Passion du livre - tout sur le livre : Traces

Recherche

Recherche simple
Recherche multi-critères

Traces

Couverture du livre Traces

Auteur : Philippe Delerm

Date de saisie : 08/04/2008

Genre : Essais littéraires

Editeur : Fayard, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-213-63444-9

GENCOD : 9782213634449

Sorti le : 09/04/2008


  • La présentation de l'éditeur

«C'est un coin dans le port, loin des coques pimpantes, cimetière des bateaux. Immobiles dans l'eau bleue, ils font moins penser aux voyages qu'à l'idée même de voyage. Leur structure fragile est une forme de pensée, celle des charpentiers de marine et celle des marins. Ce ne sont pas des os, ce ne sont pas des planches, mais quelque chose entre les deux, un désir enlisé qui ne renonce pas à son principe, à son essor. Aristocrates au-dessus de leur sort, ils aiment qu'un peu d'eau vienne bouger dans la lumière sur leurs flancs, les révéler et les dissoudre. Au cimetière les bateaux ne sont pas morts.»



logo fnacCommander ce livre sur Fnac.com



  • Les premières lignes

Mille feuilles

CETTE MORT de l'Affiche n'est pas une mort. L'affiche n'est presque jamais arrachée, défaite. Elle a si peu souvent le temps de s'estomper sous l'éclat du soleil, ou même d'être arrachée par les bourrasques de la pluie. Mais elle est recouverte. Le concert rock dépasse sous le festival de musique baroque, résiste encore un peu sous les tracts révolutionnaires collés à la sauvette. Qui est allé le 28 octobre à dix-huit heures à la Mutualité ? Sûrement pas les mêmes qui se sont décidés à venir écouter les Narcissic Lovers à la Maroquinerie le 10 novembre. Mais la plupart de ceux qui ont croisé le regard des affiches n'ont même pas imaginé qu'elles pourraient infléchir une soirée de leur vie. Pourtant, ils ont à peu près déchiffré les noms, les dates, les messages, surtout si le trajet leur était familier. Pourtant, cela leur a fait du bien que ces propositions soient jetées dans l'air de la ville - ils étaient au-dessus, puisqu'ils pouvaient s'en dispenser.
Toutes ces virtualités effacées d'un battement de paupière font la marche plus désinvolte, le chemin plus léger. On a une vie, puisqu'on n'obéit pas à ceux qui voudraient la remplir autrement. La supplication muette des affiches n'aborde même pas les terres du possible. Elle reste dans l'éventuel, et caresse imperceptiblement l'amour-propre dans le bon sens du poil. Oui, vous faites partie des gens que tout cela pourrait séduire. Et c'est bien pour cela que vous ne serez pas tenté.
Parfois cependant l'affiche se décolle. Elle devient plus triste, et cet envers blanc froissé qui bat au vent d'automne parle de solitude, de silence. Juste en dessous, les dates périmées témoignent d'un temps lointain qu'on n'aura pas vécu. Tiens, je n'étais pas là, j'y serais bien allé.


Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli