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Larmes de sable

Couverture du livre Larmes de sable

Auteur : Nura Abdi

Traducteur : Gerald Messadié

Date de saisie : 05/03/2008

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Archipoche, Paris, France

Collection : Archipoche

Prix : 7.50 € / 49.20 F

ISBN : 978-2-35287-071-5

GENCOD : 9782352870715

Sorti le : 05/03/2008

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  • La présentation de l'éditeur

Nura Abdi est âgée de quatre ans lorsque, par mesure de «purification», elle est soumise au rituel de l'excision. Bien que traumatisante, cette pratique lui semble normale, puis­que subie par l'immense majorité des filles de son âge.

Jusqu'au jour où Nura arrive en Allemagne. Elle prend alors conscience que cette coutume barbare a refoulé en elle son identité de femme. Sera-t-elle jamais capable d'aimer un homme ?

Si son livre est un plaidoyer contre l'excision, Nura y décrit également son enfance heureuse en Somalie, et ses paysa­ges somptueux, à une époque où la guerre civile n'avait pas encore obligé sa famille à fuir au Kenya. Puis c'est le déraci­nement et le choc lors de son arrivée en Europe, où elle doit accepter les tâches les plus ingrates.

Malgré les épreuves, Nura Abdi a toujours conservé cette détermination et cette joie de vivre qui lui permettent aujourd'hui d'entrevoir l'avenir avec optimisme.

Nura Abdi est née à Mogadiscio en 1974. En 1992, voulant gagner les États-Unis, elle trouve refuge en Allemagne, où elle réside depuis. Aujourd'hui, elle se bat pour venir en aide à ses soeurs d'infortune victimes de mutilations. Ce récit, traduit en sept langues, a ému des dizaines de milliers de lecteurs dans le monde.





  • Les premières lignes

Grand-mère et les djinns

Quand j'y repense, si longtemps après, d'autres images me reviennent en mémoire. Je revois les frondaisons vertes palpiter au-dessus de moi et, à mes pieds, le sol d'argile rouge. Ce n'est pas le sol sablonneux de Mogadiscio, mais la lourde argile de Hargeisa, la plus grande ville du nord de la Somalie. Dans mes tout pre­miers souvenirs, je suis une fillette nue et basanée, assise à l'ombre des grands arbres. Il a plu, elle fait des pâtés d'argile. Elle s'en met même dans la bouche, elle rit et recommence. C'est ainsi qu'elle fait connaissance avec le bâton de sa mère. Elle se fait rincer avec le tuyau d'arrosage et, dès qu'elle n'est plus surveillée, elle trottine vers l'argile, refait des pâtés et les déguste. Pas besoin d'attendre la pluie : un grand broc d'eau près de la cabane des toilettes lui permettra de faire encore plus d'inféras, les galettes somaliennes. D'autres fois, elle se prend pour une auto.
La fillette n'a pas trois ans quand sa mère saisit cette poupée cuite par le soleil, à moitié nue, et les voilà parties avec le reste de la famille dans une Land Rover cahotante et branlante. Le voyage vers le Sud durera deux jours. La fillette ne fera plus de pâtés d'argile avec ses petits doigts.
C'est ainsi que je suis arrivée à Mogadiscio.
Et ce fut également alors, cramponnée à la selle d'un chameau, que je vis la mer pour la première fois. Je vis le bleu de l'océan Indien, des hommes qui grouillaient le long de plages sans fin et des chameaux avec d'autres enfants perchés sur leurs bosses. Et de l'eau, de l'eau. J'avais entendu parler de la mer, mais je n'avais jamais imaginé tant d'eau. L'écume des vagues qui se brisaient ressemblait à de la mousse de savon. Ce qui m'émer­veillait le plus, c'était que des hommes y plongeaient et en ressortaient vivants. Les femmes non plus n'avaient pas peur ; elles allaient s'y asseoir, dans leurs vêtements de couleur, et se laissaient tremper par les vagues déferlantes. Les hommes, eux, nus comme des vers, se jetaient la tête la première dans l'eau cristalline et resurgissaient. Dès que je serais descendue de mon chameau, il faudrait que je demande à ma mère comment ils s'y prenaient. Elle était assise avec le reste de la famille sous les palmiers, buvant du thé, pendant que mon père mâchouillait du khat et distribuait des fruits à mes soeurs.
Nous n'étions qu'une famille parmi des centaines d'autres sur la plage de Mogadiscio, toutes cantonnées à l'ombre des palmiers, s'efforçant de s'exposer le moins possible à l'ardeur du soleil. Car, au bord de la mer, on devenait rapidement noir. Les seuls qui s'y aventuraient étaient les enfants, qui jouaient à la balle ou disputaient des courses de vitesse, et les marchands d'eau potable, dont on entendait de loin les cris qu'ils lançaient aux ânes fatigués devant leurs carrioles.
- Comment se fait-il que des hommes puissent vivre sous l'eau ?
La question fit rire tout le monde et mon père jugea qu'elle était intelligente pour une fillette de mon âge. On retenait son souffle, expliqua-t-il. J'en conclus que les femmes somaliennes ne savaient pas nager, ce qui est encore mon sentiment. Elles faisaient comme ma grand-mère : elles entraient dans la mer vêtues de leurs robes rouges à fleurs, tombant jusqu'aux chevilles, les cheveux serrés dans un mouchoir du même tissu, et elles s'allongeaient dans les vagues, fragments rouges dans l'eau bleue. Quand elles s'étaient rafraîchies, elles revenaient d'un pas majestueux, dans leurs vêtements trempés, s'allonger sous les palmiers. Les robes ne séchaient guère, car ces femmes étaient convaincues que rien n'était meilleur pour la peau que l'eau de mer. Et Dieu merci, nous n'en manquions pas à Mogadiscio.


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