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Des saints nés des rêves : fabrication de la sainteté et commémoration des néomartyrs à Lesbos (Grèce)

Couverture du livre Des saints nés des rêves : fabrication de la sainteté et commémoration des néomartyrs à Lesbos (Grèce)

Auteur : Séverine Rey

Date de saisie : 26/03/2008

Genre : Religion, Spiritualité

Editeur : Antipodes, Lausanne, Suisse

Collection : Regards anthropologiques

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 978-2-940146-90-1

GENCOD : 9782940146901

Sorti le : 28/02/2008

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  • La présentation de l'éditeur

À la fin des années 1950 dans la région de Mytilène, chef-lieu de l'île de Lesvos (nord-est de la Grèce), la mise au jour de tombes contenant des squelettes sans identité suscitent une série d'événements : rêves de la population environnante, miracles, apparitions. Des récits circulent, reconstituant la vie et les conditions du décès de ces inconnus - un massacre remontant aux premières années de l'occupation ottomane -et les instituant comme saints.

Tout d'abord sceptique, l'Eglise locale mène une enquête puis entreprend les démarches officielles qui ont abouti à leur reconnaissance officielle et à la construction d'un monastère les célébrant, le Monastère Agios Rafaíl.

L'objectif de cet ouvrage est de préciser, dans le cadre du christianisme orthodoxe, quels ont été les enjeux de ce qui est considéré comme une «apparition» de saints, en mettant ainsi l'accent sur la fabrication de la sainteté : enjeux de mémoire, enjeux de mise en scène de l'histoire et du rôle de l'institution ecclésiastique, enjeux économiques aussi.

Par la présentation des registres auxquels se réfèrent différents groupes de personnes - le point de vue des villageois, celui de l'Église et celui des gens vivement critiques envers le phénomène ou son développement - il s'attache à restituer de façon polyphonique un processus complexe, qui renvoie à des thématiques diverses : culte des saints, croyances, rêves, registre du martyre, pèlerinage, rapports sociaux de sexe ou encore opposition entre religion populaire et Église.

Séverine Rey est maître assistante à l'Institut d'anthropologie et de sociologie de l'Université de Lausanne.





  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

Mener une recherche empirique en anthropologie, faire du «terrain», suppose entre autres se laisser (sur)prendre, aiguiser sa curiosité et être réceptif-ve à ce qui, d'un premier abord, peut sembler ne pas avoir de rapport avec sa problématique de travail - quitte à opter finalement pour un sujet d'étude assez différent, comme cela a été le cas pour moi. Cette introduction a notamment pour objectif de retracer brièvement le cheminement qui a été le mien entre mon projet initial et le présent résultat.
Quand je suis partie en Grèce, j'avais l'intention d'étudier les pratiques religieuses des femmes. Je voulais par là ancrer empiriquement des réflexions théoriques que j'avais développées dans un travail préalable, consacré d'une part à l'émergence du questionnement sur les rapports sociaux de sexe en anthropologie (et dans les sciences sociales en général), et d'autre part à la construction discursive du genre (gender) dans des monographies ethnolo­giques. Nicole-Claude Mathieu avait montré dans plusieurs articles essentiels comment les recherches et la théorie anthropologiques se sont en premier lieu centrées sur les activités masculines et/ou sur la perception masculine des activités féminines. Ce faisant, elles ont «invisibilisé» les femmes, en ne prenant pas en considération leurs paroles et leur rôle d'actrices, ou en se basant sur une vision médiatisée de ceux-ci. Dans le champ du religieux, de nombreuses études mettaient l'accent soit sur ce que le dogme religieux énonce (création d'ordre et de sens), soit sur les personnes qui ont une activité formelle dans le système, des hommes dans la majorité des cas. Les études tenant compte du genre dans ce domaine ont en général abordé deux types de thématique : certaines se sont centrées sur la place qu'occupe la religion dans la définition et la justification des rôles de sexe, d'autres sur les rôles que les femmes jouent dans des traditions religieuses spécifiques. D'autres, enfin, étudient, d'un point de vue plus global, le symbolisme religieux et ses liens avec le genre.
De mon côté, j'avais envie de préciser, dans un terrain particulier, ce qu'il en était concrètement de l'engagement religieux des femmes. Je voulais déterminer de quel type il était : formel ou pas, à l'intérieur ou en dehors des structures institutionnelles, dans un cadre prestigieux ou quotidien, etc. Mon intention n'était cependant pas de me centrer uniquement sur les femmes (combler un manque d'information à leur propos), mais d'envisager le sujet dans une perspective théorique de genre, autrement dit de prendre en compte les rapports sociaux de sexe, leur construction sociale et hiérarchique.
Pour mener ma recherche, j'ai décidé de me rendre en Grèce, plus précisément sur l'île de Lesvos. Pour planter un peu le décor, il suffit peut-être d'écrire que Lesvos est une île de la mer Egée, au nord-est de la Grèce, tout près des côtes turques. Elle est la troisième plus grande île du pays, après la Crète et l'Eubée, et regroupe environ 100000 habitants, dont près de 35000 dans sa capitale, Mytilène. Connue en particulier pour ses poètes, elle est également réputée comme productrice d'huile d'olive (ses flancs sont couverts d'oliviers) mais aussi d'ouzo, l'alcool au goût anisé. Au-delà de ces cli­chés, elle est le siège de certains départements de l'Université d'Egée, académie créée en 1984 et décentralisée sur plusieurs îles. À Mytilène se trouve notamment le Département d'anthropologie sociale, le point d'attache institutionnelle que je m'étais choisi.
La Grèce présentait à mes yeux plusieurs intérêts : considéré comme le berceau de la civilisation européenne, ce pays est aujourd'hui passablement relégué, dans les esprits occidentaux, à un statut de haut lieu archéologique ou de destination touristique. Situé aux confins de l'Europe (politique, économique et historique), il est dans une situation paradoxale, tant pour les Occidentaux que pour les Grecs : à la fois dedans et dehors, en même temps familier et étranger. Enfin, partageant apparemment une même religion, le christianisme, il est cependant orthodoxe, dans une Europe très largement catholique et protestante.


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