Auteur : Pierre Moessinger
Préface : Mario Bunge
Date de saisie : 20/04/2008
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Hermann, Paris, France
Collection : Société et pensées
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 978-2-7056-6674-3
GENCOD : 9782705666743
Sorti le : 18/04/2008
Pierre Moessinger
VOIR LA SOCIÉTÉ
LE MICRO ET LE MACRO
Qu'est-ce que nous voyons, au juste, quand nous observons la société ? Comment faut-il regarder pour voir les phénomènes sociaux ? Quelles images nous en donnons-nous ? Telles sont les questions que se pose Pierre Moessinger, qui y répond en nous montrant où diriger le regard pour voir du changement, de la cohésion, de l'imitation, des régularités, de l'ordre ou du désordre.
Ce livre conduit à voir et à penser la société à partir des activités humaines. Il insiste sur les niveaux de la réalité sociale, sur les liens micro-macro, sur l'unité des phénomènes sociaux, et vise à réconcilier psychologie et sociologie.
"Pierre Moessinger a la particularité d'avoir été le dernier élève de Jean Piaget et d'avoir continué son travail en psychologie, en psychologie sociale, et en sociologie. Le travail de Moessinger, comme celui de son maître (...) contraste avec l'expérimentation à tous crins et avec la trivialité que l'on trouve trop souvent dans les travaux contemporains. Par ailleurs, Moessinger est d'une grande clarté, une vertu singulière à une époque où le non-sens postmoderne s'allie au jargon technique pour créer l'illusion de la profondeur. Last but not least, Moessinger ne cache pas ses présupposés philosophiques : c'est un réaliste qui croit à l'existence de régularités objectives. " (Préface de Mario Bunge)
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DE PRÈS OU DE LOIN, ET AUTRES QUESTIONS FONDAMENTALES
Où l'on s'aperçoit que ce que l'on voit n'est pas le plus important
RÉSUMÉ : Derrière la question qu'est-ce qu'on voit de la société ? s'en profile une autre, plus fondamentale : de quoi parle t-on quand on parle de la société ? Et comme on ne peut guère parler de la société sans l'étudier, la question de l'approche devient centrale. La métaphore de l'atterrissage, qui introduit celle des niveaux, nous permettra d'aborder la notion d'émergence. Mais surtout, nous verrons que les approches herméneutiques ont pris une importance excessive en sciences sociales, en particulier en sociologie. Même si ces approches s'appuient souvent sur un légitime rejet du positivisme, elles ne constituent pas, à elles seules, une authentique connaissance.
Il fait beau. Seuls quelques fins stratus, morcelant le paysage, m'empêchent par endroits de voir le sol. Les écrans vidéo annoncent que l'avion vole à près de 10.000 m d'altitude. On voit des forêts, des lacs, des rocs montagneux, et, bien sûr, de temps en temps, des villes. Celles-ci m'apparaissent comme une sorte d'émulsion grise plaquée sur un écrin vert ; j'en distingue les axes principaux, les parcs, les stades, les quartiers. J'aperçois ici une ville relativement peu étendue, avec un centre concentrique : c'est une ville médiévale. En dehors du centre, je peux distinguer des quartiers d'immeubles, de villas, une zone industrielle ; je devine l'emplacement de la gare. Une chose me frappe : il n'y a pas trace d'activité humaine présente. Certes, le travail passé des hommes peut être inféré, il se manifeste par ce que je vois, c'est-à-dire par des routes, des ponts, des maisons, des villages et des villes ; je peux aussi chercher à inférer les raisons pour lesquelles des individus ont, dans le passé, construit une agglomération à tel endroit ; par exemple, l'une est construite autour de la boucle d'un cours d'eau, une autre non loin d'une région agricole. Mais de l'ouvrage présent des hommes, rien n'apparaît, ou presque : en fixant le regard de manière intense, je peux apercevoir, sur les routes, de minuscules pucerons qui avancent en de lentes colonnes. Il faut imaginer que ces pucerons sont dirigés par des organismes intelligents.
Je me souviens des premières images satellite de la terre. Les continents, dont on reconnaît mal la forme, effacés par les nuages, bleuis par l'atmosphère, donnent de la terre une image très inhospitalière. On distingue vaguement, sur ces continents, des chaînes montagneuses, des forêts, des déserts, de la neige. Les couleurs sont peu contrastées, le gris-bleu domine. Ces images de la NASA étaient de véritables photos ; aujourd'hui, les modélisations numériques (qui croisent des informations radars, optiques, et/ou interférométriques) donnent des images reconstituées, qui n'ont que peu à voir avec ce que l'on verrait à l'oeil nu de l'endroit d'où l'image a été captée.
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