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Fictions du pragmatisme : William et Henry James

Couverture du livre Fictions du pragmatisme : William et Henry James

Auteur : David Lapoujade

Date de saisie : 12/04/2008

Genre : Philosophie

Editeur : Minuit, Paris, France

Collection : Paradoxe

Prix : 29.00 € / 190.23 F

ISBN : 978-2-7073-2039-1

GENCOD : 9782707320391

Sorti le : 03/04/2008


  • La présentation de l'éditeur

Paradoxe

DAVID LAPOUJADE

FICTIONS DU PRAGMATISME
WILLIAM ET HENRY JAMES

Tout oppose les oeuvres de William et Henry James, le phi­losophe américain fondateur du pragmatisme (1842-1910) et le romancier, auteur de Portrait de femme et des Ailes de la colombe (1843-1916). L'un se présente comme le philosophe des vérités concrètes, l'inventeur d'un empirisme «radical», résolument tourné vers une pensée pratique sans cesse reconduite vers l'expérience directe des réalités sensibles ; l'autre se présente au contraire comme le romancier de l'indirect et dresse le portrait de consciences qui ne cessent de s'interpréter les unes les autres en s'éloignant toujours davantage du socle des certitudes sensibles. Mais s'agit-il d'une opposition ? N'a-t-on pas en réalité affaire à une sorte d'échange ou de vol mutuel ? L'un fait de la philosophie une sorte de roman d'aventures tandis que l'autre fait du roman la forme réfléchie par excellence, le récit du mental et de ses modes de raisonnement. L'un fait de l'action le nouveau centre de gravité de la philosophie ; l'autre fait de la pensée le nouveau sujet du roman, comme si chacun volait à l'autre ce qui jusqu'alors lui revenait de droit. C'est de ce vol ou cet échange dont il s'agit de faire le récit conceptuel.



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  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

LES RELATIONS

Je veux aller dans les lieux fabuleux où l'on ne se préoccupe absolument pas de la convergence ultime de tout.
Zelda Fitzgerald

Le monde des frères James est avant tout un monde de relations. Le monde forme un immense tissu de relations qui s'entrecroisent, s'enchevêtrent dans toutes les directions. C'est un véritable flux continu. Comme le dit Henry James, «c'est un fait universellement reconnu que les relations ne s'arrêtent nulle part». Une chose en entraîne une autre, puis une autre encore, de manière illimitée. N'importe quel «bout» d'expérience peut être relié à un autre «bout», se prolonger ou bifurquer ailleurs, suivant des rapports mobiles et provisoires. «Le système entier des expériences, telles qu'elles sont immédiatement données, se présente comme un quasi-chaos à travers lequel on peut, en partant d'un terme initial, suivre de nombreuses directions et cependant finir au même point d'arrivée, en se déplaçant de proche en proche par de très nombreux chemins possibles». N'est-ce pas précisément le danger ? Le monde ne risque-t-il pas de s'enfoncer dans le chaos, soumis à une dispersion radicale de toutes ses parties ? Au contraire, ce qu'on observe, c'est que les relations forment des systèmes grâce auxquels «tout se tient». Il existe d'abord des «lignes d'influence» élémentaires qui se diffusent à travers l'immensité de l'univers et lui confèrent une unité relative.
«La pesanteur, la propagation de la chaleur, sont de ces influences qui unissent toutes choses [...] Les influences électriques, lumineuses et chimiques suivent des lignes d'influence similaires». La contiguïté, puis la causalité constituent elles aussi des relations élémentaires dans la mesure où elles unissent toutes choses dans une relation de dépendance mutuelle. L'ensemble de ces systèmes assure au monde la cohésion d'un «univers». L'univers ne forme pas une unité par lui-même, mais par toutes les relations qui le composent.
Mais cette cohésion se renforce encore puisque, à l'intérieur de ces systèmes universels, nous «créons nous-mêmes constamment des connexions nouvelles entre les choses, en organisant des groupes de travailleurs, en établissant des systèmes postaux, consulaires, commerciaux, des réseaux de voies ferrées, de télégraphes, des unions coloniales et d'autres organisations qui nous relient et nous unissent aux choses par un réseau dont l'ampleur s'étend à mesure que se resserrent les mailles [...] Du point de vue de ces systèmes partiels, le monde entier se tient de proche en proche de différentes manières». Il n'y a pas lieu ici de distinguer entre les relations naturelles et artificielles, entre la pesanteur et le télégraphe, pas plus qu'on ne distinguera pour l'instant entre intériorité et extériorité.


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