Auteur : Nathalie Bresson
Préface : Michelle Perrot
Date de saisie : 28/03/2008
Genre : Artisanat, Loisirs
Editeur : Ouest-France, Rennes, France
Collection : Fils et matières
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-7373-4537-1
GENCOD : 9782737345371
Sorti le : 11/03/2008
Autrefois point de marque pour le trousseau, activité solitaire intimement mêlée au quotidien des femmes, le point de croix est aujourd'hui l'objet d'un engouement, voire d'une passion. Pour beaucoup, cette pratique est devenue un mode d'expression, qui s'épanouit au fil des échanges et des rencontres et, pour certaines, une forme d'art à part entière.
Nathalie Bresson resitue les traditions et les ouvrages d'autrefois dans leur époque, puis elle trace les portraits des créatrices et des créateurs d'aujourd'hui, sans oublier les clubs, les boutiques et les salons, qui participent depuis vingt ans à la vivacité et à la diversité de ce phénomène sans précédent, qui a conduit des anonymes vers la réinvention de ce point particulier de la broderie comme loisir et art créatif, le point de croix.
Plus de 300 photographies illustrent ce livre exceptionnel, qui ne manquera pas d'intéresser les brodeuses passionnées et de faire connaître cet art auprès du grand public.
L'ouvrage est préfacé par Michelle Perrot, professeure émérite d'histoire contemporaine à l'Université Paris VII Denis-Diderot, où elle a longtemps enseigné. Spécialiste de l'histoire des femmes qu'elle a contribué à faire émerger dans les années 1980, elle a notamment dirigé et publié avec Georges Duby les cinq volumes de l'Histoire des femmes en Occident, de l'Antiquité à nos jours, une référence dans ce domaine.
De Pénélope à Régine Deforges
La lignée du fil
La femme serait-elle prédestinée aux travaux d'aiguille et à la broderie ? Depuis toujours, son histoire est sans conteste intimement liée au fil, au tissu, au linge, même si les hommes ont brodé et porté cet art à son sommet. De Pénélope qui tissait inlassablement en attendant Ulysse à Régine Deforges qui revendique aujourd'hui haut et fort le plaisir d'aligner des petites croix, nombreuses sont celles qui ont inscrit le fil et l'aiguille dans leur histoire. La Femme vaillante du Livre des Prophètes «cherche laine et lin et travaille d'une main allègre*», la reine Mathilde brode sa Tapisserie de Bayeux, Catherine de Médicis est une infatigable de la tapisserie à l'aiguille, tout comme Mme de Maintenon qui fait des travaux d'aiguille une des matières enseignées aux jeunes filles de Saint-Cyr Marie Stuart, reine d'Ecosse, brode en prison en attendant son exécution. Mme de Sévigné, s'ennuyant ferme dans sa propriété des Rochers, occupe son temps à broder des bandes de tapisserie. Mme de Pompadour a été peinte par François-Hubert Drouais, brodant à son métier Les soeurs Brontë brodent des samplers tout en écrivant leurs célèbres romans. L'impératrice Eugénie est la première à Fontainebleau à se réserver un coin dans son salon pour lire et travailler l'aiguille. Thérèse de Dillmont fait paraître en 1886 une Encyclopédie des ouvrages de dames qui fait le tour de la planète. Balzac dans sa Comédie humaine dépeint un univers féminin où les travaux d'aiguille s'inscrivent dans le quotidien de ses héroïnes. George Sand, qui n'a jamais cousu de sa vie, se jette un jour avec passion dans cette récréation et Bel-Gazou, la fille de Colette, pratique le point compté. Chez Zola, les femmes sont blanchisseuses ou repasseuses, elles transmettent aux générations suivantes ce linge qui marque les passages de la vie, et enveloppent les morts dans leur linceul ; les paysannes exposent fièrement leur trousseau le jour de leur mariage et le montrent rituellement tous les ans les jours de grande lessive.
À travers les siècles, les femmes ont filé, tissé, cousu, tricoté, crocheté, raccommodé, reprisé, marqué et chiffré leur trousseau ; tapisserie, dentelle, broderie, boutis ou filet ont pris forme entre leurs mains. Pour ces générations silencieuses, anonymes ou célèbres, simples exécutantes ou artistes, le travail du fil a constitué à travers le temps, tour à tour une activité économique de première nécessité lorsqu'il fallait filer la laine, tisser le lin ou le chanvre, coudre ou tirer parti des chutes d'étoffe ; une activité rémunératrice pour les couturières, dentellières ou brodeuses de blanc ; un passe-temps pour les reines du Moyen Âge qui y ont excellé ; une occupation pour les femmes à la veillée, une obligation pour les petites écolières de l'école républicaine, un loisir pour les femmes d'aujourd'hui, une expression artistique pour un certain nombre d'entre elles... un art même ! Toutes laissent ainsi ces «traces» derrière elles, s'inscrivant dans une lignée où le fil se fait écriture et raconte, tout autant qu'un livre, leur histoire, leurs joies et leurs peines.
Aux confins de l'Asie, on retrouve le point de croix sur les bonnets afghans et les sacs ouzbeks. En Thaïlande comme en Chine du Sud, dans le nord du Vietnam ou en Birmanie, de nombreuses minorités ethniques ont conservé leur culture traditionnelle ; les costumes des femmes dont la jupe aux cent plis, qui en comporte parfois jusqu'à cinq cents, dans la province du Guizhou, est la plus illustre expression, sont ornés de multiples points de broderie ou d'appliqués savants où le point de croix tient une large place. Dans les années 1930, Cari Schuster éminent sinologue autrichien, réunit une importante collection de broderies rurales au point de croix bleu indigo sur toile de coton provenant des minorités montagnardes de Chine.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli