France

Collection : Essais

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-213-63576-7

GENCOD : 9782213635767

Sorti le : 09/04/2008


  • La présentation de l'éditeur

«Au lieu de supposer que l'émerveillement est le propre des enfants et des ingénus, une émotion agréable et passagère dont on se défait en comprenant l'objet qui l'a provoqué ou en revenant aux choses sérieuses, ce livre invite à penser qu'il n'y a rien de plus adulte ni de plus sérieux que de s'émerveiller.»
Michael Edwards nous fait parcourir en quinze étapes quelque vingt-cinq siècles de littérature occidentale, de Platon à Philippe Jaccottet, du ciel des idées à la poésie de tous les jours, avec des escales inattendues, comme cette éblouissante évocation d'un chef-d'oeuvre musical du XVIe siècle redécouvert à Cambridge en 1960, le «Spem in Alium» de Thomas Tallis.
Pour sonder les mystères de la création il ne néglige, en effet, aucun allié : la musique (Purcell, Bach), la peinture (Vermeer) y sont ici largement représentées, notamment dans les rapports qu'elles entretiennent avec la poésie.
Sans ignorer les théories critiques modernes mais pour en avoir sans doute éprouvé les limites (et peut-être jaugé les naïvetés) Michael Edwards préfère, dans l'esprit des premiers «Lecteurs royaux», faire revivre un art de lire oublié, qui s'en tient au texte seul.
Qu'il s'arrête, pour étayer son propos sur une page de Dickens, sur quelques vers de Wordsworth ou de Chrétien de Troyes, c'est toujours comme s'il s'agissait de la dernière nouveauté.
Cette leçon de lecture est aussi une leçon de sagesse. En préservant ou en ranimant notre aptitude à l'émerveillement, la littérature nous suggère une autre façon de voir et de vivre.

Michael Edwards est poète en français et en anglais, et professeur au Collège de France. Il a publié de nombreux essais sur la création littéraire et artistique. Il rencontre une grande audience avec ses cours au Collège diffusés par France Culture.



  • La revue de presse Bruno Frappat - La Croix du 6 mai 2008

Un mot résume l'effet que procure la lecture de ce livre, c'est son titre : l'émerveillement. Non pas que la lecture en soit toujours aisée : il y a des passages qui nécessitent des efforts d'attention et de pensée et qui, une fois franchis, vous laissent le sentiment d'être plus intelligents à la sortie qu'à l'entrée, ce qui n'est jamais désagréable... Émerveillement devant la quantité de références, la profusion de lectures qui sous-tendent cette étude sans empêcher l'auteur d'avoir ce brio d'écriture, cet humour (forcément britannique), cette allégresse, face aux choses de la vie et de l'art, qui deviennent communicatifs. Michael Edwards est professeur au Collège de France. C'est dans cette auguste enceinte qu'il donna en 2006-2007 une série de cours sur l'émerveillement. Le livre en est issu. Edwards est philosophe, poète (en français et en anglais), essayiste dans les domaines de la littérature et de l'art. On ne serait pas étonné que cet homme-passerelle entre deux cultures (au moins...) devienne un jour le premier Anglais de l'Académie française...
Imaginerait-on un monde sans émerveillement ? Sans cette capacité qui n'est pas niaiserie infantile mais comble de l'humanité de l'homme ?



  • Les premières lignes

Où commencer ?
La question semble aller de soi, et appeler une réponse franche et résolue. À bien y réfléchir, cependant, ne la sentons-nous pas changer de nature ? Elle ne nous invite plus à prendre une décision : commencer ici ou là, mais à reconnaître ce fait pénible : commencer nous échappe, ne relève pas de notre compétence. Nous ne sommes pas au commencement, nous sommes engagés dans une voie, ou dans plusieurs, et un monde déjà là nous entoure et habite, inextricablement, notre conscience. A chaque fois que nous y pensons, que nous reprenons connaissance, la question à poser serait plutôt : où suis-je ?
Le Théétète de Platon contient un dialogue entre Socrate, le géomètre Théodore et son élève Théétète, à propos de l'épistémè - le savoir, le connaître, le s'y connaître -, acte difficilement compréhensible par lequel rame, quand elle «se donne de la peine en vue des choses qui sont» (187a), atteint l'être et la vérité. Invité par Socrate à définir l'épistémè, Théétète soutient (151e) qu'elle n'est autre que l'aisthèsis, c'est-à-dire, à peu près, la perception. Dans De l'essence de la vérité (un cours de 1931-1932 publié en 1988), Heidegger intervient vers la fin de la longue discussion de cette première définition, au moment où il trouve ce dont il a besoin pour son nouvel examen de la vérité, de la «non-vérité» et de l'être. Je vais intervenir quelques pages seulement après l'annonce de cette définition et m'arrêter sur une remarque de Théétète qui ne contribue en rien à l'argument. Socrate attire son attention sur des choses qui «se combattent en notre âme» (155b) : rien ne peut devenir plus grand ou plus petit tant qu'il reste égal à lui-même, pourtant six osselets à côté de quatre autres sont moitié plus, mais à côté de douze sont moitié moins, et, par l'effet du temps sur le rapport de leurs âges respectifs. Socrate, qui est plus que Théétète, deviendra moins. Afin de sonder le jeune homme, Socrate dit qu'il ne doute pas qu'il ait suivi l'argument et qu'il ail déjà rencontré dans ses études ce genre de problème, c'est bien le cas, et la réponse de Théétète (155c) est exemplaire : «Et j'en atteste les dieux, Socrate, je m'émerveille prodigieusement [à me demander] que sont ces choses-là, et quelquefois, vraiment, à regarder ces choses, je suis pris de vertige.»
De quoi Théétète s'émerveille-t-il, et quelle est la nature de son émerveillement ? Notons d'abord l'expression huper-phuôs hôs thaumazô, où l'adverbe élargit la portée du verbe «outre mesure» et presque à l'infini, et que l'on pourrait traduire : «je m'étonne démesurément», ou «j'admire extraordinairement», ou même «je m'émerveille merveilleusement». Devrions-nous nous étonner à notre tour de la disproportion entre la réaction de Théétète et quelques petites subtilités qui agacent la raison ? Il se peut bien que Théétète, adolescent et apprenti philosophe, s'émerveille encore de questions secondaires, mais le commentaire de Socrate (que nous examinerons) prouvera que son émerveillement est néanmoins vrai. Et ce qui le trouble, après tout, ce n'est pas tant un problème logique malaisé à résoudre que l'instabilité de tout ce qu'il considère, le lait que, sans cesse, les choses semblent changer sans changer et qu'elles éprouvent toutes de la difficulté à être, depuis les osselets jusqu'à Socrate ci lui-même. (On apprécie, en effet, la finesse pédagogique de Socrate, qui n'ajoute pas, à l'exemple de ces osselets quelconques, la comparaison entre un homme âgé et un jeune homme indéterminés, mais qui prend comme exemple celui qui parle et celui à qui il parle. Son approche est proprement existentielle.)


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