Auteur : James Canon
Traducteur : Robert Davreu
Date de saisie : 29/05/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Belfond, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-7144-4348-9
GENCOD : 9782714443489
Sorti le : 06/03/2008
Baroque, foisonnante, éblouissante de fantaisie, la chronique tragico-burlesque d'une bourgade perdue au fin fond de la Colombie. Un roman brillant, inventif, hilarant, par le fils spirituel de Garcia Marquez et de Vargas Llosa.
Depuis ce jour où les guérilleros ont débarqué et réquisitionné tous les hommes du village, Mariquita tombe en ruine. Seules, livrées à elles-mêmes, les femmes ne savent plus à quel saint se vouer.
Qu'à cela ne tienne. De ménagères soumises, d'épouses dociles, les femmes vont se transformer en leaders politiques de choc, instigatrices flamboyantes d'un nouvel ordre social.
Ainsi, les très moustachues soeurs Morales décident de remédier à leur condition de célibataires frustrées en créant un bordel ambulant ; Francisca, la veuve d'un grippe-sou notoire, mène la grande vie après avoir découvert le magot de son mari.
Et surtout, Mariquita peut compter sur la tenace Rosalba, la veuve du brigadier, auto-proclamée maire, et sur le padre Rafaël, seul rescapé de la gent masculine, qui n'hésite pas à se porter volontaire pour assurer la procréation de la nouvelle génération...
James Canon est né et a grandi en Colombie. Après des études de publicité à l'université Jorge Tadeo Lozano de Bogota, à vingt-cinq ans, il part étudier l'anglais à New York. Tout en prenant des cours à la New York University, il commence à écrire. Diplômé de l'université de Columbia, il a reçu le prix d'excellence Henfield dans la catégorie fiction. Ses nouvelles ont été publiées dans de nombreuses revues littéraires et dans des anthologies comme Bésame Mucho (Painted Leaf Press) et Virgins, Guérillas & Locas (Cleis Press). James Canon vit à New York. Dans la ville des veuves intrépides est son premier roman.
«Un conte enjoué et souvent grinçant, plein de charme et de mordant. Un enchantement.»
The Washington Post
«Le roman brillant de James Canon fait preuve d'un pouvoir d'imagination dans tous les domaines politique, philosophique, sexuel, religieux et magique [...]. Un premier roman hypnotisant.»
Elle Magazine
«L'écriture simple et puissante de James Canon, touchée par la grâce de l'humour et du réalisme magique, ne vacille jamais.»
The New Yorker
«Les débuts magiques de James Canon. Audacieux et plein d'esprit, un premier roman des plus réussis. S'attelant à des genres aussi variés que la politique, le féminisme, l'histoire, la religion et la culture latino-américaine, mélangeant de façon étonnamment convaincante un humour irrésistible et une chronique poignante du chaos et de la dévastation d'une société déchirée par les conflits civils.»
Kirkus Reviews
Traduit de l'américain par Robert Davreu.
Un pays traversé de légendes et de mystères, de croyances et de la conviction que le surnaturel n'est jamais très loin. L'atmosphère insolite qui baignait Cent ans de solitude, le grand livre du Colombien Gabriel Garcia Marquez, se retrouve dans ce roman, même si Cañon affirme n'avoir lu son compatriote que sur le tard et en anglais...
Au-delà de la pure fantaisie, l'auteur a voulu dire quelque chose sur son pays. Intercalés entre les épisodes consacrés à Mariquita, de brefs portraits tracés d'une plume sèche racontent une autre histoire, largement aussi ahurissante que celle de Mariquita : celle de tous ces paysans ruinés, déplacés, enrôlés contre leur gré. Celle des enfants-soldats de la guérilla, des orphelins, des paramilitaires, des simples soldats. Toute une histoire violente et tragique, celle des hommes, à laquelle Cañon voudrait opposer celle que pourraient faire advenir les femmes...
