Passion du livre - tout sur le livre : Philosophie, n° 97

Recherche

Recherche simple
Recherche multi-critères

Philosophie, n° 97

Couverture du livre Philosophie, n° 97

Date de saisie : 03/04/2008

Genre : Philosophie

Editeur : Minuit, Paris, France

Prix : 10.00 € / 65.60 F

ISBN : 978-2-7073-2035-3

GENCOD : 9782707320353

Sorti le : 06/03/2008

en vente sur logo Alapage.com


  • La présentation de l'éditeur

Ce numéro s'ouvre sur un document exceptionnel : la traduction, par H.-S. Afeissa, d'une conférence inédite de Heidegger, «Dasein et être-vrai chez Aristote», prononcée en 1924 à Cologne, dont le professeur F.-J. Brecht possédait des notes qu'il a données à T. Sheehan, lequel en a publié une traduction anglaise avant de les confier aux soins du traducteur français. La conférence porte témoignage de l'intérêt qu'a porté Heidegger à la philosophie aristotélicienne durant toute sa carrière, et permet de jeter un éclairage précieux sur la genèse de la pensée heideggérienne et l'élaboration du magnum opus de 1927 qu'est Être et temps. Deux points méritent particulièrement d'être soulignés : d'une part, la mise au jour du concept de vérité comme aléthéia ; d'autre part, les modalités tripartites d'occultation de l'être.
Le numéro se poursuit avec un article de B. Leclercq intitulé «Les présupposés d'existence de l'école de Brentano à l'école de Frege». L'auteur part du constat de l'existence de deux lignées philosophiques fondamentalement distinctes - l'une partant de la notion d'inexistence intentionnelle chez Brentano, l'autre de la distinction frégéenne entre sens et dénotation -, notant qu'elles remettent toutes deux en question, de manière radicalement différente, l'analyse aristotélicienne et scolastique de la structure prédicative de la proposition. Il s'efforce de montrer que, bien plus que les thèses métaphysiques propres à Brentano et Frege, ce sont leurs types d'analyse logique distincts qui se situent en vérité au fondement des écoles qui ont procédé de leur pensée, ainsi que des thèses ontologiques de leurs successeurs. Il explique de la sorte l'hiatus paradoxal qui sépare Brentano et les brentaniens, de même que Frege et les frégéens.
Dans «Le platonisme aplati de Gilles Deleuze», S. Madelrieux élabore une critique empiriste de la philosophie de Deleuze, qui apparaît légitime, voire nécessaire, dans la mesure où le philosophe français s'est, depuis son livre sur Hume, fréquemment réclamé de l'empirisme. Des exemples précis permettent à l'auteur de mettre en évidence que les concepts deleuziens prennent le relais de notions métaphysiques que les empiristes ont toujours combattues (cause première, substance, moi, absolu, etc.) - notions qui posent toutes que le monde de l'expérience ne suffit pas à son auto-élucidation, mais requiert un principe transcendant qui permette d'en rendre raison. Le stratagème théorique de Deleuze serait ainsi d'avoir paradoxalement accordé le nom d'«immanence» à un tel dépassement vers un au-delà de l'expérience.
Le numéro se termine par la traduction et la présentation d'un texte de 1974 dû à une figure majeure de la philosophie sociale et politique anglo-américaine, Joël Feinberg - texte qui porte sur «Les droits des animaux et des générations à venir». La question examinée est la suivante : quelles sont les entités auxquelles il est possible de reconnaître des droits de façon légitime ? La thèse défendue par Feinberg permet, selon un procédé dont la logique mérite d'être élucidée, d'étendre à tous les êtres vivants le statut de «digne de considération morale» - aux plantes aussi bien qu'aux animaux -, de sorte que l'article de Feinberg se trouve être, bien malgré lui, à l'origine de l'un des courants principaux de l'éthique environnementale contemporaine : le biocentrisme.

