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Une nouvelle vie

Couverture du livre Une nouvelle vie

Auteur : Françoise Bourdin

Date de saisie : 15/04/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Belfond, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 19.80 € / 129.88 F

ISBN : 978-2-7144-4450-9

GENCOD : 9782714444509

Sorti le : 17/04/2008


  • La présentation de l'éditeur

La vie d'Alban Espérandieu bascule le jour où un accident l'oblige à renoncer à sa carrière de pilote. Le séduisant commandant de bord décide alors de quitter Paris et de s'installer à Trouville, dans la maison où il a passé toute son enfance. Il y retrouve Jo, sa grand-mère adorée, qui l'a élevé avec ses deux frères après la mort tragique de leurs parents. Mais la vieille femme ne voit pas d'un bon oeil l'arrivée de son petit-fils, bientôt rejoint par Valentine, la femme qu'il aime. Traductrice pour une grande maison d'édition, celle-ci n'abandonne pas pour autant ses activités, appréciant le calme du bureau qu'elle s'est aménagé pour travailler.
Tandis qu'il s'interroge sur sa reconversion professionnelle, le pilote découvre par hasard des événements étranges qui se sont déroulés dans la villa trente ans plus tôt. Entouré de ses frères, de ses belles-soeurs et de Jo, qui en sait visiblement plus qu'elle ne le dit, il essaie d'y voir plus clair dans son passé.
En livrant un à un ses secrets, la maison va-t-elle empêcher Alban de se reconstruire ?

Françoise Bourdin est romancière et scénariste pour la télévision. Depuis le succès des Vendanges de Juillet jusqu'à celui d'une passion fauve et de Berill ou la Passion en héritage, en passant par L'Inconnue de Peyrolles et Les Bois de Battandière, ses romans, tous publiés chez Belfond, séduisent toujours davantage de lecteurs.





  • Les premières lignes

La première chose que vit Alban en ouvrant les yeux fut la pile de cartons. Il ne restait que ces trois-là, dès qu'il les aurait vidés ce serait comme s'il n'était jamais parti.
Il patienta quelques instants, le temps que sa vue devienne plus nette. Sur le mur, au-dessus des cartons, une fissure zigzaguait vers la fenêtre. La même, depuis toujours, qui s'élargissait insensiblement au fil des années. La maison vieillissait, s'abîmait sous l'effet du vent salé venu de la mer.
Il s'étira, faillit rabattre la couette sur sa tête, prêt à se rendormir, mais il se rappela d'un coup la présence de ses frères, arrivés tard la veille au soir. Jo devait déjà s'affairer dans la cuisine, alors qu'Alban avait promis qu'il s'occuperait de tout. Il jaillit hors du lit, récupéra ses lunettes sur la table de nuit et fonça vers la salle de bains. Dix minutes plus tard il dévalait l'escalier, vêtu d'un jean et d'un col roulé, une main sur la rampe pour aller plus vite dans les courbes des paliers. Il trébucha sur la barre de cuivre de l'avant-dernière marche, ce qui lui arrivait presque chaque matin, et se retrouva propulsé au milieu du hall. En découvrant qu'une lumière brillait, à l'autre bout de la galerie, il comprit qu'il arrivait trop tard.
- Toujours aussi matinale ! ronchonna-t-il.
Plus rien ne le pressait, aussi marqua-t-il un temps d'arrêt devant l'une des fenêtres. Le jour se levait à peine, avec des traînées laiteuses à l'est. D'ici une heure, on pourrait apercevoir la mer, au loin, et peut-être un bateau tel un point minuscule sur l'horizon.
Il gagna la cuisine, entra à pas de loup et fit sursauter Jo lorsqu'il la saisit par la taille.
-J'ai eu peur ! protesta-t-elle. Regarde-moi ça, il y en a partout.
La louche de pâte qu'elle était en train de verser dans la poêle avait débordé, mais son air réjoui prouvait qu'elle n'était pas fâchée. Il nettoya les dégâts à grand renfort d'essuie-tout, soudain affamé par l'odeur des crêpes et du beurre chaud. Sur la lourde table, marquée d'innombrables éraflures, les bols à pois voisinaient avec les pots de confiture dont Jo avait le secret. Reines-claudes, mûres, framboises ou mirabelles, à la belle saison elle pouvait rester penchée sur ses chaudrons de cuivre des journées entières pour surveiller l'exacte cuisson des fruits.
- Joséphine, dit-il d'un ton solennel, tu es une grand-mère en or !
De nouveau, il la prit dans ses bras, plus doucement cette fois, et la berça contre lui.
- Mais tu te fatigues trop. À quelle heure t'es-tu levée ?
- On n'a plus besoin de sommeil à mon âge.
Elle tourna la tête pour le dévisager, esquissa un sourire.
-Je ne m'habitue pas à te voir porter des lunettes, Alban. Elles te vont bien, remarque, je ne voulais pas dire...
Navrée d'avoir été maladroite, elle se mit une main sur la bouche comme pour s'obliger à se taire.
- Ne t'inquiète pas, Jo. Je m'y suis fait, ça m'est égal.


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