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Entendre Heidegger et autres exercices d'écoute

Couverture du livre Entendre Heidegger et autres exercices d'écoute

Auteur : François Fédier

Date de saisie : 03/03/2008

Genre : Philosophie

Editeur : Le Grand Souffle Ed., Paris, France

Prix : 22.80 € / 149.56 F

ISBN : 978-2-916492-23-0

GENCOD : 9782916492230

Sorti le : 03/02/2008

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  • La présentation de l'éditeur

C'est grâce à Jean Beaufret que j'ai pu entendre. Sans lui, je n'aurais sans doute pas été capable de porter attention au propos de Heidegger : il est au premier abord presque inaudible, tant ce qui y est dit demande qu'on ouvre grand les oreilles. Le renom du philosophe ne vient pas faciliter les choses. La gloire elle aussi est faite de malentendus.
Dissiper les malentendus est une entreprise fastidieuse : rien n'est plus obtus qu'un homme qui ne veut rien entendre. Le présent livre ne se propose donc pas ce but. Il lui suffit amplement de mettre autant que possible les lecteurs au contact de ce que montre Heidegger, cette contrée si proche, mais que nous avons les plus grandes peines du monde à percevoir, et où tant de richesses dorment à notre insu.

Les textes ici rassemblés, dont la moitié sont inédits, ont été écrits de 1983 à 2007.

Mon souhait le plus cher est que ce livre puisse donner envie d'écouter : un peu comme lors de ces instants d'attente joyeuse - quand, une fois le la donné à l'orchestre, chaque instrument se met pour lui-même à s'accorder dans sa tessiture, au milieu d'un brouhaha croissant, jusqu'à ce que s'installe soudain le silence où le concert peut commencer.





  • Les premières lignes

Commémoration

Il y a dix ans aujourd'hui, Martin Heidegger mourait à Fribourg. Nous voici ensemble pour nous remémorer : lorsque la nouvelle se répandit, nombreux sont ceux qui éprouvèrent une grande peine. Les uns avaient perdu un maître ; d'autres quelqu'un dont ils avaient appris beaucoup. Certains pleuraient un ami, ou tout simplement un être qu'ils aimaient. Le deuil avait commencé.
Or nous ne faisons pas vraiment l'expérience du deuil si nous ne sommes pas profondément endeuillés. Un mot de Heidegger nous éclaire là-dessus :

Plus le deuil est profond, et plus appelle en lui, reposante, la joie.

Notre deuil, après dix ans, est-il vraiment devenu plus profond ? À une seule condition : que nous ayons entendu l'appel de la joie qui repose au fond du deuil.
Quelle joie, donc, sommeille au fond de notre deuil ? Une joie qui assurément n'abolit pas le deuil ; et une joie qui soit tonalité de base pour tout notre être - qui soit Grundstimmung comme disent Heidegger et, avant lui, Hölderlin, une Grundstimmung parfaitement singulière : dans la joie, l'être humain est soulevé de toute prostration.

Le deuil que nous portons de Martin Heidegger comporte tout au fond une joie qui est en rapport avec une entente de plus en plus lucide de la manière dont Heidegger pense : comment, chez lui, c'est tout son être qui est sans cesse tendu vers la pensée, et comment, pour lui, être le là c'est tout simplement : penser (ce qui ne veut pas dire : mener une vie «abstraite»).

Lorsque nous commençons à expérimenter la vivacité propre à la pensée, s'éveille pour nous la possibilité de nous mettre à penser dans le sillage de Heidegger.

Aujourd'hui, la possibilité la plus immédiate de cet éveil réside sans doute dans le travail consacré à l'Édition intégrale. C'est Heidegger lui-même qui l'a mise en route. Ses dernières forces, il les a vouées à donner les grandes lignes et les directives essentielles. En un certain sens, tout est contenu dans les trois mots qu'il a placés en tête de l'Édition intégrale (t. I, en fac-similé) :

Wege, nicht Werke
Passages, non pas ouvrages

Ce ne sont pas des ouvrages, car la tentative de Heidegger ne pense qu'à prendre du recul, à risquer le pas qui rétrocède, comme dit Jean Beaufret - précisément hors du monde de l'oeuvre, car ce monde est apparemment de façon irréversible entré en désoeuvré.

Parler de passages, au lieu d'ouvrages, cela ne signifie donc nullement un relâchement de la rigueur, au contraire. Le simple fait d'errer ne permet aucun passage. Pour réussir à passer, il faut toute une «mobilisation», toute une «mouvementation» du Dasein entier, que le Dasein à lui seul est incapable de soutenir. Le Dasein doit y être tenu, c'est-à-dire qu'il doit être atteint par quelque chose qui le concerne et qui s'adresse à lui. Seul chemine celui qui, se voyant adresser une parole, prend le risque de donner réponse à cette parole.


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