Auteur : Martin Amis
Traducteur : Bernard Hoepffner
Date de saisie : 09/05/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Du monde entier
Prix : 19.50 € / 127.91 F
ISBN : 978-2-07-078199-7
GENCOD : 9782070781997
Sorti le : 17/04/2008
Sibérie, 2004. Tandis que résonnent les rumeurs de la guerre en Tchétchénie, un vieil homme revient sur les lieux de son passé, au goulag, où il fut interné pendant dix ans, même s'il s'était «illustré» dans les rangs de l'Armée rouge. Parmi ses milliers de codétenus, il y avait on frère, aussi idéaliste que lui-même était cynique. Mais un lien particulier les unissait : une femme, qu'ils aimaient tous deux. Et c'est au camp, à la veille de la déstalinisation, que le destin de ce singulier trio allait basculer, dans un endroit étrange baptisé la Maison des Rencontres.
Rarement, même dans la littérature russe, aura-t-on vu évoquer avec autant de puissance toute l'horreur et l'aberration du système concentrationnaire soviétique, de ses hiérarchies absurdes, de sa dimension avilissante. Vision d'autant plus saisissante que le «héros» et narrateur est lui-même intimement corrompu par le système. Mais ce qui bouleverse le plus dans ce roman dostoïevskien, l'un des plus beaux livres de Martin Amis, c'est la compassion que l'auteur, avec un lyrisme pudique, parvient malgré tout à exprimer pour tous ses personnages, victimes et bourreaux. Avec en filigrane cette question lancinante : comment rester humain ?
Martin Amis vit à Londres. Il a publié une quinzaine d'ouvrages, parmi lesquels, traduits en français, Money, money, London Fields, La flèche du temps, L'information, Expérience, Chien Jaune et un recueil d'essais, Guerre au cliché.
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L'optimisme, on le sait, n'est pas la chose la mieux partagée par les écrivains contemporains - pour ne pas dire, d'ailleurs, par les écrivains tout court. Cependant, rares sont ceux qui portent sur la modernité un regard aussi radicalement noir que Martin Amis : dur, blessant, souvent déplaisant, rongé par le désespoir. Et soulevé par un talent littéraire qui rend les constats d'échec plus amers et plus coupants. Déjà dans Chien jaune, son précédent roman (Gallimard, 2007, "Le Monde des livres" du 5 janvier 2007), le Britannique se faisait le sombre observateur d'une société du spectacle où l'image et ses reflets, ses illusions et ses vertiges menaçaient d'emporter le monde dans son tournoiement factice. Avec la même liberté de ton, les mêmes grincements de dents, le même penchant pour l'outrance et la cruauté, il remonte, dans La Maison des rencontres, aux sources de ce cauchemar informe qu'est, pour lui, le XXIe siècle commençant.
Martin Amis, le virtuose anglais panache une passion fulgurante avec un demi-siècle de terreur stalinienne. Dans la veine des grands écrivains russes. Il fallait bien que ça arrive. Un jour, Martin Amis devait fatalement consacrer un roman au goulag (le nazisme, c'était déjà fait avec La Flèche du temps). Dans Koba the Dread, un essai (toujours pas traduit) qui préparait le terrain, il se penchait sur le cas de Staline...
On reconnaît le goût d'Amis pour les raccourcis, cette prose fulgurante, ces feux d'artifice. Dans ce registre, il est imbattable. Amis est un styliste incroyable et il le sait. Cela frôle parfois la pose. On a l'impression de surprendre un culturiste en train d'admirer ses muscles dans la glace. Mais on ne va quand même pas reprocher à un romancier de ne pas écrire comme une blanchisseuse sur son carnet de commandes. Le brio sert le propos, aide à comprendre le siècle, ce monde où le terrorisme s'invite en direct à la télévision.
Parsemé d'innombrables et complices échos à la littérature russe - ici le nom d'un lieu ou d'un personnage, là le détail d'un paysage ou le rythme d'une phrase, empruntés à Dostoïevski, à Chalamov ou à Mandelstam, de Guerre et paix à L'Archipel du Goulag... -, avec son roman, Martin Amis interroge, à travers la destinée des deux frères, l'histoire russe - l'essence russe, peut-être. Comme on sonderait une matière délétère, nauséabonde, explosive. Comme on mettrait au jour une anomalie de l'histoire humaine universelle, qui aurait choisi une fois pour toutes ce point du globe pour foyer les dérèglements les plus incontrôlables et barbares. On entend, dans les pages de La Maison des rencontres, gémir les millions de victimes du stalinisme, les déportés du goulag, mais aussi les enfants martyrs de Beslan... Gémir la Russie d'hier et celle d'aujourd'hui, «le pays du cauchemar. Et toujours le cauchemar à rallonge. Toujours le plus talentueux des cauchemars».
Deux frères amoureux de la même femme sont envoyés au goulag. L'un d'eux se souvient, avec cynisme. Un grand roman presque russe de Martin Amis...
Creusant toujours ses mêmes obsessions, l'Anglais superpose avec virtuosité un roman d'amour déchirant, le portrait d'un cynique désabusé, un exercice formel de haute volée (l'hommage à la littérature russe) et une fiction abrasive sur un demi-siècle d'histoire russe. Ses pages sur le goulag, souvent sidérantes, nous valent d'ailleurs quelques formules qui resteront dans les mémoires : «Au goulag, il se trouvait que les gens ne mouraient pas comme des mouches. C'étaient plutôt les mouches qui mouraient comme des gens.» Alors, qui volera vivra.
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