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Lire Bastiat : science sociale et libéralisme

Couverture du livre Lire Bastiat : science sociale et libéralisme

Auteur : Robert Leroux

Date de saisie : 08/05/2008

Genre : Sciences humaines et sociales

Editeur : Hermann, Paris, France

Collection : Société et pensées

Prix : 24.00 € / 157.43 F

ISBN : 978-2-7056-6715-3

GENCOD : 9782705667153

Sorti le : 18/04/2008


  • La présentation de l'éditeur

L'oeuvre de Frédéric Bastiat (1801-1850) a été, dès le milieu du dix-neuvième siècle, l'objet de multiples malentendus et d'interprétations contradictoires. D'un côté, on l'a souvent réduite à sa dimension polémique, à son style engagé ou encore à quelques formules chocs ; de l'autre, on a parfois souligné la portée cognitive de ses thèses en dégageant notamment, leur influence sur la science économique moderne.

Cet ouvrage, dont le propos est de restituer la cohérence et l'unité d'une pensée en apparence éparse, insiste sur la double contribution de Bastiat à la fois à l'essor de la science sociale et au développement du libéralisme.
Robert Leroux enseigne la sociologie à la Faculté des Sciences sociales de l'Université d'Ottawa.



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  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

Économiste, journaliste et homme politique, Frédéric Bastiat est l'une des figures marquantes du XIXe siècle français. Mieux que quiconque à son époque, il a incarné la bataille du libéralisme et de la science contre le socialisme et l'utopie. Ses combats pour l'idée de liberté, son engagement en faveur de l'économie politique, font de lui, pendant un peu plus d'une demi-décennie, c'est-à-dire entre 1844 et 1850, l'un des principaux porte-parole du libéralisme économique en France. Avec détermination, opiniâtrement, parfois en solitaire, il s'est à maintes reprises attaqué aux principaux doctrinaires socialistes de son temps qu'il qualifiait avec son bel humour de «pétrisseurs de l'argile humain».
De son milieu, Bastiat en a fait le procès : Louis Blanc, Victor Considérant, Pierre-Joseph Proudhon, Charles Fourier, Pierre Leroux, Etienne Cabet, pour ne nommer qu'eux, ont été peints sous sa plume à la fois comme les ennemis de la liberté et comme les adversaires de l'économie politique. Opposé aux systèmes mis en place par ces auteurs, qui forment par ailleurs un groupe assez hétérogène, Bastiat défend une méthode qui s'appuie essentiellement sur le comparatisme. Cette méthode, qui est celle aussi d'Adam Smith, de Jean-Baptiste Say, de Charles Dunoyer, permet d'expliquer, par exemple, pourquoi le libre-échange a-t-il rencontré autant d'hostilité en France alors qu'il a été reçu favorablement en Angleterre. Elle permet aussi d'identifier chez les individus les raisons, les desseins et les motivations qui sont à l'origine du vote. Elle permet enfin de saisir par quels mécanismes cognitifs les sophismes en viennent à se cristalliser en idées reçues. Bastiat ne se limite donc pas à l'étude de phénomènes habituellement réservés aux économistes, comme la production et la circulation de la richesse, de sa répartition et de sa consommation; comme les plus grands, il considère l'économie politique beaucoup plus largement encore, au point où, en lisant son oeuvre, on arrive difficilement à en cerner les limites. On ne doit certes pas y voir une lacune, mais au contraire une remarquable qualité qui témoigne de l'envergure d'un propos résolument inter­disciplinaire. On décèle tout de suite que Bastiat n'est pas un économiste orthodoxe ; le poids qu'il a accordé aux idées, aux croyances, l'ont rendu un peu étranger à sa propre communauté scientifique.
Bastiat a rêvé de liberté, à l'institution d'une société fondée sur la responsabilité et l'autonomie individuelles. Surtout qu'après 1848, l'étatisme, il en a suffisamment parlé, s'imposait à ses yeux comme un obstacle à la liberté. D'où son combat, avec quelques fidèles alliés, en faveur d'un régime authentiquement libéral; d'où ses désaccords et ses innombrables querelles avec les élites intellectuelles et les décideurs. Sans doute, il lui est arrivé de s'être emporté, parfois même jusqu'au lyrisme, par ses propres aspirations, par ses convictions intimes. Cela, pour plusieurs économistes, jette quelque ombre sur sa contribution scientifique. Cette réserve est légitime. Mais elle risque d'occulter l'essentiel, à savoir que l'oeuvre de Bastiat repose en général sur un argumentaire scientifiquement solide. Il s'est d'ailleurs très tôt convaincu que l'économie politique pouvait produire un savoir scientifique comparable à celui des sciences naturelles. Dans de multiples écrits, il a répété que la matière sociale était un sujet d'observations, non d'expérimentations. Positiviste, Bastiat l'a été, mais à sa manière, dans un sens fort différent en tout cas de celui d'Auguste Comte et de ses disciples. Il a refusé de croire par exemple, et ce fait est important, que les sciences sociales et les sciences naturelles devaient embrasser des principes méthodologiques communs. Du reste, Bastiat était persuadé que l'explication des phénomènes sociaux se trouvait essen­tiellement dans la psychologie des individus. Loin d'être une simple abstraction, encore moins une «molécule passive», l'individu était d'abord à ses yeux un objet concret, un être «pensant» et «rationnel» sur lequel devaient s'édifier les sciences sociales. La remarque est importante ; elle dévoile, à elle seule, une méthode et un programme de recherche.


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