Auteur : Antoine Garapon
Date de saisie : 09/05/2008
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : O. Jacob, Paris, France
Prix : 25.50 € / 167.27 F
ISBN : 978-2-7381-2062-5
GENCOD : 9782738120625
Sorti le : 21/02/2008
Alors que rebondit le débat autour de la repentance et de la colonisation, les tribunaux civils sont de plus en plus sommés d'indemniser les «préjudices de l'histoire». On savait, depuis Nuremberg, que la justice pénale internationale pouvait juger les dirigeants, mais voici que, à présent, le droit privé est convoqué pour solder les comptes de l'histoire : spoliations des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, stérilisation de populations colonisées, occupation des terres des aborigènes, par exemple.
Le mal dans l'histoire est-il un préjudice qu'on peut réparer ? L'indemnisation financière peut-elle ouvrir la voie à une réconciliation ? Les victimes y trouvent-elles vraiment la reconnaissance qu'elles cherchent ? Ne s'agit-il pas là d'une marchandisation de la justice ?
Une enquête inédite sur une nouvelle façon de panser les plaies de l'histoire.
Antoine Garapon, magistrat, a fondé l'Institut des hautes études sur la justice et est membre du comité de rédaction de la revue Esprit. Il a notamment publié Le Gardien des promesses, Bien juger, Des crimes qu'on ne peut ni punir ni pardonner, Juger en Amérique et en France.
«La finalité n'est plus la criminalisation de l'histoire mais la civilisation du monde dans le double sens de faire cesser la barbarie et de promouvoir le droit civil», explique le magistrat Antoine Garapon, fondateur de l'Institut des hautes études sur la justice et pilier de la revue Esprit, précisant que «ces plaintes civiles prétendent vaincre la forclusion du temps en rouvrant des événements que l'histoire semblait avoir définitivement scellés».;;
Avec en filigrane une même question de fond : le mal dans l'histoire est il un préjudice que l'on peut réparer ?
INTRODUCTION
Peut-on réparer l'histoire ? Quelle étrange question ! Autant se demander si l'on peut remonter le cours du temps ou se libérer de la condition humaine : la nécessaire inscription dans une histoire, dont nous sommes à la fois les acteurs et le produit, n'est-elle pas la marque de notre finitude ? D'autant que l'histoire est faite de boue et de sang, frappée d'une violence indissociable de la relation politique et qui la fonde. Cette part maudite de l'humanité exprime le tragique de la condition politique. N'est-il pas naïf de prétendre la réparer ? Le plus nouveau dans cette insolite question, c'est d'y songer. Parce que avant d'être regardée comme génératrice de préjudices, l'histoire fut longtemps considérée comme source d'espoir. L'action dans l'histoire - par l'histoire - laissait espérer une possible libération, une amélioration de notre condition terrestre. Pour la philosophie de l'histoire, la violence était un mal nécessaire qui allait accoucher d'un monde nouveau et meilleur ; la révolution était certes dévastatrice, mais elle hâtait l'avènement de la liberté, elle nous rapprochait d'un hypothétique dénouement. Et voici que nous ne nous satisfaisons plus d'être les notaires de cette histoire, nous prétendons en devenir les procureurs.
PUNIR, RÉCONCILIER, RÉPARER
L'histoire n'est plus le tribunal du monde, elle devient subitement justiciable de la justice des hommes. De la justice de certains hommes, et plus précisément des vainqueurs, ajouteront ses détracteurs : elle est l'oeuvre de ceux qui veulent consacrer la victoire des armes par le verdict du droit. Ne l'a-t-on pas vu à Nuremberg en 1945 ? Le premier acte de cette pièce, qui en comporte pour l'instant trois, a consisté à criminaliser l'histoire : d'où l'idée de justice pénale internationale, inaugurée par les tribunaux militaires internationaux de Nuremberg et de Tokyo au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, idée qui n'a véritablement pris corps qu'à la fin de la guerre froide par la création des deux tribunaux pénaux ad hoc pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda, créés en 1993, puis par celle en 1998 de la Cour pénale internationale.
À peine cette pénalisation de l'histoire était-elle engagée qu'elle se vit complétée, voire doublée par d'autres formes qui n'étaient plus ni pénales ni internationales : les commissions Vérité et Réconciliation. Ces dernières tentent moins de juger l'histoire que de l'alléger des germes de ressentiment qu'elle garde en ses flancs et qui peuvent l'amener à se répéter. Ces nouvelles formes consacrent la montée en puissance du thème de la réconciliation. Le modèle strictement pénal n'a pas tardé en effet à être dépassé par la recherche d'un accès plus direct au but recherché : non seulement faire la paix en obtenant le silence des armes mais aussi reconstruire une communauté politique. D'où son nom de justice «reconstructive», parce qu'elle se donne pour objectif de sanctionner les principaux auteurs de violations de droits de l'homme, de préserver la mémoire, mais aussi de garantir des institutions publiques qui conjureront le retour du passé.
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