Auteur : Maurice Lever
Date de saisie : 25/11/2004
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Fayard, Paris, France
Prix : 28.00 € / 183.67 F
ISBN : 978-2-213-62140-1
GENCOD : 9782213621401
Sur sa tombe, Beaumarchais fit graver cette phrase : «Enfin, je me repose.» Des mots que l'historien de la littérature Maurice Lever pourrait faire siens. Trois volumes. 1 500 pages. Tel est le bilan de son septennat passé avec Beaumarchais. «Mais je le quitte avec mélancolie, touché par cet homme vieillissant, vulnérable.» Pourtant, Lever n'épargne rien à ce Beaumarchais laissé, à la fin du deuxième tome, avec un «Mariage de Figaro» qui avait fait souffler un vent divin de liberté. Mais le vent tourne. Ce tome III, vivant et très documenté, a donc pour sous-titre : «Dans la tourmente».
Certes, il faut bien vivre la fin de sa vie. Mais, pour le défenseur de l'indépendance américaine, plus dure fut la chute... Dans ce cruel mais jubilatoire roman d'apprentissage à rebours, Lever, force citations à l'appui, nous restitue tous les flageolements d'un colosse. Ses défaillances sexuelles aussi... Sa récente «Anthologie érotique du XVIIIe» (Laffont/Bouquins) confirme sa curiosité des textes audacieux. Face à l'archive, Lever, qui passa jadis sept ans à établir une bibliographie du roman français au XVIIe siècle, a un appétit d'ogre. Une patience d'ange. Et un enthousiasme intact...
Quand on s'appelle Le Figaro et qu'on fait claquer chaque jour une épigraphe de Beaumarchais comme un étendard («... sans la liberté de blâmer il n'est point d'éloge flatteur...»), on ne peut que louer au plus haut ce monument à lui consacré. Le mémorial en question se présente sous la forme d'un coffret dont les pages sont composées par Maurice Lever dans la ferveur d'une érudition parfaitement maîtrisée. Il paraît à l'occasion de la publication du troisième et dernier volume, qui court de 1785 à sa mort, quinze ans après. Si c'est là l'épilogue d'une vie, on en connut de plus apaisé. D'ailleurs, le morceau s'intitule «Dans la tourmente». On comprend que, sur sa tombe, il ait fait graver : «Tandem quiesco» («Enfin, je me repose»)... Tous les universitaires n'étant pas forcément doués pour l'écriture, il nous plaît de saluer les écrivains parmi eux, quand il s'en trouve. M. Lever en est un. Il appartient à une tribu en voie d'extinction, celle des biographes à plume. L'intime commerce qu'il entretient depuis longtemps avec le Grand Siècle et le siècle des Lumières a déteint sur son style, au point qu'il en paraît naturellement imprégné, qu'il s'agisse de l'esprit ou la lettre. Son goût des grands textes comme des libertins oubliés, sa dilection pour le théâtre enfin, le destinaient à consacrer autant d'énergie à cet aventurier.
M. Lever a le don du mot juste, qui est souvent le mot d'à-côté, même s'il s'autorise quelques rares anachronismes langagiers...
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