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Mardocchée Naggiar

Couverture du livre Mardocchée Naggiar

Auteur : Lucette Valensi

Date de saisie : 06/06/2008

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Stock, Paris, France

Collection : Un ordre d'idées

Prix : 21.50 € / 141.03 F

ISBN : 978-2-234-06133-0

GENCOD : 9782234061330

Sorti le : 26/03/2008


  • La présentation de l'éditeur

Qui est Mardochée Naggiar ? Un inconnu dont les traces ténues sont d'emblée intriguantes. Dans son journal, un missionnaire anglais, ayant séjourné à Tunis en 1824, parle de ce juif cultivé, auteur d'une grammaire et d'un lexique berbères, qui lui enseigne l'arabe, devise librement sur la condition de ses coreligionnaires et a de l'entregent, tant à Paris chez quelques savants qu'à Tunis au palais beylical.
C'est bien assez pour lancer Lucette Valensi sur sa piste. L'historienne mène l'enquête, accumule les indices, convoque les témoins et cerne progressivement son personnage à travers les images réfractées par ceux qui furent ses interlocuteurs ou ses contemporains. On découvre ainsi Naggiar à Paris sous le Consulat et les premières années de l'Empire, puis à Trieste, et enfin à Tunis. Autour de lui, c'est tout le milieu de l'orientalisme en Europe, du négoce à Tunis, de la cour au Bardo que l'auteur met en scène. Avec talent et vivacité, elle rend vie à Mardochée Naggiar à la croisée de plusieurs routes. Le portrait d'un individu singulier qui n'était pas voué à la postérité.

Lucette Valensi, directrice d'études à l'EHESS, a dirigé l'Institut d'études de l'islam et des sociétés du monde musulman. Elle a publié de nombreux ouvrages, notamment Fables de la mémoire. La Glorieuse Bataille des trois rois (Seuil, 1992), La Fuite en Égypte. Histoires d'Orient et d'Occident (Seuil, 2002), et en collaboration avec G. Martinez-Gros, L'Islam en dissidence. Genèse d'un affrontement (Seuil, 2004).





  • La revue de presse André Burguière - Le Nouvel Observateur du 5 juin 2008

L'histoire retient les noms de ceux qui ont occupé le devant de la scène. Elle oublie ceux qui, en coulisses, leur ont soufflé leur rôle. Mardochée Naggiar, un juif de Tunis né dans les années 1770 et mort vers le milieu du XIXe siècle, fait partie de ces seconds rôles. Non parce qu'il s'est complu dans un pouvoir occulte, mais parce qu'il a passé sa vie à mettre en contact des mondes qui s'ignoraient. Grâce au talent d'historienne de Lucette Valensi, il va rejoindre le Panthéon des illustres inconnus aux côtés de Menocchio, le meunier frioulais de la Renaissance retrouvé par Carlo Ginzburg, et de Pinagot, le savetier normand du XIXe siècle tiré au hasard par Alain Corbin dans les archives de l'Orne...
Il y a dans toute biographie une part d'autobiographie. Le beau livre de Lucette Valensi est traversé par une réflexion sur son travail d'historienne et sur sa propre identité. Issue comme Naggiar du milieu juif tunisien, elle a retrouvé en lui les échanges entre cultures dont elle a fait le fil conducteur de son oeuvre. Car les cultures ne sont pas des trésors que l'on doit tenir sous cloche, ainsi que veut nous le faire croire le fantasme de patrimoine culturel d'une France ringarde. Les cultures n'existent que par ce qu'elles échangent. Ceux qui font l'histoire ne sont ni les hommes d'Etat ni les chefs de guerre, mais les obscurs médiateurs comme Naggiar qui assurent cette circulation de la vie.


  • La revue de presse Thomas Wieder - Le Monde du 10 avril 2008

Rassurez-vous : de l'existence mouvementée de Mardochée Naggiar, de ses revers de fortune et de ses multiples gagne-pain, on n'en dira pas plus ici. Car cela n'est, au fond, qu'un aspect de cette passionnante investigation. Un peu à la façon d'Alain Corbin, qui partit lui aussi "sur les traces d'un inconnu" - en l'occurrence un sabotier de l'Orne - pour faire de sa vie "une voie d'accès au XIXe siècle" (1), l'historienne a tiré prétexte de ces fragments biographiques pour redonner vie aux différents milieux que Naggiar a fréquentés...
Sans chercher à attribuer à Naggiar un rôle qu'il n'a jamais eu, essayant de le saisir dans ses "engagements pluriels", elle en souligne, aussi, le comportement volontiers "transgressif". Soucieuse de montrer, à travers le regard qu'ont porté sur lui ses contemporains, comment l'homme sut "se faire un nom", à défaut de le léguer à la postérité.


  • La revue de presse - La Croix du 26 mars 2008

Lucette Valensi, historienne des fuites en Orient, des dissidences de l'islam, des aventures vénitienne et du Maghreb de toujours, sait elle aussi valoriser «son» inconnu par une écriture au franc-parler savant. Elle ne dissimule pas son ambition méthodologique : quand on n'est ni Stendhal ni Proust, qu'on récuse toute approche romantique de l'individualité et tout parti pris d'histoire psychologisante, comment démontrer que «les réalités individuelles sont sociales» ? Elle règle la question, comme Lucien Febvre ou Carlo Ginszburg, mais en se posant elle aussi dans le récit en juive tunisienne d'origine, par une écriture à l'encre de la sympathie.


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