Auteur : Marguerite Zimmer
Date de saisie : 05/03/2008
Genre : Sciences et Technologies
Editeur : EDP sciences, Les Ulis, France
Collection : Sciences & histoire
Prix : 59.00 € / 387.01 F
ISBN : 978-2-86883-896-4
GENCOD : 9782868838964
Sorti le : 30/04/2008
Présenter l'Histoire de l'anesthésie n'allait pas de soi... Initiée dès la fin du XVIIIe par la méthode inhalatoire des gaz et poursuivie dans cette voie jusqu'aux premières décades du XXe siècle, la quête incessante de la suppression de la douleur chirurgicale allait connaître, particulièrement en France, un parcours mouvementé... et passionnant. Ce livre raconte cette aventure.
Sans occulter les aspects techniques, l'auteur aborde également les grandes questions posées par le développement de la chimie des gaz. À partir de nombreuses archives inédites et d'illustrations variées, l'ouvrage rend compte en même temps des difficultés rencontrées par le monde médical et industriel dans l'élaboration des appareils et la conception de nouveaux procédés tendant à réduire puis supprimer la douleur ; il retrace le cheminement de ces avancées techniques qui se faisaient pour ainsi dire «au jour le jour».
À l'heure où la lutte contre la douleur, contre toutes les douleurs, est une constante de nos sociétés, l'étude minutieuse et rigoureuse de plus de deux cents années de pratique et de recherche représente un outil fondamental pour la compréhension et la prospective. Cette évolution des pratiques de l'anesthésie et de la réanimation, en apportant un nouveau regard en matière de recherches en histoire des sciences et de la médecine, intéressera les médecins, les chirurgiens-dentistes, les pharmaciens, les vétérinaires, les chimistes, les historiens, mais aussi le grand public curieux des avancées scientifiques.
Marguerite Zimmer est docteur en chirurgie dentaire, docteur en histoire de la médecine (École pratique des hautes études) et chercheur associé du département d'Histoire des sciences de la vie et de la santé de Strasbourg.
La période pré-anesthésique
À la fin du XVIIIe siècle, les travaux scientifiques de Joseph Black (fig. 1.1), Tobern Olof Bergmann, Joseph Priestley (fig. 1.2), Cari Wilhelm Scheele, Henry Cavendish, Antoine-Laurent de Lavoisier et Claude-Louis Berthollet posaient les jalons d'une nouvelle ère scientifique. Nous leurs devons les plus belles découvertes chimiques, révélations dont les métallurgistes, les teinturiers, les blanchisseurs, les salpêtriers, les tanneurs, les distillateurs, les porcelainiers et les émailleurs surent améliorer rapidement les procédés d'extraction et de préparation.
Les anciens chimistes, que l'on appelait alors les «Artistes» ou les alchimistes, s'étaient efforcés de porter leur attention sur les substances combustibles. Ils supposaient que, dans tout corps susceptible d'être brûlé, existent un ou plusieurs éléments inflammables ; ce qui les orienta vers l'étude des huiles et des soufres mais, ne sachant ni les isoler, ni les présenter séparément, ils firent bien la distinction entre les huiles, les soufres bruts et les substances du même nom. Ces dénominations furent bientôt abandonnées à leur tour et, à la suite des travaux de Johann Joachim Bêcher et de Georg Ernst Stahl, les chimistes adoptèrent universellement, sous le nom de phlogistique ou feu fixe, «le principe d'inflammation commun, toujours semblable à lui-même, qu'on pouvait enlever aux diverses substances, et transférer de l'une à l'autre, dans certaines circonstances».
Vers la fin du XVIIIe siècle, les chimistes reconnurent que la température des corps, ou ce qu'ils appelaient le calorique, se retrouvait aussi bien dans les corps incombustibles que dans les corps combustibles. Pour eux, le phlogistique n'était plus le feu fixe, mais une substance combustible susceptible de s'unir, à une certaine température, à l'air respirable, et de développer ou de dégager de la chaleur. Le chimiste et géologue irlandais Richard Kirwan avançait l'hypothèse suivante : le phlogistique est l'air inflammable lui-même, dans un état de combinaison. Cet air inflammable des métaux ne pouvait être isolé qu'en présence de l'eau. Comme Kirwan ne pouvait apporter toutes les preuves nécessaires à l'établissement de sa théorie, il l'abandonna, tout simplement.
Les chimistes antiphlogisticiens qui lui succédèrent - Antoine-François de Fourcroy (fig. 1.3), Nicolas-Louis Vauquelin, Antoine-Laurent de Lavoisier - rejetèrent entièrement la théorie du phlogistique et lui substituèrent une théorie nouvelle, celle de la combinaison rapide de l'air inflammable avec l'«air éminemment respirable», l'air vital ou gaz oxygène (fig. 1.4). Le mélange de cet air inflammable et de l'oxygène s'accompagnait d'un dégagement de chaleur, qui avait pour conséquence de changer les propriétés des produits de la calcination des métaux et d'en augmenter le poids.
Avant la Révolution, «le livre de chimie», tel que nous l'entendons aujourd'hui, est une chose rare. Les Éléments de chymie, le Dictionnaire de chimie de Pierre-Joseph Macquer, ainsi que les articles de Paul-Jacques Malouin et François-Gabriel Venel, dans l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts, et des métiers de Denis Diderot et Jean Le Rond D'Alembert, sont plutôt des plaidoyers en faveur de la chimie que des textes précis et complets sur l'analyse des corps chimiques. Pour que cette science du travailleur artisanal, isolé dans son laboratoire, devienne enfin une science à part entière, il fallait que les chimistes établissent une terminologie rationnelle. Ce besoin irrésistible de rationalisation se concrétisa en 1787 lorsqu'Antoine-Laurent de Lavoisier (fig. 1.5) fixa, avec l'aide d'Antoine-François Fourcroy, de Claude-Louis Berthollet et de Louis-Bernard Guyton de Morveau, magistrat et amateur de chimie à Dijon, la nomenclature de la chimie, fondée sur la notion moderne d'élément chimique.
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