Auteur : Maïssa Bey
Date de saisie : 03/04/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. de l'Aube, La Tour-d'Aigues, France
Collection : Regards croisés
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-7526-0446-0
GENCOD : 9782752604460
Sorti le : 13/03/2008
«Ce torrent de feu qui creuse le gouffre de l'irrémédiable s'appelle napalm.
L'enfant court sur les chemins de poussière. Il trébuche sur les gravats.
Il pleut des pointes de feu.
Il pleut des éclats de lumière.
Cours mon fils, cours !
Ne t'arrête pas !»
«Algérie 1830-1962 : pendant 132 ans, madame Lafrance s'est installée sur "ses" terres pour y dispenser ses lumières et y répandre la civilisation, au nom du droit et du devoir des "races supérieures". Face à elle, l'enfant, sentinelle de la mémoire, va traverser le siècle, témoin à la fois innocent et lucide des exactions, des spoliations et des entreprises délibérées de décuIturation, jusqu'à la comédie de la fraternisation.»
Maïssa Bey.
Maïssa Bey vit à Sidi Bel Abbes. Avec ce nouveau texte, elle gagne encore en intensité, sous la lumière blanche et impitoyable de son écriture - et de son Algérie. L'essentiel de son oeuvre est publiée à l'Aube.
Entrouvrant les portes du temps et de la mémoire (individuelle et collective), Maïssa Bey va composer d'abord l'émouvant Bleu, blanc, vert (Aube, 2004), un récit à deux voix où, de 1962 à 1992, se dessine l'histoire de sa génération (elle est née en 1950) tiraillée entre modernité et tradition, et d'un espoir bafoué. Avant de se lancer ensuite dans son livre le plus ambitieux : Pierre Sang Papier ou Cendre, magistrale fresque sur la colonisation française en Algérie de 1830 à 1962...
Sur les hauteurs de la Ville blanche, l'histoire vient de se refermer sur cent trente-deux ans de colonisation. Sur une tragédie que Maïssa Bey transcende magnifiquement dans une prose lumineuse, tendue, sensible, ironique, déchirante. Un souffle poétique qui claque au vent de l'Histoire. D'une vérité offerte en partage.
L'enfant est debout sur un promontoire recouvert de lentisques et de lauriers roses transpercés d'épineux.
Il regarde la mer.
Seules quelques crêtes blanches troublent la surface de l'eau encore noyée de nuit.
Les brumes du matin peinent à se dissiper.
Sur le ciel encore livide, d'étranges silhouettes sombres se profilent au loin - à fleur d'eau, à fleur de jour.
Etranges silhouettes que ces bateaux immobiles aux flancs doucement battus par les flots !
On dirait une muraille, une enceinte fortifiée, hérissée d'innombrables piques. Ou peut-être une improbable forêt de pins surgie des profondeurs marines.
Mais ne serait-ce pas tout simplement une vision née de ses rêves ?
L'enfant est debout face à la mer.
Trois chèvres, sans doute égarées, dévalent les rochers juste derrière lui et s'égaillent sur le rivage avant de disparaître dans les broussailles.
L'enfant ne les voit pas.
Venue de la plus haute tour et portée par la brise, la voix du muezzin déroule ses intermittences avant de se perdre au-dessus des collines.
L'enfant, fasciné par ce qu'il contemple dans le lointain, ne l'entend pas.
De grands pans de jour affleurent au-dessus des collines et dissipent les lambeaux de rêve qui s'accrochaient dans sa mémoire.
Prémices de l'embrasement, des rayons déjà éblouissants émergent du ventre de la mer.
L'enfant, la main en visière au-dessus des yeux, scrute l'horizon.
Ce sont des dizaines, des centaines de bateaux, mâts et cordages dressés contre le ciel, pavillons hissés haut. Là, tout près, à portée de canon. Une sourde menace semble planer sur les lieux.
C'est là.
Sombre et pesant.
À la fois précis et encore indéfinissable.
La clarté se fait maintenant plus vive, et se répand telle une coulée de lave sur les eaux soudain parcourues de reflets sanglants.
Debout face à la mer, l'enfant attend que se dissipe le mirage.
Des bateaux sont là, tout proches, et toujours immobiles.
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