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Les filles voilées parlent

Couverture du livre Les filles voilées parlent

Auteur : Ismahane Chouder | Malika Latrèche | Pierre Tévanian

Date de saisie : 28/03/2008

Genre : Documents Essais d'actualité

Editeur : la Fabrique, Paris, France

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-913372-76-4

GENCOD : 9782913372764

Sorti le : 20/03/2008


  • La présentation de l'éditeur

Mona : «L'argument du voile "symbole d'oppression des femmes", je pose la question : oppression pour qui ? Pas pour moi. Je suis libre de mes choix, et si j'ai choisi de porter le foulard, c'est une expression de ma liberté.» Nadjer : «À peine arrivée, quand ils m'ont vue avec mon voile, ils m'ont dit que la place était prise.» Malika : «Elle s'est exclamée "Vous comptez donc trouver un emploi avec ce que vous avez sur la tête ?" Je me suis levée, je lui ai rappelé les lois de la république.» Khadidja : «Notre exclusion était à l'ordre du jour, et je voyais des militants des Verts ou des JCR, ou même des féministes, qui me psychanalysaient ou qui faisaient de l'exégèse du Coran !» Ismahane : «Nous étions plusieurs Féministes pour l'égalité à défiler, dont Malika et moi qui portions le voile, et un bonhomme furibard nous a apostrophées, parce que "Ni Dieu ni maître". J'ai répliqué :"OK, mais alors toi, tu n'es pas mon maître !" (rires).» Ce livre ne traite pas de «la question du voile». Les trois personnages qui l'ont conduit - dont deux sont des femmes voilées - n'ont pas cherché à mener une enquête sociologique. On pourrait même dire, au contraire : celles qui parlent ici ne sont pas des objets d'étude, mais des sujets -il n'y pas de féminin à ce mot. Elles peuvent être drôles et insolentes, elles peuvent être en colère ou découragées, mais de témoignage en témoignage, au-delà de la diversité des tempéraments, des origines sociales, des contextes familiaux, des itinéraires spirituels et des parcours scolaires et professionnels, ce qui relie toutes ces filles et ces femmes, c'est l'expérience intime et violente de la stigmatisation.

Pierre Tevanian enseigne la philosophie à Drancy. Il coanime le collectif «Les mots sont importants» (www.lmsi.net) et a publié plusieurs livres, dont Le Dictionnaire de la lepénisation des esprits (L'Esprit frappeur, 2002), Le Ministère de la peur (L'Esprit frappeur, 2004), Le Voile médiatique (Raisons d'agir, 2005) et La République du mépris (La Découverte. 2007).

Ismahane Chouder est membre du collectif «Une école pour tou-te-s» et ancien­nement vice-présidente du collectif des «Féministes pour l'égalité». File a par ailleurs contribué à l'ouvrage collectif Le Livre noir de la condition des femmes (XO Éditions. 2006).

Malika Latrèche s'investit dans «Une école pour tou-te-s» et défend les mamans exclues des sorties scolaires. Depuis octobre 2006, elle copréside le collectif des «Féministes pour l'égalité».





  • Les premières lignes

Prologue a trois voix : une parole étouffée

Pierre : Tout, n'importe quoi et son contraire a déjà été dit et écrit à propos du voile et des femmes qui le portent. L'encre a coulé, les arguments se sont opposés, les invectives ont proliféré, mais dans ce déluge de paroles, une chose a manqué : la voix des principales concernées. Que ce soit dans les grands médias ou dans les débats internes au monde politique, syndical et associatif, et même à la «Commission Stasi», les femmes qui portent le foulard n'ont pas eu voix au chapitre - et les adolescentes encore moins ! Avant la loi du 15 mars 2004, prohibant le port du voile à l'école, et avant les centaines d'exclusions et de dévoilements forcés qu'elle a entraînées, la première injustice est là : dans cette distribution inégale de la parole, dans cette discrimination entre ceux qui ont le droit de parler et celles qui ne l'ont pas. C'est de ce constat qu'est venue l'idée de ce livre.

Ismahane : Oui, le plus urgent était pour nous de reprendre la parole, ou plutôt de la prendre ! Dans ce procès qui nous est fait continuellement, il fallait redonner la parole non pas à la défense, mais à l'accusée elle-même. Mieux que ça : il fallait sortir de ce dispositif accusatoire, ou le renverser. Les femmes qui s'expriment dans ce livre savaient que nous ne les présumions coupables de rien : ni d'intégrisme, ni d'arriération, ni d'atteinte à la laïcité... Nous les avons invitées au contraire à parler en toute tranquillité, en toute confiance, et à dire tout ce qu'elles avaient à dire, ce qu'elles avaient sur le coeur, quitte à accuser ou interpeller à leur tour qui ou quoi bon leur semble. Notre objectif était que des femmes se réapproprient la parole, et qu'elles réaffirment par là même leur humanité et leur dignité. Qu'elles cessent d'être de purs objets de discours, pour s'affirmer comme sujets. Comme des sujets libres de leurs choix, et libres de leur parole.

Pierre : Effectivement, toutes les femmes que nous avons rencontrées nous ont fait part de ce besoin de parler, de «témoigner» - c'est un mot qui est souvent revenu. Elles nous ont dit à quel point elles avaient souffert de cette confiscation de la parole, en particulier à l'époque où tout le monde, sauf elles, passait son temps à parler d'elles dans les médias. Cela dit, beaucoup étaient partagées entre le besoin de parler, de «témoigner», de «vider leur sac», et une très forte inhibition, qu'elles avaient parfois du mal à expliquer... Il faut savoir que pour chaque femme qui acceptait de témoigner, nous en avons approché une dizaine qui refusait, tout en nous disant : «J'en aurais, des choses à raconter !»

Ismahane. Oui. Beaucoup ont refusé par peur de s'exposer, y compris sous couvert d'anonymat. Beaucoup, même parmi celles qui ont fini par accepter de participer au livre, ont exprimé d'emblée de la méfiance, ou en tout cas une peur de voir leur parole déformée. Pourtant, elles voyaient bien que nous ne leur étions pas hostiles, que Malika et moi portions le foulard, et que nous nous étions battues contre la loi antivoile. Elles savaient, car nous le leur avons expliqué, que notre projet était justement de leur donner la parole, en leur laissant à la fois le temps, l'espace, le choix des questions abordées et, dans le cas des entretiens enregistrés, un droit de regard final sur les retranscriptions. Bref, tout le contraire du traitement médiatique ordinaire ! Eh bien, malgré cela, la méfiance l'a souvent emporté. Pas forcément une méfiance à notre égard, d'ailleurs. Ce qui leur faisait peur, ce n'était pas tant la manière dont leur parole allait être retranscrite, mais plutôt la manière dont elle risquait d'être comprise - ou incomprise.


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