Passion du livre - tout sur le livre : Ecrits timides sur le visible

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Ecrits timides sur le visible

Couverture du livre Ecrits timides sur le visible

Auteur : Gilbert Lascault

Date de saisie : 16/05/2008

Genre : Arts

Editeur : Félin, Paris, France

Collection : Les marches du temps

Prix : 29.50 € / 193.51 F

ISBN : 978-2-86645-669-6

GENCOD : 9782866456696

Sorti le : 20/03/2008


  • La présentation de l'éditeur

Le visible, c'est ici - entre autres choses - une ville miniaturisée, des alphabets «forestiers» ou «architecturaux», des sucres sculptés, une fête foraine, un rideau dans un tableau de Bonnard, la couleur grise, le corps tatoué d'une lady, des nourritures figurées par Claes Oldenburg, l'horizontale dans un dessin de Steinberg, les merveilleux nuages, un livre qui s'efface dès que vous l'ouvrez, un tableau de Fernand Léger, un autre de Jean Dubuffet.
Le visible donne à penser sur la nourriture, sur le vêtement, sur le voile et le dévoilement, sur la force du faible, sur le refus de l'emphase, sur l'énergie du timide, sur l'immense et le minuscule.

Philosophe, critique d'art, professeur émérite à la Sorbonne, Gilbert Lascault a publié une trentaine d'ouvrages, parmi lesquels Le Monstre dans l'art occidental. Peinture, danse et littérature l'ont conduit naturellement vers Max Ernst, Robert Malaval, Christian Boltanski, Daniel Larrieu et Italo Calvino.





  • La revue de presse Roger-Pol Droit - Le Monde du 16 mai 2008

Les affamés de certitude resteront sur leur faim. Ici, pas de vue générale, aucune déclaration péremptoire. De courts textes, composés eux-mêmes de bribes et de remarques infimes. A la fois drôles, étranges, inquiétants, intelligents et modestes...
Car ces Ecrits timides sur le visible, recueil initialement publié en 1979, n'ont pas pris une ride. Tandis qu'au fil des ans d'imposants cuirassés théoriques ont sombré dans l'obscurité, sans même qu'on s'en émeuve, les textes de Lascault, fragiles esquifs drôlement ficelés, persistent à voguer au hasard, sur les eaux du grotesque, du calembour, l'apparente insouciance des collages et des rencontres imprévisibles.



  • Les premières lignes

Loin des certitudes, hors des polémiques

Il y a quelques années, la mode était aux certitudes, aux définitions, aux organisations de champs. Les textes les plus lus glosaient sur les conditions de leur possibilité, sur les critères de validité de leurs analyses, sur la vérité et son historicité. De tels discours pouvaient d'ailleurs «avoir leur charme», avec leurs phrases martelées, les retours des citations bien connues, les jeux avec les concepts. Ils donnaient au lecteur le sentiment de se mouvoir, en toute sécurité, sur des terrains bien balisés. Ils sont, de manière peut-être provisoire, devenus plus rares. Aujourd'hui le goût des polémiques, des critiques, des dénonciations, des rectifications, des mises au point semble avoir peu à peu remplacé l'amour des certitudes. Dans la vie intellectuelle, les baroudeurs des idées ont remplacé les propriétaires de concepts. Les corps francs, agressifs, ont occupé les lieux évacués par les constructeurs des citadelles de vérité. Comme les théories certaines d'elles-mêmes, les discours polémiques, critiques fonctionnent «à la séduction». Mais la séduction n'est plus la même : elle est, maintenant, liée à l'humour, à une certaine agressivité du rebelle courageux...
Insister sur les charmes des dogmatismes et sur les attraits des attaques critiques, ce n'est nullement vouloir les combattre. Au contraire. On veut ici signaler les plaisirs que provoquent les textes sûrs de leur vérité, et connaissant bien leurs ennemis, textes centrés, bien organisés, bien situés à l'intérieur de champs de bataille nettement délimités.
Mais d'autres plaisirs naissent peut-être ailleurs : dans le flou, dans l'effiloché, dans le dispersé, dans l'impur, dans les ébauches de descriptions des particularités qui se refusent aux générali­sations.
Loin des certitudes, hors des polémiques, bavard et balbutiant, éparpillé en textes non liés, un discours esthétique (parmi d'autres discours esthétiques possibles) peut tenter d'effectuer un certain parcours : discours nomade, vagabond, qui ne se connaît pas d'ennemis, qui ne se cherche pas de but, qui erre pour éviter l'ennui de son immobilité. Discours timide aussi, toujours un peu indécis.

Pour le faible

Un tel discours ne sait pas s'il est ou non subversif. Il n'oserait pas se vanter de l'être. Il se croit plutôt inoffensif, un peu perdu, et (comme dit le langage populaire) toujours «à côté de ses pompes». Mais il ne fait pas semblant d'avoir une mission, une fonction, un rôle. Tenir un discours de ce type, c'est nécessairement ne pas vouloir que le monopole de la parole soit détenu par les «missionnaires», les «fonctionnaires», par tous ceux qui parlent selon leur fonction et dont on sait d'avance ce qu'ils vont dire.
La plupart du temps, un tel discours évite les métaphores mili­taires. Il ne parle ni d'avant-garde, ni de lutte, ni de rapports de forces. Lorsque, pourtant, il envisage de tels rapports, le «peu» l'intéresse en général plus que le «beaucoup», le «moins» que le «plus», le «faible» que le «fort». Est retrouvée alors la position de certains artistes contemporains. Marcel Duchamp valorise les «petites énergies», la «puissance-timide» de la Mariée, l'adjectif : faible. Et Jean Dubuffet, vers 1945, écrit : «J'aime le peu. J'aime aussi l'embryonnaire, le mal façonné, l'imparfait, le mêlé.» Sans aller jusqu'à des positions aussi radicales, la peinture (à toutes les époques sans doute) refuse de privilégier le lourd au détriment du léger, le dur au détriment du souple, l'incorruptible au détriment du périssable. Les peintres s'intéressent au moins autant aux nuages qu'aux fortifications, aux étoffes qu'aux armures, aux fruits qu'aux marbres. On connaît aussi la fascination qu'exerce sur Léonard de Vinci une matière habituellement méprisée, oubliée : la poussière. «Je dis (écrit Léonard) que lors­qu'on frappe une table en différents endroits, la poussière qui la recouvre se dispose en diverses figures de collines et monticules [...].


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