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Construire l'espace au XVIe siècle : actes du XVIe colloque du Puy-en-Velay

Couverture du livre Construire l'espace au XVIe siècle : actes du XVIe colloque du Puy-en-Velay

Auteur : Marie Viallon

Date de saisie : 05/04/2008

Genre : Sciences humaines et sociales

Editeur : Publications de l'Université de Saint-Etienne, Saint-Etienne, France

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 978-2-86272-481-2

GENCOD : 9782862724812

Sorti le : 03/04/2008


  • La présentation de l'éditeur

Fruit du XIVe colloque du Puy-en-Velay, ce volume cherche à étudier l'espace d'une façon originale du fait de la diversité des spécialistes rassemblés. C'est en effet un thème qui a déjà fait l'objet de nombreuses études mais, en général, elles ne sortent pas du cadre d'une discipline particulière. En rappro­chant des spécialistes de disciplines variées (histoire des idées, architecture, littératures, civilisation, musique...) ces Actes font véritablement porter le questionnement sur la notion d'espace.





  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction de Marie Viallon :

L'espace commence ainsi avec seulement des mots, des signes, tracés sur la page blanche.
Georges Perec

La notion d'espace appartient à ce type de concept que l'esprit conçoit clairement mais dont la définition est des plus complexes. Selon l'option choisie, l'espace peut se réduire à une notion d'intervalle, de largeur, de distance entre deux éléments, reprenant ainsi le sens premier du mot latin spatium. Ainsi, au XVIe siècle, l'espace typographique est-elle cette pièce de fonte - petite, moyenne, forte ou grande - qui aide le compositeur à toujours justifier son texte sans césure de mot; ou bien l'espace est cette distance entre les lignes de la portée de musique : l'une et l'autre s'inscrivent alors dans la linéarité du texte et ne recourent qu'à une seule dimension.
Dans le même temps, l'espace est une étendue superficielle associée à un cosmos fini et parfait où les directions sont naturellement la droite et la gauche, le bas et le haut, ce qui s'inscrit dans une géométrie plane à deux dimensions (lo spaze del cortil, S. Grégoire). Parallèlement, l'espace est ce volume où se meuvent les corps terrestres comme célestes (le grand espace du ciel, Du Bellay) ce qui introduit la troisième dimension de cette géométrie dite dans l'espace. Comme les pythagoriciens, Aristote nous explique que le monde est parfait dans ses trois dimensions naturelles de longueur, largeur et profondeur et il faudra attendre le XVIIe siècle et la révolution scientifique de Galilée pour que l'espace prenne ses dimensions mathématiques.
Enfin, le temps nous fait pénétrer dans la quatrième dimension de l'espace (selon Alain). En l'espace de deux jours, ce XIVe colloque du Puy-en-Velay a tenté d'établir plus solidement une définition de l'espace et de sa construction. Au XVIe siècle, la corrélation entre l'espace et le temps est d'autant plus évidente que la société lie l'espace au mouvement (qui est en science physique le résultat du rapport de l'espace par le temps), qu'elle calcule une distance entre deux villes à l'aune du temps nécessaire pour la parcourir - ainsi Paris est-il à dix jours de Lyon par voie d'eau - et qu'elle évalue une surface agricole au temps nécessaire pour la travailler : la journée est une unité de surface conçue d'après l'étendue que le paysan peut labourer en une journée de temps.
A cette complexité de la définition du concept, il convient d'ajouter une difficulté d'ordre linguistique. En effet, au XVIe siècle, le mot d'espace et ses diverses traductions sont employés avec des champs sémantiques bien plus réduits qu'au XXIe. La racine latine spa- exprime une notion d'étendue à parcourir d'où le premier sens du substantif spatium qui définit la distance et le verbe spatior, ari qui signifie s'étendre, se déployer. En italien comme en espagnol ou en portugais, les mots spazio, espacio et espaço ont essentiellement une valeur temporelle et la notion de cosmos est traduit par le mot cielo, le plus souvent au pluriel selon la théorie de Ptolémée; en anglais, le mot space est peu utilisé et, dans le long débat des Enclosures, les Anglais ont une langue beaucoup plus concrète et pragmatique qui parle plutôt de land et de ground; quant à l'allemand et au néerlandais, ils ne connaissent aucun terme forgé sur une racine latine et les mots de raum ou ruimte font uniquement référence au volume et au vide (comme, d'ailleurs, dans la racine latine de caelum), il n'y a pas de référence au cosmos.

La complexité du concept s'augmente d'un troisième paramètre. Afin de satisfaire aux nécessités de la critique, nos langues contemporaines associent spontanément au terme d'espace un sens figuré qui n'existait pas au XVIe siècle. Nous évoquons l'espace imaginaire, l'espace littéraire, romanesque ou poétique, l'espace pictural ou encore l'espace scénique,... voire l'espace européen, pour faire référence à l'univers où ces activités humaines se déroulent.

Compte a été tenu de ces superpositions de sens dans la construction des travaux du XIVe colloque du Puy-en-Velay et - par voie de conséquence - dans l'organisation de ces Actes autour de trois pistes qui sont apparues dès la conception.


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