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Doggy bag : saison 4

Couverture du livre Doggy bag : saison 4

Auteur : Philippe Djian

Date de saisie : 19/03/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : 10-18, Paris, France

Collection : 10-18. Domaine français, n° 4108

Prix : 7.40 € / 48.54 F

ISBN : 978-2-264-04693-2

GENCOD : 9782264046932

Sorti le : 06/03/2008


  • La présentation de l'éditeur

Ce que l'on craignait est arrivé : Victor Sollens s'est pendu.
Le niveau des eaux baisse, le fleuve retourne dans son lit, Irène est saine et sauve, mais le vieil homme n'a pas supporté d'être rejeté par les siens - pour une vague histoire de trahison dont il se serait rendu coupable. De son côté, David découvre que Josianne n'est pas enceinte, ce qu'il n'apprécie que moyennement puisque c'était la raison pour laquelle il l'avait épousée. Autant dire que pour certains les choses ne vont pas très fort.
À présent, plusieurs mois ont passé. L'arrière-saison est magnifique, la nature étonnamment luxuriante. Et il y a un grand plaisir à écrire là-dessus, sur le cheminement des âmes aujourd'hui, sur ces choses que nous avons sous les yeux, étrangement belles et menaçantes.

Ph. Djian

Philippe Djian est né en 1949 à Paris. C'est en vou­lant essayer une machine à écrire, donnée par un ami, qu'il entame l'écriture des nouvelles qui composeront 50 contre 1. Deux romans paraissent : Bleu comme l'enfer et Zones érogènes (éditions Bernard Barrault). Mais le succès auprès du grand public vient en 1985 avec l'adaptation au cinéma de 37°2 par Jean-Jacques Beinex. Traduit dans vingt pays, le roman connaît un succès retentissant. Philippe Djian a écrit depuis de nombreux romans, dont notamment Échine, Maudit Manège, Frictions, Impuretés... Avec Doggy bag, il invente un nouveau genre en appliquant au roman les codes de la série télé. La sixième saison a paru en 2008 aux éditions Julliard.



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  • Les premières lignes

Marc lutta jusqu'au début de l'automne. Un matin qu'il se trouvait seul à la maison et après avoir contemplé le paysage durant un bon moment, sur une musique de Supersilent, il capitula en grimaçant. Peut-être à cause des rouges et des jaunes enluminant les arbres du jardin ou des reflets mordorés du fleuve qui favorisaient l'introspection - difficile à dire. Il faisait encore chaud. Le froid ne viendrait pas à son secours de sitôt.
Il tomba sur une femme - sur une voix de femme, rauque. Et après qu'il eut gardé le silence durant quelques secondes, la voix déclara qu'il devait se détendre, que tout allait bien, qu'il n'avait pas à avoir honte, que c'était une maladie, bla bla bla, que ça se passait plus ou moins de la même manière que chez les Alcooliques anonymes qui avaient justement leur salle de l'autre côté du couloir et que même ils se connaissaient tous plus ou moins. Marc, lui qui ne transpirait pratiquement jamais, avait le front totalement emperlé.
Il se savait sérieusement atteint. Durant ces derniers mois, il n'avait cessé de se cacher la vente, de nier que son appétit sexuel ne faisait qu'empirer et que tout ça allait mener à la catastrophe - dans un futur assez proche s'il ne faisait rien. Il avait essayé les glaçons. Il avait essayé de tenir sa queue enserrée entre ses cuisses, la comprimant de toutes ses forces. Il avait essayé de penser à autre chose. À plusieurs reprises, le regard d'Edith s'était montré terrible -ces regards-là le rendaient malade. À plusieurs reprises, ces regards l'avaient poignardé et il finissait par sauter hors du lit et descendait boire un verre d'eau, regardait la télé dans le salon pour se vider la tête.
Edith lui avait donné ce numéro de téléphone depuis une quinzaine de jours. C'était comme si elle lui avait enfoncé un buisson d'épines dans le fond de la gorge. Il ne parvenait pas à s'en débarrasser. Dans sa poche de chemise, il lui brûlait la poitrine. Dans sa poche de pantalon, il lui brûlait la cuisse. «Pourquoi ne le fais-tu pas, lui disait-elle. Qu'est-ce que tu attends ? Je suis sûre que ça va marcher.» Il valait mieux que ça marche, se dit-il en raccrochant. Il valait mieux que son humiliation n'ait pas été déployée en vain.
La prochaine réunion, celle où il devrait se présenter, se tenait le samedi suivant et le simple fait d'y penser lui incendia l'estomac d'un jet de bile.
Il avait l'impression d'avoir reçu le plafond sur la tête, mais dans le même temps il se sentait plus léger.
Avoir baisé Martine n'avait pas été une très bonne idée. Il s'en voulait, il le regrettait, mais autant dire qu'elle s'était jetée à son cou. Ce qui ne constituait pas une excuse, mais le cas de figure s'était révélé le pire qui pouvait lui échoir. Le cas de figure où une langue de femme se met à frétiller dans votre bouche avant que vous n'ayez pu tenter quoi que ce soit. Sur la banquette arrière de son Audi cabriolet qu'elle désirait vendre pour des questions de liquidité - son avocat, Vincent Delborde, n'était pas le meilleur marché de la ville.


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