Auteur : Guillaume Mouralis
Date de saisie : 19/06/2008
Genre : Histoire
Editeur : Fayard, Paris, France
Prix : 26.00 € / 170.55 F
ISBN : 978-2-213-63537-8
GENCOD : 9782213635378
Sorti le : 27/02/2008
À l'approche du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, ce livre s'interroge sur la manière dont le communisme a été politiquement digéré et jugé en Allemagne depuis sa disparition à l'automne 1989.
Car dans l'Europe postcommuniste, l'Allemagne fait figure d'exception : tandis que la plupart des anciennes démocraties populaires ont largement renoncé à punir les crimes d'État commis sous les régimes communistes déchus, l'Allemagne unifiée s'est engagée dans la voie d'une large épuration. Des milliers de procès pour meurtre au mur de Berlin et autres violations des droits de l'homme en RDA eurent lieu après le 3 octobre 1990. Ces procès n'étaient d'ailleurs que l'aspect le plus marquant d'un ensemble de politiques du passé aussi diverses qu'ambitieuses.
Pour tenter de comprendre le Sonderweg allemand en ce domaine, il était nécessaire de sortir du cadre chronologique étroit des années 1990. L'auteur explore la double genèse de l'épuration qui suivit l'unification allemande : d'une part, les premiers pas de cette épuration furent accomplis, en RDA même, au cours de la «révolution pacifique» de l'automne 1989. D'autre part, la justice ouest-allemande était remarquablement bien préparée à accomplir cette mission. C'est en effet à des magistrats tous issus de l'ancienne République fédérale qu'incomba la tâche d'enquêter sur les crimes commis en RDA et de punir leurs auteurs. Or la justice ouest-allemande préparait l'épuration depuis 1949, à la faveur de la guerre froide qui opposa les deux États allemands. En outre, l'expérience ouest-allemande des procès de criminels nazis pua, dans les années 1990, un rôle déterminant : l'échec supposé de ces derniers fut volontiers invoqué pour justifier une épuration postcommuniste ample et ferme. Plus fondamentalement, responsables politiques et magistrats usèrent largement d'outils juridiques forgés à l'occasion des procès de criminels nazis.
Guillaume Mouralis est agrégé et docteur en histoire. Il a soutenu en 2005 une thèse, qui est à l'origine de cet ouvrage. Ses travaux portent sur l'histoire de l'Allemagne et sur l'histoire de la justice au XXe siècle.
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Comment réprimer les crimes commis à l'Est par les dictatures communistes ? Cette question s'est posée dès les lendemains de chute du Mur dans l'ensemble des démocraties populaires, mais elle a revêtu une acuité particulière en Allemagne. La RFA avait de longue date dénié toute existence légale à son frère ennemi, et l'imparfaite dénazification opérée après la Seconde Guerre mondiale créait un précédent dont les autorités fédérales entendaient éviter la réédition...
Les victimes portèrent très rarement plainte contre leurs anciens bourreaux (moins de 5 % des affaires répondent à une plainte personnelle). Se ruant sur les dossiers de la Stasi dont la communication fut librement accordée, la population se montra donc indifférente à l'égard d'un processus d'autant plus commandé par l'Ouest que des places - dans l'appareil judiciaire notamment - se libéraient à l'Est. Autant de paradoxes qu'évoque le livre de Mouralis.
Depuis la chute du mur de Berlin, en 1989, les anciens pays du bloc soviétique n'ont eu de cesse de se demander comment tourner la page du communisme. Au nom de la réconciliation nationale, certains dirigeants, comme l'ancien premier ministre polonais Tadeusz Mazowiecki, encouragèrent leurs concitoyens à "tirer un gros trait sur le passé". Mais l'histoire a finalement donné tort aux partisans de l'amnésie, et la plupart des Etats ont fini par adopter des lois dites de "lustration", obligeant les responsables politiques et administratifs à prouver qu'ils n'avaient pas "collaboré" avec le régime déchu. L'ex-République démocratique allemande (RDA) n'a pas été épargnée par ce type de procédures. Elle a même été visée avec une sévérité particulière, comme le montre Guillaume Mouralis dans le riche ouvrage, issu d'une thèse, qu'il consacre à l'"épuration" des élites est-allemandes. Une épuration dont la singularité tient au fait que les tribunaux y ont joué un rôle central. L'Allemagne s'est en cela distinguée de la plupart des anciennes démocraties populaires qui eurent tendance à privilégier, comme le rappelle l'historien, une "politique d'injustice (évitant) autant que possible le recours à la justice pénale".
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