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Coffee

Couverture du livre Coffee

Auteur : Edgar Sekloka

Date de saisie : 14/03/2008

Genre : Jeunesse à partir de 13 ans

Editeur : Ed. Sarbacane, Paris, France

Collection : Exprim'

Prix : 8.50 € / 55.76 F

ISBN : 978-2-84865-212-2

GENCOD : 9782848652122

Sorti le : 03/03/2008


  • La présentation de l'éditeur

«Mon père, avant c'était un numéro de magicien, le coup de la pièce qui sort de l'oreille. Après, c'est devenu un numéro de compte. Et maintenant, c'est un numéro de téléphone. Je suis un chiffre. Papa et maman sont ma racine carrée. Je suis leur numéro commun. Un, un, un : trois fois le même, je suis comme eux, sans personne.»

À sept ans, Koffi bordait sa mère soûle, tandis que son père couchait avec sa secrétaire.
«Nègre blanc» sans racines, entre l'Afrique fantasmée et l'Occident de chute, il grandit en se blindant contre l'extérieur - la violence des sentiments.
Dix ans, vingt ans, trente ans, cinquante ans : Koffi évolue à l'image du monde qui l'entoure, toujours plus dur et plus fermé. Quelle échappatoire ?

Edgar Sekioka est un enragé des mots. Il prépare un album avec son collectif de slam Chant d'encre, et un autre avec son groupe de hip hop. Anonyme. Coffee est son premier roman.

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  • Les premières lignes

AUX FORCEPS

1974

C'était né.
C'était l'époque des coupes afro, des vestes pailletées et des pantalons à pattes d'éléphant pour ceux dont les moeurs sexuelles libérées réchauffaient une planète congelée. C'était l'époque des 2 CV, des RER à deux classes, des métropolitains sans vigiles ni pirates. C'était l'époque du football de Marius Trésor. C'était l'époque du travail à la chaîne et du franc. C'était l'époque des téléphones à pièces. C'était l'époque des titis pari­siens et des gros minets provinciaux qui, dans les pubs de Saint-Germain-des-Prés, buvaient ensemble le café brésilien.

C'était né. C'était la matinée du vendredi 4 juin 1974. La Libération avait changé de date pour Madeleine Ivimey. Elle se réveillait. On emmenait le nourrisson pour la toilette. C'était fait. On la réconfortait. Les mots la cal­maient. Elle apprenait la nouvelle. Elle avait mis bas. C'était un garçon. Elle ne souriait pas. Abedi Ivimey, le père, avait appelé l'hôpital pour donner le prénom. Koffi. Elle ne souriait pas, elle affrontait ses démons.
Madeleine avait la peau claire pour une Africaine. Des reflets d'Occident qu'elle choyait. Elle aimait pouvoir bron­zer. Elle aimait pouvoir parler de son bronzage. Elle aimait parler, tant que sa langue maternelle ne flottait pas dans la conversation. L'oreille à l'affût, elle écoutait sans vraiment comprendre les mots qu'elle enregistrait, mais elle aimait pouvoir ouïr.
Au supermarché, manuels de traduction, guides des phra­ses essentielles et guides des alcools essentiels se pavanaient pour elle sur le même présentoir. Après les guides, les étiquettes. Madeleine aimait lire l'étiquette collée aux bouteilles d'alcool, c'était sa littérature, un revigorant intellectuel. Ouverte au monde libre comme au tiers restant, sa bibliothèque ne cessait de s'agrandir, et tous les genres étaient autorisés : kir, vin de palme, whisky, vodka, punch...
Sommeliers, viticulteurs, prédateurs, tous profitaient de sa nouvelle langue lorsqu'elle était gentiment soûle. Tout se passait chez elle, à chaque fois qu'Abedi était en dépla­cement. Et à chaque fois, c'était pour elle l'occasion de se rappeler qu'elle aimait l'alcool et les hommes : des lieux où son mari l'avait emmenée.

C'était arrivé comme ça, durant l'été 1973. Abedi restait de moins en moins à la maison. Il travaillait beaucoup tandis que Madeleine s'ennuyait beaucoup. Elle lui sautait au cou quand il posait les pieds sur le paillasson d'entrée. Elle l'accaparait des heures durant, même quand il ne récitait pas ses devoirs conjugaux. Même quand il sentait le par­fum d'une autre femme. Elle ne posait aucune question, même alcoolisée.
Madeleine aimait son époux et son niveau de vie. Ils habitaient Saint-Michel. Elle ne manquait de rien. Elle était une femme au foyer moderne. Le soir, elle pleurait et s'endormait. Elle errait seule dans l'appartement. Ses rares amis résidaient au Cameroun, son pays d'origine. Alors, elle se trouvait des petites occupations : quelques verres devant la télé, quelques sorties nocturnes dans les bars et clubs dansants. Elle plaisait aux hommes. Elle le savait. Certains se battaient pour lui payer une coupe de Champagne, alors elle buvait.


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