Dédié à sa mère et à "toutes les femmes de la terre", le roman a la saveur d'une utopie savamment élaborée, savoureuse et délicieusement optimiste : rien ne dit qu'un monde dominé par les femmes serait aussi harmonieux que le rêve de James Cañon. Mais il est vrai qu'on n'a jamais essayé.
Le jour où les hommes disparurent
Mariquita, le 15 novembre 1992
LE JOUR OU LES HOMMES DISPARURENT commença comme un dimanche matin ordinaire à Mariquita : les coqs oublièrent d'annoncer l'aube, le sacristain ne se réveilla pas à temps, la cloche de l'église n'appela point les fidèles à assister à l'office des matines, et (comme chaque dimanche depuis les dix dernières années) une seule personne se montra à la messe de six heures : dona Victoria viuda de Morales, la veuve Morales. Celle-ci était habituée à cette routine, de même que le padre Rafaël. Les toutes premières fois, cela avait été gênant pour eux deux : le petit prêtre presque invisible derrière la chaire, prononçant son homélie ; la veuve assise seule au premier rang, grande et bien en chair, complètement immobile, la tête couverte d'un voile noir qui lui descendait jusque sur les épaules. À la longue, ils décidèrent de se débarrasser de la cérémonie et prirent l'habitude de s'asseoir dans un coin à boire du café et à papoter. Le jour où les hommes disparurent, le padre Rafaël se plaignit auprès de la veuve de la diminution sévère des revenus de la paroisse, et ils discutèrent des différentes façons de relancer la dîme payée par les fidèles. Après leur causette, ils convinrent de laisser tomber la confession, mais la veuve reçut néanmoins la communion. Ensuite, elle récita quelques prières avant de rentrer chez elle.
Par la fenêtre ouverte de son salon, la veuve Morales entendit les marchands ambulants essayer d'intéresser les lève-tôt à leurs amuse-gueule : «¡ Morcillas !» «¡ Empa-nadas !» «¡ Chicharrones !» Elle ferma la fenêtre, plus incommodée par l'odeur désagréable des boudins et de la friture que par les voix stridentes qui en vantaient les mérites. Elle réveilla ses trois filles et son unique fils avant de retourner à la cuisine, où elle sifflota un cantique en préparant le petit déjeuner pour sa famille.
À huit heures du matin, la plupart des portes et des fenêtres de Mariquita étaient ouvertes. Des hommes passaient des tangos et des boléros sur de vieux phonographes, ou écoutaient les nouvelles à la radio. Dans la rue principale, le premier magistrat du village, Jacinto Jiménez, et le brigadier, Napoléon Patiño, tiraient dehors sous un immense manguier une grande table ronde et six chaises pliantes pour jouer au Parcheesi avec quelques voisins triés sur le volet. Dix minutes plus tard, au coin sud-ouest de la place, don Marco Tulio Cifuentes, l'homme le plus grand de Mariquita, propriétaire d'El Rincón de Gardel, le bar de la ville, transportait dehors ses deux derniers clients ivres, un sur chaque épaule. Il les étendit sur le sol, côte à côte, avant de fermer boutique et de rentrer chez lui. À huit heures trente, à l'intérieur de la Barberia Gómez, un petit bâtiment en face de la mairie de Mariquita, don Vicente Gómez se mit à affûter ses rasoirs et à stériliser à l'alcool ses peignes et ses brosses, tandis que sa femme, Francisca, nettoyait les miroirs et les fenêtres avec des journaux humides. Pendant ce temps-là, deux rues plus bas, sur la place du marché, l'épouse du brigadier, Rosalba Patino, marchandait à un fermier au visage rougeaud une demi-douzaine d'épis de maïs, tandis que des femmes plus âgées, sous des stores verts, vendaient de tout, de la gelée de pied de veau aux cassettes piratées de Thriller, de Michael Jackson.
Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli