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Le crépuscule des stars

Couverture du livre Le crépuscule des stars

Auteur : Robert Bloch

Préface : François Guérif

Traducteur : Jean-Paul Gratias

Date de saisie : 04/06/2008

Genre : Policiers

Editeur : Moisson rouge-Alvik, Paris

Prix : 14.50 € / 95.11 F

ISBN : 978-2-914833-75-2

GENCOD : 9782914833752

Sorti le : 20/03/2008


  • La présentation de l'éditeur

Au temps du cinéma muet, un jeune scénariste ambitieux tente de se faire une place dans un studio hollywoodien. Mais l'irruption du parlant, l'industrialisation du cinéma et la toute-puissance de l'argent vont venir bouleverser le quotidien du studio. Entre ceux qui plient et ceux qui résistent, la guerre est déclarée. Jusqu'à la folie.

Un roman noir et flamboyant, une atmosphère angoissante, à mi-chemin entre Sunset Boulevard et Freaks.

Robert BLOCH (1917-1994) est l'auteur de nombreux romans noirs et de terreur, dont le plus célèbre est Psychose, adapté au cinéma par Alfred Hitchcock. Dans une interview à Polar, en 1979, Robert Bloch déclarait, à propos du Crépuscule des stars, qui était son roman préféré : «Si je ne devais pas gagner ma vie en faisant peur aux gens, c'est ce genre d'histoire que j'écrirais.» Quant à Michel Lebrun, il en disait : «Roman policier ou pas ? La question, pour moi, n'a aucun sens. Robert Bloch, près de trois cents pages durant, nous fascine, nous émeut, nous couvre de frissons, nous surprend, nous laisse pour finir pantelants d'une bienheureuse angoisse. Une oeuvre prométhéenne, admirable et admirablement traduite par Jean-Paul Gratias.»

Robert BLOCH, Le Crépuscule des stars
Traduit de l'américain par Jean-Paul Gratias
traduction entièrement revue pour cette édition
Préface de François Guérif





  • Les premières lignes

À Hollywood, on ne sait trop pourquoi, le soleil semble toujours être au zénith - même la nuit, lorsque le néon donne l'illusion que l'on est en plein midi.
C'est pourquoi l'ombre y a toujours paru déplacée ; comme celle de cet homme de haute taille, aux épaules voûtées, qui marchait en s'appuyant sur une canne d'ébène. Vêtu d'un costume noir, coiffé d'un chapeau à larges bords, il marchait en pleine lumière, pareil à une ombre chinoise, et toujours il marchait en silence.
En un sens, il était lui-même le symbole du silence. J'ai entendu dire qu'il n'était jamais allé voir un seul film parlant, mais ce n'est qu'une légende parmi tant d'autres. Autrefois, il en courait des centaines de ce genre sur Théodore Harker.
Vous avez déjà entendu son nom, n'est-ce pas ? Même si vous n'avez que vingt ans, il ne vous est sûrement pas inconnu. C'est l'un des rares qui ont survécu et qui survivront dans l'histoire du cinéma aussi longtemps que l'on tournera des films-Griffith, De Mille, Stroheim, Chaplin, Pickford, Fairbanks, Valentino, Garbo et Harker. Il existe une rue, ici, baptisée en son honneur, et même un canyon. Personne n'a oublié son nom, même si l'homme est devenu une ombre.
Je ne prétends pas savoir tout ce qu'il a fait pendant la dernière année de sa vie. Dans la journée, il arpentait le boulevard, et le soir venu il regagnait sa grande maison, sur la colline ; on raconte qu'il s'asseyait alors dans une pièce sombre, et que, de là, il contemplait longuement les lumières d'Hollywood, au loin. C'est peut-être vrai, mais je ne crois pas qu'il voyait quoi que ce soit. En ce qui le concernait, il n'y avait plus rien à voir.
Ses films, les grands films qu'il a tournés au cours des douze années de son âge d'or, sont encore projetés, aujourd'hui, au musée d'Art moderne. C'est peut-être ce qu'il faisait, le soir, dans sa chambre sans lumière : passer et repasser ces fameux films dans sa tête, dans la salle de projection privée de l'intérieur de son crâne.
Quand il est mort, la profession tout entière a assisté à ses obsèques ; il y eut presque une demi-tonne de fleurs, et un membre de l'Académie fit un discours. Cela aurait pu être un vrai spectacle, mais il y manquait le génie d'Harker.
Harker en aurait fait une super-production. Il n'aurait pas manqué d'y inclure Lozoff, qu'on aurait vu claquer des talons devant le cercueil et saluer en se cassant en deux. Il aurait réservé une séquence au petit Jackie Keeley, qui serait brusquement sorti du champ de sa démarche raide, en tenant serrée dans ses mains sa casquette trop grande pour lui. Il aurait insisté pour que l'on montre la lumière du soleil jouant dans les boucles d'Aurora Powers et le sombre reflet des yeux de Karl Druse. Cela aurait fait un grand spectacle si Harker avait pu être là pour le mettre en scène.
Peut-être met-il ce spectacle en scène en ce moment même, loin sous terre, sous la pelouse artificielle de Forest Lawn. Car le reste de la troupe l'y a rejoint au fil des ans.


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