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Lendemains de guerre

Couverture du livre Lendemains de guerre

Auteur : Rachel Seiffert

Traducteur : Bernard Cohen

Date de saisie : 10/04/2008

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : R. Laffont, Paris, France

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 978-2-221-10344-9

GENCOD : 9782221103449

Sorti le : 14/02/2008


  • La présentation de l'éditeur

Soudain, il s est rappelé ce que leur sergent-instructeur disait souvent des gens qui posent trop de questions. Parents, amis, inconnus qui te coincent à un comptoir de bar et veulent savoir comment tu t'en tires. «Tu pourrais être obligé de tuer quelqu'un, un jour. Est-ce que tu y penses ?» [...] Joseph avait l'habitude de rire, à chaque fois que le sergent disait ça, parce qu'il connaissait ce regard, oui, et leur façon de te poser des questions innocentes en tournant autour du pot alors que tout ce qu'ils veulent savoir, c'est si tu as déjà buté quelqu'un, et quel effet ça fait.

Que sait Alice de Joseph ? Depuis qu'ils se sont rencontrés, malgré l'amour évident qui les rapproche, l'intimité se dérobe : il ne révèle rien de son passé, elle ne parvient pas à percer le mystère. Quand elle le présente à son grand-père, elle ne sait pas que son amant a fait partie des troupes britanniques envoyées en Irlande du Nord. Le vieil homme, lui, taciturne, inaccessible - ancien pilote de bombardier au Kenya -, devine les blessures secrètes de Joseph. Une étrange amitié naît entre eux deux, qui confronte bientôt Joseph à ses fantômes. Un passé oppressant resurgit, et conduit peu à peu l'amour au bord du gouffre.

Rachel Seiffert décrit les subtils débats intérieurs d'un homme brisé par la guerre, et les espoirs d'une femme amoureuse qui croit pouvoir le ramener à la vie. Auteur très remarqué de La Chambre noire, elle confirme à nouveau son talent, l'élégance et la finesse de ses analyses de l'âme humaine.



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  • La revue de presse Bruno Corty - Le Figaro du 10 avril 2008

Rachel Seiffert parle avec talent de ces soldats à jamais prisonniers de leurs guerres...
Avec des mots simples, des phrases courtes, des ellipses qui laissent, en dehors du texte, la place à l'essentiel, Rachel Seiffert analyse froidement, minutieusement, les ressorts psychologiques de ses personnages. Elle rend parfaitement la tension qui règne entre eux, ces silences lourds de questions non formulées, de reproches tus. Comme dans La Chambre noire, elle touche, avec subtilité, intelligence, au coeur des êtres, pointe leurs secrets, petits et grands, et leurs faiblesses.



  • Les premières lignes

Un après-midi d'hiver, cinq heures en patrouille, déjà dix-sept minutes au contrôle routier. Pluie. Deux véhicules, deux conducteurs : un homme et une femme. Elle était dans la voiture blanche, avec trois enfants. Dans l'autre, la rouge, un adulte de sexe masculin sur le siège passager. Multiples : quatre soldats sur la hauteur, quatre dans les champs, encore quatre sur la route. Deux d'entre nous pour la première auto, deux pour la deuxième. Un coup de feu.
Il a fallu écrire des rapports des jours et des jours durant, quand Joseph a été interrogé. Par la RUC, la police d'Irlande du Nord, et par l'armée. Débriefing, puis le médecin, puis le service du personnel... Avant l'interrogatoire initial, celui avec la police, il a vomi. C'était le même après-midi, dès le retour à la base. Joseph n'avait rien dit à personne, mais on pouvait sentir l'odeur, dès qu'on approchait des chiottes.
Son dos et ses mains étaient toujours couverts de sueur lorsqu'il a été conduit dans la pièce où il allait devoir raconter encore et encore ce qui s'était passé. Six hommes avec lui, RUC et Bérets rouges. Joseph n'en connaissait aucun. Un avocat militaire était éga­lement présent, assis à côté de lui, prenant des notes pendant que les autres posaient les questions. Deux heures seulement s'étaient écoulées depuis qu'il avait quitté son poste sur la route, peut-être trois, mais il avait du mal à reconstituer le film des événements. Les types de la police militaire observaient en silence tandis que ceux de la RUC lui faisaient répéter et répéter ses réponses, recoupaient, réinterrogeaient, reposaient les mêmes questions et puis d'autres.
- De quelle couleur, l'Astra ?
- Rouge.
Il l'avait déjà dit, pourtant.
- Une Astra rouge.
- Depuis combien de temps elle était là, vous savez ?
Non.
- Avant qu'on commence à contrôler ?
- Oui. Vous avez dit qu'elle s'est arrêtée à quel­ques mètres du checkpoint et qu'elle a attendu. Combien de temps ?
Il ne savait pas.
- Ils ont stoppé trop loin de nous. Avec le moteur qui continuait à tourner. Durant tout le temps qu'on contrôlait le premier véhicule.
Ça paraissait idiot. Tout ce qu'il disait donnait l'impression qu'il n'était pas futé, ou pire. Maintenant qu'il essayait d'expliquer la scène, ça ne lui semblait pas convaincant, même à lui.
- C'est que... Poursuivre le contrôle aussi long­temps, c'était risqué, vous comprenez ? Cette dernière voiture qui restait en arrière alors qu'on aurait dû avoir dégagé, ça nous rendait tous... nerveux.
C'était Armagh, avec la nuit qui approchait et des heures de patrouille dans les pattes, les champs, les routes... Pas de pépin, quoique. Rien d'exceptionnel. C'est seulement en voyant cette voiture attendre en retrait que Joseph avait été en alerte. Il a encore essayé. Il fallait trouver le meilleur point de départ à son récit.
- Il y avait deux véhicules. Celui que nous avons arrêté et puis l'Astra.
- Oui, oui. La première voiture, une Escort blanche. Elle a calé, vous avez dit ?
- On avait fini de la contrôler. La conductrice a calé en redémarrant.
- Dessinez-nous ça. Vu d'en haut.


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