D. P.





  • Les premières lignes

Martin Heidegger

DASEIN ET ÊTRE-VRAI SELON ARISTOTE
(INTERPRÉTATIONS D'ARISTOTE, ÉTHIQUE À NICOMAQUE, LIVRE VI) (1924)

Je vais m'efforcer aujourd'hui d'apporter quelques éclaircissements sur le concept de vérité tel qu'on peut le trouver dans la philosophie grecque ou, si vous préférez, tel qu'il se fait jour au sein de la conscience de la vie naturelle quotidienne des Grecs. Cette clarification du sens de la vérité - ou de l'«être-vrai» - dans la philosophie grecque n'est pas ici l'objet d'un intérêt purement antiquaire ; elle vise bien plutôt à nous conduire à une méditation [Gesinnung] radicale et fondamentale dans le cadre d'une interrogation fondamentale portant sur la science et, plus généralement, sur l'existence humaine. L'examen du concept de vérité s'effectuera au moyen d'une interprétation du livre VI de l'Éthique à Nicomaque. Les travaux accomplis par les philosophes grecs n'ont pas seulement jeté les fondements de la philosophie contemporaine, mais encore ceux de la science contemporaine - remarque qui vaut particulièrement et même éminemment pour les travaux d'Aristote. Et cela est d'autant plus vrai que, dans bien des domaines de pensée, nous n'avons plus conscience de ces origines et ne faisons que poursuivre notre petit bonhomme de chemin au milieu de banalités, de concepts vidés de toute signification ou de mots qui ont été coupés de leurs racines. Il dépend entièrement de nous que nous rendions transparente en ses fondements historiques la manière dont nous voyons, pensons et interprétons, ou bien que nous traitions l'histoire comme une simple collections d'antiquités. Il nous faut tout d'abord comprendre que l'histoire ne se tient pas derrière nous à la manière d'un objet, mais bien plutôt que nous sommes nous-mêmes l'histoire, et que, en conséquence, nous sommes responsables de la façon dont nous la traitons - c'est alors, et alors seulement, que notre débat [Auseinandersetzung] avec le passé historique, c'est-à-dire avec nous-mêmes, peut authentiquement devenir une affaire brûlante.
L'objectif de la présente interprétation est de donner à Aristote les moyens de parler à nouveau, non pas en vue de remettre au goût du jour l'aristotélisme, mais plutôt de descendre dans l'arène [Kampfplatz] où pourra avoir lieu le débat radical avec la philosophie grecque - cette philosophie au sein de laquelle nous nous tenons encore. S'il apparaissait, à la lumière d'un examen serré des écrits d'Aristote, qu'une bonne partie de ce que nous disons ici ne s'y trouve pas, cela ne constituerait pas une objection contre notre interprétation. Une interprétation n'est authentique que lorsque - précisément - après avoir parcouru de part en part le texte, elle tombe sur quelque chose qui, pour le sens commun, ne s'y trouve pas, mais qui pourtant, implicitement, constitue le sol [Boden] et offre les fondements propres du type de vision d'où le texte est issu. Nous n'avons pas à développer davantage pour eux-mêmes les attendus d'une interprétation du genre de celle qui est proposée ici, lesquels ressortissent fondamentalement au programme de recherche phénoménologique. Ils devraient toutefois gagner en évidence dans le procès même par lequel ils donnent à voir les choses et permettent de poser des questions à leur sujet.
De prime abord et le plus souvent, nous tenons la vérité pour une propriété de la connaissance. Demandons-nous toutefois : que signifie le mot «vérité» ? À quel état de fait pouvons-nous attribuer le prédicat «être-vrai» en un sens originaire ? Pour dire la même chose autrement : considéré comme un phénomène fondamental de ce qui vient à l'encontre, où est la vérité ? Où trouve-t-elle proprement son sol [bodenständig] ? Le questionnement consiste donc d'abord à s'enquérir d'un état de fait déter­miné sur lequel nous pouvons déchiffrer [ablesen], d'une certaine manière, l'état de choses originaire. Puis, nous tâcherons d'avancer pas à pas dans le champ délimité par cet état de fait où la vérité vient, d'une certaine manière, à jaillir à l'encontre dans son caractère fondamental de pureté.


Copyright : Studio 108 2004-2008 - Informations légales - Vous êtes éditeur ?
Programmation : Olf Software - Infographie, XHTML/CSS : Gravelet Multimédia - Graphisme : Richard Paoli