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Prague, Belle Epoque

Couverture du livre Prague, Belle Epoque

Auteur : Bernard Michel

Date de saisie : 20/03/2008

Genre : Histoire

Editeur : Aubier, Paris, France

Collection : Collection historique

Prix : 26.00 € / 170.55 F

ISBN : 978-2-7007-2363-2

GENCOD : 9782700723632

Sorti le : 11/03/2008

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  • La présentation de l'éditeur

Entre la fin du XIXe siècle et les années 20, Prague s'imposa comme l'une des capitales européennes de la littérature, de la peinture et de l'architecture. Cette ville où il faisait bon vivre - Tchèques et Allemands y cohabitaient harmonieusement, et la communauté juive y fut longtemps préservée de l'antisémitisme - accueillit et inspira toutes les avant-gardes : symbolisme, décadence, expressionnisme, cubisme... Une Belle Époque injustement méconnue, et ressuscitée par ce livre que hantent, à chaque page, Max Brod, Rilke, Meyrink, Mucha, Bilek et tant d'autres... autour de Kafka, l'écrivain pragois par excellence, qui fait ici l'objet de nouvelles interprétations.

Bernard Michel est professeur émérite de l'université Paris I-Sorbonne et docteur honoris causa de l'université Charles de Prague.





  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

Franz Kafka, Rainer Maria Rilke, Max Brod, Gustav Meyrink, Jaroslav Hasek, Karel Capek, l'architecte Jan Kotera, le sculpteur Frantisek Bilek, les peintres Alfons Mucha, Emil Filla et Bohumil Kubista : peu de villes peuvent s'enorgueillir d'avoir concentré sur une courte période autant de talents artistiques différents. En quelque trois décennies, de 1895 à 1928, Prague, autrefois ville provinciale de l'Autriche-Hongrie, s'est imposée comme l'une des capitales européennes de la littérature, de la peinture et de l'architecture. Symbolisme, décadence, expressionnisme, cubisme, toutes les avant-gardes y ont trouvé un milieu d'expression privilégié et original.
Pourtant, et en dépit du lien particulier, dès la fin du XIXe siècle, entre Prague et Paris, la vitalité unique de la capitale tchèque demeure peu connue dans l'Hexagone. Si l'exposition «Vienne 1900. L'Apocalypse joyeuse», organisée à Beaubourg en 1986, a entraîné une certaine redécouverte du dynamisme de la monarchie austro-hongroise - qui, loin d'être en déclin à la veille de la Première Guerre mondiale, offrait un espace ouvert aux courants commerciaux, à une intense industrialisation, mais aussi à la circulation des idées et des courants culturels -, elle a en revanche laissé dans l'ombre la Belle Époque pragoise. Or Vienne, capitale politique, n'exerçait aucun centralisme culturel dans le royaume : les différentes capitales régionales avaient donc chacune leur singularité, et Prague peut-être plus que les autres. En un mot, malgré le renom de certains de ses écrivains, comme Kafka, et malgré le fait que la ville, en a aujourd'hui encore conservé l'héritage, l'exceptionnelle modernité pragoise des années 1895-1928 demeure méconnue.
Et il y a plus grave encore. À en croire de nombreuses études littéraires, Prague fut, au début du XXe siècle, une ville en proie à différentes formes de conflits : la rivalité entre Tchèques et Allemands aurait été une lutte sans merci entre deux camps opposés, et les juifs de Prague auraient été quant à eux constamment menacés par un antisémitisme ravageur. Erreur grossière, hélas trop répandue, car, nous le verrons, Tchèques et Allemands ont coexisté de manière harmonieuse pendant des décennies. La rivalité d'ordre politique, social et culturel qui a bel et bien existé entre les deux nationalités fut même l'un des moteurs de l'innovation artistique.
Arrêtons-nous par exemple sur le cas de Franz Kafka. Parmi les centaines d'ouvrages qui lui ont été consacrés dans le monde, rares sont ceux qui témoignent d'une connaissance intime de Prague, de sa société et de son histoire. L'auteur de La Métamorphose et du Procès, dont les personnages doivent faire face à un monde menaçant et angoissant, est lui-même présenté comme un écrivain luttant contre un univers hostile, si ce n'est comme un auteur enfermé dans un «triple ghetto» social, national et intellectuel. Au lieu de susciter de l'intérêt pour la ville dans laquelle son oeuvre s'enracine, ces études brossent trop rapidement le portrait d'une Prague abstraite et repoussante. Pourtant Kafka est l'exemple même d'une symbiose étroite entre un écrivain et la cité dans laquelle il a vécu et créé. Willy Haas, son contemporain, notait dans ses Mémoires :

Je ne peux me représenter comment un homme pourrait le comprendre, s'il n'est pas né à Prague, autour de 1890 ou 1880. [...] Franz Kafka, pour dire la vérité, n'avait pas beau­coup à nous donner que nous ne sachions pas et n'ayons souvent discuté dans des débats qui duraient des nuits entières. Son grand exploit a été de savoir l'exprimer dans des images géniales.


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