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Gonzo highway : correspondance de Hunter S. Thompson

Couverture du livre Gonzo highway : correspondance de Hunter S. Thompson

Auteur : Hunter S. Thompson

Traducteur : Nicolas Richard

Date de saisie : 05/05/2008

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : 10-18, Paris, France

Collection : 10-18. Domaine étranger, n° 4114

Prix : 9.40 € / 61.66 F

ISBN : 978-2-264-04477-8

GENCOD : 9782264044778

Sorti le : 06/03/2008


  • La présentation de l'éditeur

Hunter S. Thompson, roi de la controverse et inventeur du reportage «gonzo», laisse derrière lui cinquante ans de correspondance sauvage. Écrire aux grands de ce monde -Faulkner, Nixon, Joan Baez, Carter - comme à son entourage - créanciers, rédacteurs en chef, petites amies, dentistes - était pour lui une manière plus directe de se faire comprendre. Sa plume explosive transforme ses destinataires en ennemis potentiels et dévoile un esprit vif, halluciné, un sens inné de la moquerie et un goût démesuré pour l'excès. Gonzo Highway recueille quelque deux cents de ses missives. Un condensé féroce d'un demi-siècle de vie américaine.

«La correspondance de Thompson [...] montre qu'au-delà de l'irrévérence absolue, cet ancêtre du "nouveau journalisme" sut dresser un tableau lucide d'une Amérique qu'il jugeait de plus en plus hypocrite et prude.»
Le Monde

Traduit de l'américain par Nicolas Richard

"Domaine étranger" dirigé par Jean-Claude Zylberstein



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  • Les premières lignes

La malédiction de la plaque de bronze

Avant-propos à la correspondance de Hunter Thompson de William J. Kennedy
Une institution qui se battra toujours pour le progrès et la réforme, ne tolérera ni injustice ni corruption, luttera contre les démagogues de tous bords, n'appartiendra à aucun parti, s'opposera aux classes privilégiées et aux pillards du bien public, sera solidaire des pauvres, se consacrera au bien-être de tous, ne se contentera pas d'imprimer des nouvelles, sera farouchement indépendante, ne craindra jamais de s'en prendre au mal, qu 'il s'agisse de ploutocratie prédatrice ou de pauvreté prédatrice.

Joseph Pulitzer, dans son éditorial publié le 10 mai 1883 après le rachat du New York World (profession de foi reproduite sur une plaque de bronze figurant sur la tour du Times, à New York).

C'était à la fin de l'été 1959. Hunter Thompson s'était fait virer du Daily Record de Middletown (État de New York) après avoir démoli à coups de pied le distributeur de bonbons. Motif : trop «excentrique». Il cherchait du travail et avait répondu à une petite annonce parue dans l'Editor & Publisher pour un poste de rédacteur sportif au tout nouveau San Juan Star. Il avait vingt-deux ans mais prétendait en avoir vingt-quatre. Le boulot l'intéressait parce que c'était à Porto Rico, loin de la grande «démocratie rotarienne du continent», selon ses propres mots.
Il évoquait les ennuis qu'il avait eus à Middletown et déclarait donner des conférences sur ce que signifiait la Beat Génération. «J'ai fait une croix sur le journalisme à l'américaine, écrivait-il. Le déclin de la presse américaine est depuis longtemps une évidence, et mon temps est trop précieux pour que je le gâche à essayer de fourguer à "l'homme de la rue" sa ration quotidienne de clichés [...]. Il existe une autre approche journalistique [...] gravée dans le bronze, à l'angle sud-est de la tour du Times, à New York.» Il ajoutait qu'il devait se remettre à son roman, dont une partie était déjà sur le bureau de Viking Press, à New York.
En tant que rédacteur en chef du tout nouveau Star, je lui répondis que notre directeur de publication était membre du Rotary, et que notre équipe était pleine de reporters (et de rédacteurs) excentriques qui, comme lui, écrivaient de la fiction. En conséquence de quoi, je lui suggérais de se remettre à son roman, voire d'en commencer un autre, dont l'intrigue serait bâtie autour de la fameuse plaque de bronze de la tour du Times. «Il faut toujours écrire sur ce que l'on connaît intimement», précisais-je avant d'ajouter que, si jamais nous venions à acquérir un distributeur de bonbons et avions besoin de quelqu'un pour le démolir, nous reprendrions contact.
Mon courrier arriva chez lui, à Louisville, en même temps que la lettre de refus de Viking Press. «Votre lettre était mignonne comme tout, l'ami, me répondit-il, et votre interprétation tout à fait typique de ces esprits imbéciles à qui l'on doit la pourriture sèche de la presse américaine, mais ce n'est pas parce que vous ne m'invitez pas que je vais pas venir dans votre coin. Une fois que j'y serai, faites-moi penser à, premièrement, vous latter les dents à coups de pied et, deuxièmement, vous carrer une plaque de bronze bien profond dans l'intestin grêle.» Puisqu'il était le spécialiste patenté de la pourriture sèche du journalisme, lui répondis-je à mon tour, nous étions prêts à le rémunérer au tarif habituel sur la base de trois pages à double interligne que nous publierions dans notre première édition, accompagnées de notre échange épistolaire. Je ne connaissais pas d'autre publication, conclus-je, qui lui offrirait une telle occasion, et je signai «Intestinalement vôtre». (...)


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