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Le siècle de Freud : une histoire sociale et culturelle de la psychanalyse

Couverture du livre Le siècle de Freud : une histoire sociale et culturelle de la psychanalyse

Auteur : Eli Zaretsky

Préface : Elisabeth Roudinesco

Traducteur : Pierre-Emmanuel Dauzat

Date de saisie : 17/04/2008

Genre : Psychologie, Psychanalyse

Editeur : Albin Michel, Paris, France

Collection : Bibliothèque Albin Michel des idées

Prix : 30.00 € / 196.79 F

ISBN : 978-2-226-17911-1

GENCOD : 9782226179111

Sorti le : 19/03/2008


  • La présentation de l'éditeur

Le Siècle de Freud raconte une aventure intellectuelle mondiale sans précédent : la psychanalyse. Explorant l'évolution de «l'intériorité», une expérience ancrée dans les processus modernes d'industrialisation et d'urbanisation, Eli Zaretsky, professeur à la New School for Social Research of New York, apporte une interprétation du freudisme et une vision de son histoire, depuis la découverte de l'inconscient jusqu'à aujourd'hui, totalement inédites.
Dans cet ouvrage fondamental, déjà traduit dans de nombreux pays, l'auteur affirme la force d'émancipation de la pensée analytique, sans nier la validité de certaines critiques à son encontre. Si la psychanalyse a joué un rôle essentiel des années 1920 aux années 1960, dans les mouvements de libération des femmes ou les revendications des homosexuels, elle a aussi pu conforter les tendances conservatrices, alimentant les controverses dont elle était l'objet. Au point d'être perçue comme une pseudo-science dont la survie est désormais en question.

«Une contribution brillante, minutieusement documentée pour resituer l'oeuvre de Freud dans son contexte culturel ; un formidable projet historique dont la psychanalyse avait cruellement besoin.»

Peter Gay, auteur de Freud, une vie



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  • La revue de presse Eric Aeschimann - Libération du 17 avril 2008

L'intérêt du Siècle de Freud tient dans ses allers-retours entre les innovations conceptuelles - défense, trauma, interprétation des rêves, symptôme, résistance, pulsion de mort, narcissisme... - et leur contexte. La description de la vie institutionnelle de la psychanalyse, de ses déchirures et de ses scissions, l'évocation de ses grandes figures (Rank, Fliess, Ferenczi, Jung, Jones, Klein, Marcuse, Lacan...) sont autant d'occasions de saisir l'articulation des enjeux théoriques avec les événements. Les débuts de la social-démocratie et la révolution bolchévique obligent le freudisme naissant à s'interroger sur la part du social dans la souffrance psychique...
Pour autant, Zaretsky ne cesse de rappeler la double nature de la psychanalyse, à la fois technique d'adaptation aux normes sociales et utopie d'émancipation de ces mêmes normes, et souligne combien ce deuxième aspect joua un rôle décisif dans les divers mouvements contestataires du XXe siècle...
Mais, comme toute grande pensée, la psychanalyse a ouvert un espace, et celui-ci, si fragmenté qu'il soit devenu, ne se refermera pas.



  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

L'héritage ambigu de la psychanalyse

«Freud ne manque jamais d'insister sur les grandes for­ces de l'esprit, sur les préjugés tenaces qui oeuvrent contre l'idée de psychanalyse. Jamais il ne dit, cependant, le charme considérable qu'elle revêt pour les gens, tout comme pour Freud lui-même.»

LUDWIG WlTTGENSTEIN

Un siècle après sa fondation, la psychanalyse est dans une situation paradoxale. Presque aussitôt reconnue comme une grande force d'émancipation, elle a joué un rôle central dans le modernisme des années 1920, l'État-providence anglais et américain des années 1940 et 1950, les chambardements des années 1960 ainsi que le mouvement féministe et le mouvement de libération gay des années 1970. Dans le même temps, cependant, elle est devenue une source de préjugés antipolitiques, antiféministes et homophobes, une profession dégradée, une «pseudo-science» dont la survie est loin d'être assurée de nos jours. Ce livre entend explorer ce paradoxe : il ambitionne d'identifier et d'affirmer la dimension émancipatrice de la pensée analytique sans nier la validité des critiques ni le besoin de repenser l'héritage.
L'explication présentée ici est à la fois sociale et historique. La psychanalyse a irréversiblement transformé la façon dont les hommes et les femmes ordinaires à travers le monde se voient et dont ils se comprennent les uns les autres. En dépit d'études innombrables, sans parler de plaidoyers pro domo et d'attaques tendancieuses, nous ne disposons cependant pas d'une psychanalyse historicisée ; visiblement, nous manquons encore du grand cadre social, culturel et intellectuel nécessaire pour comprendre un phénomène aussi central dans notre autoconstitution. Afin de situer historiquement la psychanalyse, il ne suffit pas de connaître la biographie de Freud, l'histoire de la psychiatrie ou celle de Vienne, même si ces connaissances sont certainement nécessaires. Toute histoire devra expliquer, par-dessus tout, l'intensité de son attrait et l'ampleur de son influence. Mais cette influence même n'a pas facilité l'adoption d'une perspective historique. Qui dit perspective dit distance. Tardivement, surtout avec le déclin des fortunes médicales de la psychanalyse, cette distance a commencé de s'affirmer.
Il y a eu un grand essai de saisie historique de la psychanalyse : Vienne fin-de-siècle de Carl Schorske. Paru en 1980, alors que l'influence de la psychanalyse amorçait sa régression, le livre de Schorske commençait par évoquer la statue d'Athéna dressée devant le parlement de Vienne, au milieu du XIXe siècle. Pour l'auteur, cette statue symbolisait les Lumières, avec ses idéaux bourgeois alors nouveaux de rationalité et d'autonomie, ainsi que sa focalisation sur le courage et la structure psychologique intérieure (Bildung) que nécessitait l'autonomie. Depuis ce point de départ héroïque, Schorske retraçait ensuite l'effondrement de l'éthos des Lumières dans la politique de masse, l'esthétisme et le souci de l'irrationnel. Soutenant que Freud réagit à l'essor de l'antisémitisme de masse des années 1890 en abandonnant ses ambitions politiques et juridiques antérieures, Schorske conclut que la psychanalyse fut un phénomène «contre-politique» : il était à l'image du désengagement fin-de-siècle à l'égard de la raison et de la vie publique. Si Schorske lui-même laissa en suspens les implications de son interprétation, Philip Rieff, Christopher Lasch, représentants de l'Ecole de Francfort, et d'autres avancèrent des thèses apparentées sur la «société psychologique» du XXe siècle, affirmant que, en partie sous l'influence de la psychanalyse, l'idéal d'autonomie des Lumières avait décliné en une «culture du narcissisme» psychologique.


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