Date de saisie : 12/03/2008
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Minuit, Paris, France
Prix : 11.00 € / 72.16 F
ISBN : 978-2-7073-2034-6
GENCOD : 9782707320346
Sorti le : 06/03/2008
Qui n'a, au moins une fois, rencontré l'angoisse ? Palpitations, boule au creux de l'estomac, souffle coupé, malaise qui enfle sourdement... L'angoisse est une «ventouse posée sur l'âme», disait Antonin Artaud. Est-elle la voie obligée d'entrée dans l'écriture : l'impouvoir qu'explorèrent Blanchot et Derrida, le vertige du «comment commencer» qu'évoquent Beckett ou Foucault, «l'expérience abjecte» de la psychanalyse selon Lacan, le grouillement informe de l'être pour Levinas ? La pensée est-elle une figure de l'angoisse ?
L'angoisse dont il s'agit ici n'a pas la familiarité de nos peurs intimes, aussi violentes soient-elles. Ce sont pourtant ces mêmes territoires qu'explorèrent nombre d'écrivains et philosophes du XXe siècle. Tous disent la formidable puissance de création gisant au coeur de la négativité anxieuse : déconstruction (Derrida), désoeuvrement, désastre (Blanchot), dédit (Levinas), décréation (Beckett), litanie des «il n'y a pas de...» chez Lacan, fin de l'homme pour Foucault.
L'angoisse de penser désignerait alors cette expérience d'écriture - tantôt jubilatoire, tantôt affolante -, dans laquelle Je pense hors de Moi.
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Les objets du désir
Clément Rosset
La Nuit de mai
Paris, Ed.de Minuit, 2008,40 p.
La singularité de La Nuit de mai dans l'oeuvre de Clément Rosset tient moins aux thèmes qui y sont traités qu'à l'expérience d'ordre onirique où elle s'origine et qui préside à leur mise en forme. Certes, Route de Nuit comportait de nombreux récits de rêves ; mais ceux-ci servaient d'illustration à des Épisodes cliniques, et n'étaient rapportés que pour «l'intérêt documentaire ou scientifique qu'on pourrait y trouver».
Il en est tout autrement dans La Nuit de mai. L'Avant-Propos de cet «opuscule», ainsi que le qualifie Rosset, nous apprend que, dans la nuit du 30 au 31 mai 2007, il rêve qu'arrivé à Nice le matin, et ayant vérifié, à la demande «d'Agnès Varda», le bon fonctionnement des poignées et des fenêtres de la villa de celle-ci, il s'avise, non sans embarras, qu'il aurait pu utiliser à meilleur escient ces heures précieuses. Il doit en effet, l'après-midi, prononcer une conférence sur «le désir» et il s'inquiète à l'idée de devoir l'improviser en un temps si bref quand un personnage le tire à l'écart pour lui en souffler l'idée dominante et les principales articulations : «C'est pourtant bien simple. Il suffit de montrer que le désir est quelque chose de très compliqué ou plutôt de très complexe. On ne désire jamais quelque chose mais une pluralité de choses. Évoquez en passant Deleuze et concluez avec Balzac. Le début ? Eh bien, il n'y a qu'à parler du Combray de Proust, de la petite madeleine» (p. 8).
L'écrit qui suit, conclut l'Avant-Propos, «n'est que le strict développement de ce plan» sitôt retranscrit au réveil. En somme, la «simple réalisation d'un rêve, quelque chose comme son passage à l'acte, revu et développé, certes, mais ni corrigé ni tronqué» (p. 8-9).
Malgré certaines distorsions conformes aux principes de la Trawndeutung qui pointent çà et là dans le rêve (les huit heures d'avion de Paris à Nice, les ronflements intempestifs d'un compagnon de voyage, qui pourraient être les bruits déformés de travaux effectués dans l'appartement voisin, l'incongruité de «l'incident Varda» dont s'étonne le rêveur qui ne semble pas entretenir avec la cinéaste des liens si intimes, l'angoisse enfin dont il est saisi au rappel de sa fautive négligence professorale, on ne peut que s'émerveiller de l'intérêt didactique ici dévolu à l'inconscient. L'auteur le note lui-même : «Le curieux est que tout cela était assez précis et aisément déchiffrable, contrairement à ce qui se passe ordinairement dans les rêves. >» C'est d'ailleurs cette singularité qui l'entraîne à noter à son réveil le plan suggéré par le bienveillant intercesseur.
Comme le laisse transparaître le pseudo-dialogue entre celui-ci et le sujet du rêve, il est facile de reconnaître en ce mentor Clément Rosset lui-même et dans cette idée que le désir est «complexe» le caractère pluriel ou «totalitaire» qu'il attribuait à la joie dans La Force majeure, après s'être distancé dans des travaux antérieurs de la conception, communément partagée, du désir comme manque, notamment dans L'Objet singulier. La Nuit de mai comporte une référence explicite à La Force majeure et cite la parole de l'amoureux comblé, tirée d'une pièce du dramaturge latin Trabéa, qui figurait à la première page : «Je suis joyeux de toutes les joies», omnis laetitiis laetum.
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