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Les mots qui font la ville

Couverture du livre Les mots qui font la ville

Auteur : Catherine Bernié-Boissard

Date de saisie : 06/03/2008

Genre : Sciences humaines et sociales

Editeur : La Dispute, Paris, France

Prix : 21.00 € / 137.75 F

ISBN : 978-2-84303-159-5

GENCOD : 9782843031595

Sorti le : 28/02/2008


  • La présentation de l'éditeur

La ville est notre horizon commun. En France, par exemple, quatre-vingts pour cent de la population vivent ou travaillent dans un territoire urbain. Mais, plus essentiel encore, la ville concentre les enjeux sociaux, économiques, politiques... ainsi que les interactions et les interventions volontaires d'une multiplicité d'acteurs qui la transforment à un rythme soutenu, et avec elle la société dans son ensemble.

Au point que les mots qui désignent la ville sous les rapports les plus divers, ne servent pas seulement à parler d'elle, ils la modifient - ils la font -, jour après jour, en informant notre pensée.

Dans ce livre, Catherine Bernié-Boissard s'attache à définir quelques-uns des mots les plus employés pour commenter le fait urbain, à retracer leur histoire, à en restituer la pluralité de sens, à mettre au jour les intentions qui ont présidé à leur création ou à leur utilisation à de nouvelles fins.

Au fil des trente articles qui composent l'ouvrage le lecteur découvrira sans aucun doute nombre de perspectives nouvelles sur un objet si familier que nous avons souvent peine à l'appréhender dans toute son ampleur et toute sa complexité.

Catherine Bernié-Boissard, docteur en Aménagement, est maître de conférences à l'université de Nîmes, laboratoire Mutation des territoires en Europe - CNRS/université Montpellier 3.



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  • Les premières lignes

ARCHITECTE (LE PRINCE ET L')

Selon Françoise Choay, le terme d'architecte est, dès l'origine, ambivalent. En effet, il renvoie, par étymologie, à la manipulation de la matière, mais également à la science de la construction. Il équivaut au titre de «maître d'oeuvre», c'est-à-dire de concepteur d'un projet dont il contrôle les différentes phases de l'exécution. En même temps, l'architecte n'existe pas sans le maître d'ouvrage qui commande la réalisation de l'oeuvre. C'est dans cette tension dialectique, qui évolue au long de l'histoire, que s'affirme l'urbanisme. Chef des ouvriers du Pharaon, l'architecte devient directeur de la construction au Moyen Âge. Mais son statut est, à chacune de ces époques, subordonné au Prince ou à l'Église. Il faut attendre la Renaissance pour que son rôle soit précisé dans le De re oedificatoria de l'humaniste italien Léon Battista Alberti (1404-1472) : «Celui qui, au moyen d'une méthode sûre et parfaite, s'assigne à la fois de concevoir par l'esprit et le raisonnement et de réaliser par la construction.» Dès lors, l'architecte est à la fois synonyme d'ordonnateur du bâti, de théoricien (mathématicien) et d'artiste. L'époque moderne confirme cette triple définition. Elle y ajoute une codification de la fonction par la collation d'un diplôme technique (1867) le différenciant de l'ingénieur, et une dimension démiurgique. Ainsi, les architectes des CIAM (Congrès inter­nationaux d'architecture moderne, 1928-1956) comme Le Corbusier, se veulent guides et éclaireurs.
Comment se manifeste in concreto ce pouvoir de l'architecte ? Il paraît intéressant de retenir trois exemples empruntés à des opérations d'urbanisme qui se sont produites au cours du dernier demi-siècle dans le département du Gard, respectivement à Nîmes, Aies et Uzès. En effet, il s'agit de trois cas de figure singuliers : la modernisation d'une ville romaine, la rénovation d'une ville industrielle, la réhabilitation d'une ville patrimoniale.

MODERNISATION D'UNE VILLE ROMAINE

Née de la colonisation romaine, la ville de Nîmes se forme, jusqu'au XXe siècle, par le rassemblement mosaïque de catégories sociales, d'activités économiques, d'appartenances religieuses, de traditions culturelles, de traits architecturaux, de pratiques festives, formant les différents quartiers urbains. Au cours des années 1950-1960, le processus est brutalement stoppé, avec l'excentration de la notion de quartier, symbolisée par la création de trois grands ensembles périphériques.
Le terme «séisme» n'est pas excessif au regard de l'immu­tabilité du tissu urbain depuis la fin du XIXe siècle. En 1962, Nîmes est, avec Brest, la seule ville dont le bâti (au sens de l'agglomération) ne dépasse pas les limites administratives de la commune. Le paysage urbain s'est relativement figé après les grands aménagements des XVIIe et XVIIIe siècles. La seule véritable opération de rénovation s'impose alors que la ville connaît un mouvement démographique positif corrélé à une forte croissance économique, au seuil des années 1960. Dans un tissu urbain à la fois traditionnel - les quartiers, au sens intégrateur du terme, sont fortement typés du point de vue socioculturel - et obsolète - dans le centre historique (logements insalubres).
Nîmes lie rénovation et extension urbaines. Nîmes n'est plus dans Nîmes. Elle est là où s'installent les ménages les plus actifs, les plus productifs, les plus jeunes. En effet, dans le même temps, la ville fait le pari de la croissance économique associée à la croissance démographique générant la croissance spatiale. La ZUP en est le symbole. Le syndrome du limes antique joue à plein ; c'est la conquête d'une nouvelle frontière. Ce nouveau quartier procède d'une vision optimiste propre aux débuts de la cinquième République, marquée localement par l'accumulation de signes d'expansion : la compagnie du Bas-Rhône-Languedoc, un aéroport, un marché-gare (MIN), une zone industrielle, une place militaire en essor, etc.


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