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La transe

Couverture du livre La transe

Auteur : Cécile Oumhani

Date de saisie : 09/05/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : J.-P. Huguet, Saint-Julien-Molin-Molette, Loire

Collection : Bleu Orient

Prix : 12.00 € / 78.71 F

ISBN : 978-2-35575-031-1

GENCOD : 9782355750311

Sorti le : 04/04/2008


  • La dédicace de l'auteur

Ces nouvelles sont nées d'un va et vient entre la France et un village du Cap Bon au Nord de la Tunisie. Ce sont des fragments d'un quotidien aussi ordinaire qu'anonyme. J'ai voulu explorer au plus loin ce qui se cache dans un regard, des lèvres qui se taisent ou un mot qui trébuche et se brise. Femme de ménage, coiffeuse ou couturière, ceux dont la voix ne porte jamais assez haut pour qu'on l'entende m'émeuvent, m'interpellent. Je suis en quête de l'humain que nous portons tous en nous, où que nous vivions.

Cécile Oumhani



  • La présentation de l'éditeur

La Transe et autres nouvelles, ce sont d'abord des voix, de femmes souvent, au plus près du quotidien, tragique et dérisoire, dans un environnement maghrébin soumis à des tensions nord-sud, est-ouest. Une écriture de l'intimité, de la proximité, à travers laquelle Cécile Oumhani dresse des portraits sensibles, décryptant les silences, les peurs, les bribes de paroles et de mémoire de personnages qui, par la simplicité de leurs rêves et de leurs actions, accèdent à une forme d'héroïsme moderne.

Cécile Oumhani, maître de conférences à l'Université de Paris 12, est aussi poète et romancière. Son écriture est enracinée entre la France et la Tunisie. Elle est l'auteur d'une douzaine d'ouvrages (recueils de poèmes, nouvelles, romans, essais).

Bleu Orient est une collection destinée à la publication d'ouvrages littéraires - romans, nouvelles, proses poétiques - thématiquement liés au monde arabe et à l'espace méditerranéen. D'où qu'ils viennent, dans l'espace et parfois dans le temps, ils exploreront les frontières des langues, des cultures et de la littérature. C'est amener des voix du monde arabe, parfois classique puisqu'il y a là une culture à transmettre, et mettre au jour un ensemble de regards singuliers sur celui-ci ; ce sont des regards différents sur un espace loin d'être univoque : un monde arabo-musulman vu par des écrivains arabophones ou non, étrangers ou non à cet espace, publiés ici en français. On imagine des rencontres, des confrontations, des flux, on imagine qu'il se passe toujours quelque chose à la croisée des cultures.



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  • Les premières lignes

Le village se tait. Dans la véranda, Ajmi s étire longuement avant d'aller prendre le thé dans la pénombre du salon délicieusement frais. Ce thé qu'Afef fait à la perfection, avec quelques pignons de pin, comme il les aime... Ils sont loin, les premiers temps de son mariage, ceux où Afef avait la silhouette élancée de ses filles... Une époque d'émoi et d'incertitude. Il croit la voir entrer dans la pièce, lorsque l'aînée apporte le plateau avec les verres et la théière. Les années lui ont pris ses rêves avec le goût d'inconnu sur la route qui était devant eux...

Quand la lumière décline vers l'or pâle de la fin de l'après-midi, son regard court vers le terrain vague devant la maison, une étendue de cailloux et de poussière, avec la coupole blanche du mausolée érigé pour Sidi Essid, un obscur saint dont il sait que quelques pèlerins viennent lui confier leurs voeux le jeudi soir. Une vieille femme assure que c'est grâce à Sidi Essid que les Allemands n'ont pas pilonné le village pendant la guerre. Lorsque leurs avions passaient, ils ne voyaient qu'une immense forêt et ils s'éloignaient sans lâcher leurs bombes. Ajmi n'est jamais entré dans le sanctuaire. Il entend sa porte se refermer tard le jeudi, avec l'écho que réverbère le vide. Enfant, il est allé dans des mausolées comme celui-ci. Leurs murs étaient recouverts d'inscriptions au henné, laissées par des visiteurs remplis de l'espoir qu'ils seraient exaucés par leur saint.

Le claquement de la porte l'a parfois réveillé en sursaut, alors qu'il s'était assoupi dans la véranda. Il s'est introduit dans son sommeil, avec les ténèbres de la pièce où il imagine le tombeau de bois peint en vert et rouge, décoré de bannières brodées de fils d'or et d'argent... Ajmi poursuit ses nuits, taraudé par une sonorité obstinément creuse. Sidi Essid repose-t-il bien en ce lieu ? Ou le tombeau de bois serait-il inoccupé comme ces cénotaphes dont on lui a parlé ? Il croit se trouver devant le claustra qui lui sert d'enceinte. Un corps enveloppé dans son linceul lui apparaît, ou bien il sursaute, en rêvant que la tombe est vide, un simple simulacre de présence offert à la dévotion des pèlerins...


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