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A travers les murs : une nouvelle guerre urbaine

Couverture du livre A travers les murs : une nouvelle guerre urbaine

Auteur : Eyal Weizman

Traducteur : Isabelle Taudière

Date de saisie : 28/03/2008

Genre : Politique

Editeur : la Fabrique, Paris, France

Prix : 13.00 € / 85.27 F

ISBN : 978-2-913372-74-0

GENCOD : 9782913372740

Sorti le : 20/03/2008


  • La présentation de l'éditeur

Lors de la réoccupation des villes de Palestine au prin­temps 2002, l'armée israélienne a utilisé une tactique inédite : au lieu de progresser dans les rues tortueuses des vieux quartiers ou des camps de réfugiés, les soldats passaient de maison en maison, à travers murs et planchers, évitant ainsi de servir de cibles aux résistants palestiniens. Cette méthode, «conceptualisée» sous le nom de «géométrie inversée» par des généraux qui aiment à citer Debord, Deleuze et Guattari ou Derrida, représente un tournant postmoderne dans la guerre des villes. Les territoires occupés sont ainsi devenus un laboratoire spatial pour de nouvelles techniques d'attaque, d'occupation et de contrôle de populations, qui sont ensuite exportées aux frontières où se livre la guerre globale. Et inversement, la réflexion sur l'urbanisme est largement passée dans des centres de recherche où des militaires travaillent sur l'art de construire/détruire en s'appuyant sur de pseudo-concepts philosophiques.
Mais Eyal Weizman montre que ces idées nouvelles - substrat d'une querelle des Anciens et des Modernes dans l'armée israélienne - n'ont pas été étrangères au fiasco libanais de l'été 2006.

Eyal Weizman est architecte. Il dirige le Centre de recherches architec­turales du Goldsmiths Collège (université de Londres).





  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

L'opération menée en avril 2002 par des unités de l'armée israélienne lors de l'offensive sur Naplouse, en Cisjordanie, a été présentée par son commandant, le général de brigade Aviv Kochavi, comme un exemple de «géométrie inversée», c'est-à-dire de réorganisation de la syntaxe urbaine par le biais d'une série d'actions microtactiques. Les soldats contournaient délibérément les rues, routes, ruelles et cours intérieures qui définissent la logique du déplacement dans la ville ; ils évitaient les portes d'entrée, cages d'escaliers et fenêtres qui constituent l'ordre des bâtiments. Ils préféraient enfoncer des murs mitoyens et défoncer des plafonds et des planchers pour les traverser, et se déplacer ainsi par des couloirs d'une centaine de mètres percés d'appartement en appartement dans le tissu continu et dense de la ville. Plusieurs milliers de soldats israéliens et des centaines de combattants palestiniens manoeuvraient simultanément dans la ville, mais ils se fondaient si bien dans le tissu urbain qu'à aucun moment ils n'auraient pu être repérés en vue aérienne. Ce mode de déplacement s'inscrit dans une tactique que l'armée, puisant dans des métaphores empruntées aux colonies du règne animal, désigne sous les termes d'«essaimage» et d'«infestation». En passant par l'intérieur des habitations, cette manoeuvre inversait le dedans et le dehors et transformait le domaine privé en voie de passage. Les combats se déroulaient dans des salons, des chambres à coucher et des couloirs à moitié démolis. Ce n'était plus l'ordre spatial établi qui dictait les modalités de déplacement, mais le déplacement lui-même qui organisait l'espace qui l'entourait. Coupant dans la masse de la ville, cette circulation tridimensionnelle à travers les murs, les plafonds et les planchers réinterprétait, court-circuitait et recomposait la syntaxe architecturale et urbaine. Cette tactique de «passe-muraille» présupposait une conception de la ville non plus en tant que site, mais en tant que matériau même de la guerre - un matériau flexible, presque fluide, toujours aléatoire et mouvant.
Selon le géographe britannique Stephen Graham, depuis la fin de la guerre froide, un vaste «champ intellectuel» international, qu'il décrit comme «un monde de l'ombre fait d'instituts de recherches militaires urbaines et de centres d'entraînement», s'est mis en place afin de repenser les opérations militaires en milieu urbain. Le réseau en plein essor de ces «mondes de l'ombre» repose sur des échanges de savoirs entre différentes armées - conférences, ateliers et manoeuvres conjointes. Pour tenter d'appréhender tous les ressorts de la vie urbaine, les militaires suivent des cours intensifs sur des disciplines aussi diverses que l'in­frastructure urbaine, l'analyse des systèmes com­plexes, la stabilité des structures et les techniques de construction, et ils étudient toutes sortes de théories et de méthodologies élaborées dans les milieux universitaires civils. Un nouveau lien est ainsi en train de se tisser entre les trois composantes étroitement solidaires d'un triangle que nous nous proposons d'examiner ici : les conflits armés, l'environnement bâti et le langage théorique conçu pour les conceptualiser.


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