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Sa Majesté le chat : carnet de notes d'un amoureux

Couverture du livre Sa Majesté le chat : carnet de notes d'un amoureux

Auteur : Louis Nucera

Préface : Bernard Morlino

Date de saisie : 05/03/2008

Genre : Essais littéraires

Editeur : Archipoche, Paris, France

Collection : Archipoche

Prix : 5.50 € / 36.08 F

ISBN : 978-2-35287-072-2

GENCOD : 9782352870722

Sorti le : 05/03/2008


  • La présentation de l'éditeur

«Méfiez-vous de la première catégorie [...]. Soyez confiants envers les hommes de qualité qui peuplent la seconde. La bonté est leur lot. Leur credo est esthétique; le style leur raison d'être. Aimer les chats, c'est être du bon côté une fois pour toutes.»

Louis Nucéra était du bon côté : celui de la beauté. Ami des chats, il avait confié à ces «carnets de notes d'un amoureux» réflexions littéraires, historiques et philosophiques, mais aussi souvenirs de compagnonnage avec ses «greffiers» favoris, doux tyrans d'une vie entière.

Les chats de Brassens et de Mac Orlan, mais aussi de Mahomet et de Mallarmé, Léautaud, Kessel et Boudard ronronnent d'un même souffle dans ces pages.

Sur la butte Montmartre, comme dans son appartement niçois, Louis Nucéra (1928-2000) habitait chez ses chats. L'auteur du Chemin de la Lanterne (prix Interallié 1981) et de Brassens, délit d'amitié (Archipoche, 2006) n'a cessé de leur rendre hommage.

Préface de Bernard Morlino

«Louis Nucéra raconte des histoires de chats, mais cela le conduit naturellement à réfléchir sur l'espèce humaine. Un bel exercice d'admiration.»

(François Bott, Le Monde)

«Le chat a ici trouvé son interprète.»

(Le Figaro Magazine)





  • Les premières lignes

LOUIS NUCĖRA, L'HOMME-CHAT

Sur sa tombe, Louis Nucéra a voulu l'épitaphe «Chut», sans point d'exclamation. Manière de dire qu'il serait temps de ne plus s'agiter dans tous les sens, qu'un peu de calme ne ferait pas de mal à la planète. D'évidence, il a aussi voulu signifier : «Ne pas déranger, s'il vous plaît.» De fait, un mort a autant besoin de tranquillité qu'un vivant, peut-être même davantage. Pour entrer en résonance avec lui, il faut la paix absolue. Un seul petit bruit suffit à nous couper de l'être le plus proche.
L'auteur d'Avenue des Diables-Bleus aurait pu faire graver sur sa pierre tombale : «Chat.» À une lettre près, le mammifère familier incarne lui aussi le silence. Aucun chat ne hurle à la mort, et il n'y a pas de chat policier, disait Jean Cocteau.
Depuis son enfance, il y a toujours eu un Siki, Mitsou, Fang, Luigi ou Pitchounette auprès du Niçois. Presque tous étaient des femelles aux prénoms de garçons manques. «J'ai été élevé avec eux», me disait-il. L'emploi de ce verbe n'était pas fortuit chez ce styliste qui n'aurait jamais dit : «J'en suis tombé amoureux.» Le langage, toujours le langage, rien que le langage. Qu'il parlât de chats, de cyclisme ou de littérature, Louis Nucéra rendait l'intime universel.
Les chats ajoutaient de l'esprit aux différents lieux habités par le fils unique de Battistine Nucéra, tricoteuse de métier aux mains d'or. Il s'inventait les compagnons de jeu qu'il n'avait pas dans sa famille. À force de les fréquenter, il finit par leur ressembler. Même agilité dans la façon de se mouvoir, même présence enveloppante. Décochant des rires comme des coups de griffes. L'impression qu'il donnait de se faufiler en permanence parmi des obstacles invisibles était accentuée par sa pratique du vélo.
Identique à Gustave Flaubert, persuadé d'avoir été batelier sur le Nil, rhéteur grec, pirate, moine, saltimbanque et cocher, Louis Nucéra n'aurait pas renié un passé de chat à l'ombre des pyramides. Devenu adulte, il sublimait son dialogue avec les chats jusqu'à confier qu'il résidait chez eux, à l'image d'Henry de Monfreid se targuant d'un passé où il fut l'otage de neuf chats. Les qualités d'indépendance de son animal préféré lui corres­pondaient tant que son ami Joseph Kessel le surnomma simplement «Chat». Venant du «Lion», c'était le désigner fils.
Louis Nucéra n'aimait pas plus s'épancher sur son sort que le chat ne manifeste de l'affection au-delà des limites qu'il s'impose, tous deux affichant un sentiment aigu de la dignité.


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