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Hazard et Fissile

Couverture du livre Hazard et Fissile

Auteur : Raymond Queneau

Date de saisie : 21/03/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Dilettante, Paris, France

Prix : 12.00 € / 78.71 F

ISBN : 978-2-84263-155-0

GENCOD : 9782842631550

Sorti le : 02/04/2008

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  • La présentation de l'éditeur

Prenez un savant comme Éléazard Hazard, des insectes en latin, un clàoun nommé Calvaire Mitaine, Sulpice Fissile le philatéliste, une pieuvre apprivoisée, les binocles et moustaches du détective Florentin Rentin, Jim Jim le boxeur nègre à l'accent alsacien; mêlez à cela une belle quantité d'environs de Marseille, un château dit des Broutilles ; saupoudrez avec un inventaire d'objets usuels ; nappez de quelques crimes cocasses, disparitions subites, dialogues en roue libre et proclamations en pente rude de l'auteur qui revendique le droit de changer le nom de personnages «ramassés dans le sable un jour d'ennui et qui n'arrivent que péniblement à (le) distraire» et vous obtenez, en cinquante-neuf feuillets dûment comptés, les vingt-neuf chapitres d'un roman inéditissime de Raymond Queneau : allègre sauterie narrative pour ectoplasmes surréalistes et élémentaires onirocritiques. Souvenez-vous, braves gens, c'était quand Fantômas tenait le piano...

Dans Bâtons, chiffres et lettres, Raymond Queneau livrait des statistiques sur les crimes et délits de Fantômas. La fascination pour ce «Génie du crime» l'avait conduit à créer Hazard et Fissile, deux personnages dont les aventures aussi débridées que celles du héros de Souvestre et Allain composent ce roman inédit et inachevé, où l'on retrouve l'humour et la malice de Queneau.





  • Les premières lignes

Hazard était assis depuis quelques instants devant un verre de limonade lorsqu'un personnage, presque aussi vieux que lui et le nez teinté de violet, vint asseoir la décrépitude de son corps tordu sur une chaise voisine et commanda une chartreuse tiède.
«Tiède, n'est-ce pas ? insista-t-il auprès du garçon, et se tournant vers Hazard, je tiens absolument à ce qu'elle soit tiède.
- De la chartreuse tiède ! En voilà des façons !
- Ah monsieur ! Ceci est une triste histoire. Je cherchais à vous faire rire. Figurez-vous, monsieur, que je suis clown, clàoun, oui monsieur, et c'est une sinistre destinée que de plaisanter toujours, même quand le coeur est triste.
- Auriez-vous des ennuis ?
- Je m'appelle Calvaire Mitaine.» Un silence.
Le vieux savant, c'est de Hazard qu'il s'agit, regardait ses savates et apercevant un insecte se promenant le long de sa cheville ridée, il le cueillit et le déposa dans une boîte d'allumettes.
«C'est un elephas antiquus, dit-il. Une pièce rare. Un insecte aux moeurs étranges, aux instincts étonnants, capable de dépister ses ennemis en s'arrachant les pattes de derrière pour qu'on ne le reconnaisse pas. Mais, excusez-moi, peut-être cela vous ennuie-t-il. Que voulez-vous, depuis que le savant a fait son apparition dans le roman, il se doit d'être botaniste ou géologue ou zoologue, en un mot s'intéresser surtout à l'histoire naturelle. C'est plus simple. Un romancier ne conçoit jamais un mathématicien. Et c'est pourquoi, moi, qui suis géomètre, je suis obligé, du fait même que j'apparais dans cette aventure, je suis obligé, dis-je, de me résoudre à ne plus être qu'en apparence, tout au moins, et comme qui dirait, pour les besoins de la cause, un entomologue. Compris ?
- Quelle aventure ? dit le clown, répondant à une interrogation par une autre interrogation.
- L'aventure des quinze pieuvres de Guinée.
- Je ne connais pas.»
De nouveau, le vieux savant se tut. Puis, ayant payé sa limonade, il salua Mitaine et s'en fut déjeuner.
Des gosses passaient.
«Il est rien tarte, celui-là !», ainsi apprécièrent-ils le clown.
Une larme perla à ses yeux.
«Et dire que ce salaud d'auteur a fait de moi une sorte de Paillasse ridicule. Il déteste les clowns, cet imbécile. Mais je lui revaudrai ça et je lui ferai rater les chapitres les plus palpitants. Et cet Eleazard qui croit que je ne l'ai pas reconnu ! Et qui croit que j'ignore l'histoire des pieuvres ! L'idiot ! Ah ! Ah ! ! Ah ! ! ! À nous deux, Funeste Agrippa ! ! ! !»


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