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La folle équipée de Sashenka Goldberg

Couverture du livre La folle équipée de Sashenka Goldberg

Auteur : Anya Ulinich

Traducteur : Norbert Naigeon

Date de saisie : 07/05/2008

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Belfond, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 21.00 € / 137.75 F

ISBN : 978-2-7144-4312-0

GENCOD : 9782714443120

Sorti le : 03/04/2008


  • La présentation de l'éditeur

D'un village désespérément gris de Sibérie aux pelouses trop vertes d'Arizona, des banlieues cossues de Chicago aux ghettos de Brooklyn, un premier roman d'une folle émotion, porté par un étonnant souffle épique, une écriture férocement satirique et un sens inné du tragi-comique.

Sasha Goldberg ne s'est jamais sentie à sa place nulle part.
Enfant déjà, à Asbestos 2, au fin fond d'une vallée minière sinistrée, ses cheveux crépus, son teint mat et ses kilos en trop en faisaient la risée de ses camarades post-soviétiques. Et nul réconfort à attendre de sa mère, sans cesse déçue par cette enfant indigne de l'intelligentsia.
Alors, comme son père avant elle, Sasha va tenter le rêve américain. À Phoenix, au bras de Neil, ce cow-boy dégarni de vingt ans son aîné, avec lequel elle s'est fiancée par correspondance. À Chicago, auprès de ses compatriotes émigrés, entre corvées ménagères, galas de bienfaisance et cours accélérés de judaïsme.
Et plus loin encore, à la recherche de son père, d'elle-même et d'un endroit où se sentir enfin chez soi...

Traduit de l'américain par Norbert Naigeon.



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  • La revue de presse Michel Abescat - Télérama du 7 mai 2008

Son sens du récit, du détail qui tue et du dialogue revolver, sa manière de rire dans les tremblements de terre, son oeil acerbe, aussi dur pour la machine rouillée postsoviétique que pour l'opulence américaine, font de cette «folle équipée» une des plus réjouissantes aventures de lecture du moment.



  • Les premières lignes

Une qualité naturelle

UNE PALISSADE EN TÔLE ONDULÉE courait sur toute la longueur d'une rue sans nom, jusqu'au croisement d'une autre rue sans nom. Au bout de la palissade, il y avait six immeubles disposés à intervalles réguliers et une épicerie. Sous la corniche des immeubles, des lettres de un mètre de hauteur disaient : «VIVE L'ARMÉE», «SOVIÉTIQUE», «SE BROSSER», «LES DENTS», «APRÈS MANGER», «BIENVENUE À», «ASBESTOS 2», et «VILLE MODÈLE !». Les lettres, rouges et écaillées, étaient peintes sur le ciment entre les briques, ce qui avait obligé les auteurs des slogans à moins se préoccuper de leur sens que du nombre limité de briques sur chaque façade.

À l'automne 1992, Lubov Alexandrovna Goldberg décida de trouver une activité extrascolaire pour sa fille de quatorze ans.
- Les enfants de l'intelligentsia ne rentrent pas chez eux l'après-midi pour s'adonner à la bêtise, déclarait Mme Goldberg.
Elle aurait souhaité que Sasha joue du piano, mais les Goldberg n'en possédaient pas, et il n'y avait même pas assez de place pour un hypothétique piano dans le deux-pièces encombré où vivaient Sasha et sa mère.
Le choix de Mme Goldberg se porta par conséquent sur le violon. Elle aimait imaginer Sasha en noir et blanc, photographiée de trois quarts, la frange crépue en moins. Voici Sasha jouant du violon. Comme tu le vois, nous ménageons une place à l'art dans nos vies de plus en plus austères, écrivait-elle dans une lettre imaginaire à M. Goldberg, dont elle ne connaissait pas l'adresse. Mais une fois l'argent dépensé et l'instrument acheté, trois professeurs déclarèrent à tour de rôle que Sasha manquait cruellement d'oreille et était donc inapte à toute éducation musicale.
- Un ours lui a marché sur l'oreille, se plaignit Mme Goldberg aux voisins, et Sasha songea au poids de l'ours et se demanda si en la piétinant, l'animal lui écrabouillerait également la tête jusqu'à la faire éclater comme une noix.
- Tiens-toi droite, Sasha, dit Mme Goldberg, et garde la bouche fermée quand tu manges.
Vinrent ensuite les auditions pour la danse classique et le patinage artistique, et même Mme Goldberg savait que ce n'était pas gagné pour Sasha. Après un essai de patinage, au cours duquel le professeur avait déclaré avec délicatesse que Sasha souffrait d'embonpoint et manquait de coordination, sur le chemin du retour, Lubov Alexandrovna marchait deux mètres devant sa fille dans un silence crispé et pesant. Progressant péniblement dans la neige derrière sa mère, Sasha contemplait les réverbères. Elle essayait de déterminer la direction du vent d'après la trajectoire des flocons sous les halos lumineux, mais ils semblaient tourbillonner en tous sens. Sasha avait le nez en l'air lorsque son pied heurta le bord du trottoir et elle tomba face contre terre dans une congère. C'était plus que Mme Goldberg n'en pouvait supporter.
- Je t'ai dit de cesser de faire d'aussi grandes enjambées. Tu veux voir de quoi tu as l'air quand tu marches ? Tiens !
Mme Goldberg agita frénétiquement les bras et fit un pas de géant.


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