Auteur : Gilbert Lascault
Préface : Mikel Dufrenne
Date de saisie : 26/03/2008
Genre : Arts
Editeur : Félin, Paris, France
Collection : Les marches du temps
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-86645-670-2
GENCOD : 9782866456702
Sorti le : 20/03/2008
Ecrit par un individu masculin, le livre ne porte pas directement sur la féminité. Il interroge les regards que les hommes, en Occident, ont dirigé sur les femmes. Il questionne les manières dont elles ont été figurées et, le plus souvent, défigurées. A partir de peintures, de sculptures, de discours liés à ces oeuvres, il décrit des images de la femme. Ces figurations constituent souvent des instruments qui instaurent la discorde et parfois la haine entre les sexes, rendent les femmes plus malheureuses et par conséquent briment aussi les hommes.
L'ouvrage se présente comme une parodie de dictionnaire. L'article Coupeuses de tête suit l'article Cornes et précède l'article Culotte. Il y a aussi Joueuses, Judith, Labyrinthe, Laurier, Leçon de miroirs (...), Seins, Soeurs, Suicidée de la société, Supplices, Suzy, etc.
Philosophe, critique d'art, professeur émérite à la Sorbonne, Gilbert Lascault a publié une trentaine d'ouvrages, parmi lesquels Le Monstre dans l'art occidental. Peinture et littérature l'ont conduit naturellement vers Max Ernst, Robert Malaval, Annette Messager ou encore Italo Calvino.
ALPHABÉTIQUE (Ordre). - Des textes (en général assez courts) sont classés dans ce livre selon l'ordre alphabétique. Se constitue ainsi la parodie d'un dictionnaire : un dictionnaire qui ne vise pas à préciser et diffuser un savoir, mais à le morceler, à le brouiller, à refléter la confusion et à l'accroître. Nous sommes aux antipodes d'une encyclopédie et la fin recherchée est l'égarement du lecteur, de la lectrice.
Le livre ne porte pas sur la féminité, sur les fins que peuvent se donner les luttes des femmes. Les femmes n'ont nul besoin, nul désir qu'un individu masculin se mêle de leurs débats sur ces sujets. À elles de se définir si elles le souhaitent ou de refuser toute définition. Il serait stupide pour un homme de se mettre à leur place. Les questions traitées ici n'intéressent d'ailleurs probablement guère les femmes en lutte, affrontées à des urgences théoriques et pratiques.
Pour parodier un graffiti de 1968, disons que nous ne voulons pas servir les femmes ; que les femmes se serviront toutes seules. Nul homme aujourd'hui ne peut parler ni pour les femmes, ni pour une femme. Ni à leur place, ni à sa place. Il peut souhaiter n'être ni leur ennemi, ni leur interprète.
Il se contente d'interroger le regard que les hommes, en Occident, ont porté sur les femmes. Il questionne les manières dont les femmes ont été figurées et, le plus souvent, défigurées. À partir de tableaux, de sculptures, à partir des discours qu'ils illustrent, des discours qu'ils suscitent, il rencontre des images masculines de la femme. Il s'aperçoit que ces figurations et défigurations constituent, assez fréquemment, un instrument pour instaurer la haine entre les sexes, pour renforcer le pouvoir des classes dominantes, pour rendre les femmes plus malheureuses et par conséquent pour brimer aussi les hommes. Car tout homme a intérêt à ce que les femmes deviennent plus libres, plus autonomes. Mais il ne connaît pas toujours ses intérêts.
André Breton a souligné, dans Arcane 17, le gâchis produit par les idéologies «phallocentriques», les aberrations masculines des luttes pour le pouvoir : «Le temps serait venu de faire valoir les idées de la femme aux dépens de celles de l'homme, dont la faillite se consomme assez tumultueusement aujourd'hui.»
À tort ou à raison, certains hommes espèrent beaucoup d'une mutation de la société dans laquelle les femmes refuseraient l'oppression, les répressions. Cette mutation ne saurait être totale dans une société dont l'économie continuerait à fonctionner selon des rapports d'exploitation et de domination.
Les petits textes qui constituent ce livre, disséminés selon l'ordre alphabétique, on les trouvera nécessairement trop et trop peu fous. On sera amené à y rencontrer des préjugés, des fantasmes, des petits mythes personnels, des délires minuscules, et bien des platitudes. Tant pis ou tant mieux. Qui refuse les discours suivis, les démonstrations ronronnantes et le style stéréotypé s'expose à ces risques.
Il faut ajouter qu'en droit ce pseudo-dictionnaire est infini. À chaque lecteur, à chaque lectrice de le compléter.
Références : A. Breton, Arcane 17, Paris, J.-J. Pauvert, 1965, p. 62.
Voir aussi : Morceaux (Femme en).
ANARCHIE. - Voir : Jaël, Chien, nègre et violon.
ANIMALITÉ. - Le plus souvent l'usage de la métaphore animale pour désigner une femme intervient ici de manière péjorative. Elle s'accompagne d'un humanisme triomphant, d'un mépris pour les bêtes, pour les plantes, pour l'univers. Humanisme, phallocentrisme, haine et viol de la nature s'accordent alors pour définir ce que nous nommons civilisation et qui se révèle barbarie cruelle : massacres sans mesure d'animaux sauvages, transformation et gavage d'animaux domestiques, épuisement de la terre, colonialisme, racisme, écrasement des minorités, esclavage de la femme. Et tout cela est justifié ou occulté par les beaux discours humanistes, par l'éloge de l'Homme. C'est-à-dire de celui qui, le plus souvent, détient encore le monopole du pouvoir, du savoir, de la parole : blanc, mâle, adulte, «normal», en accord avec l'idéologie qui domine sa société.
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