Auteur : Elisabeth Brami
Illustrateur : photographies de Philippe Lopparelli
Date de saisie : 18/03/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : T. Magnier, Paris, France
Collection : Photoroman
Prix : 13.50 € / 88.55 F
ISBN : 978-2-84420-630-5
GENCOD : 9782844206305
Sorti le : 16/05/2008
Sur l'écran, la page était vierge mais d'un beau gris argenté. Une fois de plus, en cliquant sur l'icône «pièce jointe», il avait fait apparaître une photo. C'était un curieux dialogue qu'«on» lui proposait là. «On» lui répondait. Son correspondant muet n'était ni aveugle ni illettré. Mieux, il se piquait au jeu, il en acceptait les règles tacites. Cela avait quelque chose d'excitant.
Une série de photographies dont il ignore tout est confiée à un écrivain. Il s'aventure alors dans l'écriture d'un roman où ces photographies croiseront la vie du héros pour la transformer.
Elisabeth Brami, l'auteur, a exercé en tant que psychologue clinicienne de 1974 à 2006 dans un Hôpital de Jour pour adolescents. Elle se met à écrire pour la jeunesse en 1990. Depuis, ses livres (plus de cinquante dont Les petits riens, Moi j'adore maman déteste, éd. du Seuil) sont publiés chez de nombreux éditeurs.
Aux Éditions Thierry Magnier : Loi, avec Béatrice Alemagna, 2005. Il y a des heures qui durent longtemps, Petite Poche, 2003. Roule ma poule, avec Claude Cachin, 2003.
Philippe Lopparelli, le photographe : diplômé des Beaux-Arts en 1989, il publie dans la presse en 1990 son premier reportage sur le démantèlement de la sidérurgie lorraine. Il collabore alors avec des magazines tels que Géo, Télérama, DS... En 1996, il rejoint le collectif Tendance Floue.
Pour cette série de photos intitulée Electropia, il a suivi, à travers toute l'Europe et pendant près de dix ans, cette «génération électronique».
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«Le temps passe, c'est tout ce qu'il sait faire.» Il avait lu ça quelque part quand il était au collège. C'était dans un roman qu'il avait choisi pour faire une fiche de lecture. Du même auteur qu'Emile et les détectives. Il avait adoré. De toute façon, c'était sa tante Hilda qui le lui avait apporté, le roman en question. Et comme c'est toujours elle qui lui offrait les meilleurs bouquins... En ce temps, il lui faisait tellement confiance, à sa tante préférée, qu'il aurait même été capable d'ingurgiter l'annuaire du téléphone si elle le lui avait conseillé.
Oui, le temps passait, ça l'angoissait. Une impression de fuite, du sable filant entre ses doigts. Comme les milliers de mini-grains rose fluo qui mettaient une plombe à glisser dans le goulot du sablier de la salle de bains pour l'obliger à se brosser les dents au moins trois minutes. Un «cadeau de la petite souris» dans le plus pur style de sa mère.
Il ne savait pas pourquoi, en ce moment, il avait tendance à faire marche arrière. Pas par nostalgie, non, tout n'avait pas été forcément génial dans sa vie. C'était plutôt la trouille d'avancer, parce que avancer ça signifiait aller droit dans le mur, approcher de la date fatidique du bac. Bac, comme flash-back. Bac, un mot qui claquait en couperet de guillotine. Schlak ! Un mot définitif qui vous zigouillait, qui vous précipitait, de gré ou de force, de l'autre côté de votre monde, en pays miné. Chez les adultes.
Débarqué en terre inconnue, on vous jetait sans pitié dans la fosse aux lions, on vous envoyait dans des douves glauques infestées de serpents avec ordre de réussir, de vous en sortir, d'être le meilleur, sinon crève ! Bref, un énorme bizutage rituel en live qui l'attendait comme tous les autres moutons de sa génération. Et pas moyen de retourner aux abris : les salauds censés vous protéger avaient déjà remonté le pont-levis et vous lançaient, goguenards : «C'est pour ton bien !», et autres phrases qui tuent.
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