Auteur : Alfredo Arias | Hervé Pons
Préface : René de Ceccatty
Date de saisie : 30/04/2008
Genre : Cinéma, Télévision
Editeur : Rocher, Monaco, France
Collection : Entrée des artistes
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-268-06519-9
GENCOD : 9782268065199
Sorti le : 20/03/2008
" Tendue entre l'Argentine et la France, la recherche d'Alfredo Arias est extrêmement singulière. Aujourd'hui internationalement reconnu, célébré comme un maître, le metteur en scène, auteur d'une oeuvre bigarrée, constituée au fil des années, conserve un brin de folie qui toujours le place en dehors des modes et des courants traversant l'art et la culture. Quelque part entre deux continents, il marche sur le fil d'un langage perpétuellement questionné, cherché, inventé.
Variations autour du langage, ces six entretiens parcourent une vie et une oeuvre, qui s'invente en même temps qu'elle se découvre. Une oeuvre puisant dans un passé éclaté des bribes d'identité afin de reconstituer une langue à soi, reflétant de ses mille miroitements les quêtes adolescentes, les rires et les souffrances de l'enfance, la cécité de l'exil, la liberté retrouvée, les peurs et les élans, l'art et la poésie. ".
H.P.
Critique de théâtre, journaliste culturel et réalisateur de films documentaires, Hervé Pons est également l'auteur de Pippo Delbono, l'Art de l'acteur, aux Éditions Les Solitaires Intempestifs, Jacques Bonnaffé, pitre et poète aux éditions de l'Attribut et Les Fados de Misia, Gawsewitch Éditions
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«Alfredo Arias. L'écriture retrouvée. Entretiens avec Hervé Pons» n'est pas un livre de plus sur le metteur en scène argentin, et parisien depuis que la France le découvrit au détour des années 70 avec «Eva Peron» de Copi. Car pour une bonne surprise ce livre en est une...
Qu'il évoque sa famille, Copi, Jean Genet, la décoratrice Lila De Nobili, ou Marguerite Duras, Arias, acteur lui-même, possède un talent de conteur. Encore fallait-il savoir le cadrer : Hervé Pons a fort bien construit les six entretiens qui composent cette passionnante géographie intime du metteur en scène des «Peines de coeur d'une chatte anglaise», de «La femme assise»
LE MIRACLE DE LA LANGUE
Au moment de la création de Mortadela en 1992, un spectacle majeur et emblématique au sein de votre oeuvre, vous déclariez à Colette Godard du journal Le Monde : «J'ai beaucoup joué, c'est vrai, mais le jeu a toujours reposé sur une sorte de violence intime, que j'ai eu envie de rendre plus confortable à vivre en la partageant avec le public de façon divertissante.»
Il est vrai qu'en dépit des apparences et des récits que l'on fait sur mon travail, il est conçu dans un état d'angoisse bien plus souvent que dans l'insouciance.
Au cours de l'Histoire, nombreuses sont les oeuvres fondées sur des malentendus. Il ne faut pas trop s'en inquiéter. On appréhende plus facilement la surface d'une oeuvre que ses profondeurs, et un cheminement artistique est tissé de multiples langages cherchant parfois leurs sources dans les recoins les plus obscurs de l'être.
C'est pour cela qu'il m'arrive d'être irrité lorsque j'entends des phrases comme : «Ce théâtre argentin que vous pratiquez...» Ou bien : «Vous avez l'air de bien vous amuser !» Comme si un spectacle d'apparence festive ne pouvait pas reposer sur de la densité, comme si la festivité, la joie, n'appartenaient qu'à un ailleurs, un exotisme, ou bien à un simple divertissement. Comme si la joie et la densité ne pouvaient s'épouser. On peut dire que dans mon travail, une certaine superficialité distribue la profondeur. Je l'assume d'autant plus dans la mesure où, puisant dans l'enfance, mon imaginaire s'est fondé sur une situation conflictuelle avec la réalité et non sur la contemplation distraite, commode, amusante et mondaine de cette même réalité.
De Trio à Mortadela, de Faust argentin à Mambo Mistico, la majeure partie de votre oeuvre est autobiographique, nourrie des impressions, souvenirs, ravissements et douleurs de l'enfance.
Je suis né dans une ville qui désormais fait partie du Grand Buenos Aires : Lanus. En toute logique, je n'ai pas pu résister lorsque j'ai écrit mes souvenirs d'enfance dans Mortadella, à déclarer que j'étais né dans le trou du cul du monde... Nous avons eu d'ailleurs un ambassadeur remarquable pendant des années à Paris, il s'appelait Lanus, Archibaldo Lanus.
Je suis né dans une famille modeste, mon père a travaillé longtemps dans une usine d'espadrilles qui produisait également des tissus et des bâches. Il fabriquait aussi des toiles de tente pour les chapiteaux de cirque. Il était issu d'une famille fort intéressante et quelque peu étrange dont je me suis inspiré pour écrire mon premier spectacle autobiographique, Trio. Dans cette famille, il y avait deux hommes, son frère et lui, et quatre femmes. Je n'en ai connu que trois car la quatrième avait été chassée de la famille par les autres soeurs avant ma naissance. La soeur en exil était auréolée d'un grand mystère. Ma version de l'histoire, reconstituée au fil des bribes de conversations happées ici et là, et enrichies de mes fantasmagories personnelles, veut que la soeur chassée aurait volé l'amour à la plus belle des quatre. Peut-être même un enfant serait né.
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