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Le roi des zoulous

Couverture du livre Le roi des zoulous

Auteur : Jean-Jacques Salgon

Date de saisie : 29/02/2008

Genre : Arts

Editeur : Verdier, Lagrasse, Aude

Prix : 9.80 € / 64.28 F

ISBN : 978-2-86432-527-7

GENCOD : 9782864325277

Sorti le : 06/03/2008


  • La présentation de l'éditeur

Le 12 août 1988, le peintre noir américain Jean-Michel Basquiat était trouvé mort, sans doute d'une overdose, dans son loft de Great Jones Street, la tête tournée vers le ventilateur. Il avait 27 ans. L'enfant de Brooklyn, le grapheur de SoHo qui signait sous le nom de SAMO, venait de traverser les années quatre-vingt et le monde de l'Art comme une météorite laissant dans son sillage plus de huit cents tableaux et deux mille dessins qui continuent d'illuminer le ciel de la peinture d'un éclat nonpareil.

C'est à sa manière digressive, vagabonde et fragmentaire que Jean-Jacques Saigon nous emmène à la rencontre de cet artiste, de son univers et de son oeuvre. Attentif aux traces, aux moindres signes qui pourraient soudain entrer en résonance avec sa propre vie, il reste en ce sens fidèle à celui qui déclarait un jour à un journaliste : «Je ne pense pas à l'Art quand je travaille, j'essaie de penser à la vie.»



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  • Les premières lignes

BEAUBOURG I

Dans la rue des Filles-du-Calvaire, alors que je me rendais à pied vers le Cabinet des Arts Graphiques du Centre Georges-Pompidou où j'avais rendez-vous pour me faire montrer un dessin de Jean-Michel Basquiat, j'ai commencé par croiser un jeune homme noir, vêtu comme un dandy, et qui portait la même coiffure que celle que l'on voit à l'artiste sur les photos de 1985, c'est-à-dire des mèches remontées sur le haut du crâne, à la fois dressées et retombantes, comme les feuilles d'un yucca.
Un peu plus loin, au carrefour de la rue des Archives et de la rue Pastourelle, il y avait un petit attroupement car une voiture venait de renverser un motocycliste et ce motocycliste, encore casqué, était étendu inerte sur la chaussée, entouré de trois secouristes du SAMU qui lui prodiguaient les premiers soins. J'ai aussitôt pensé à SAMO, le pseudonyme de Jean-Michel quand il était encore graffeur et qu'il semait ses petites phrases énigmatiques sur les murs de SoHo. Et puis j'ai eu soudain très peur car j'ai cru reconnaître sur le blessé le visage de mon ami Patrice mais, tout en observant le corps inerte, la main blanche qui sortait du blouson, sans oser m'approcher pour regarder de plus près, j'ai réalisé que dans tout Paris il y avait bien peu de risques qu'il s'agisse de lui.
Puis je me suis brusquement souvenu que Jean-Michel s'était fait renverser par une voiture. C'était en mai 1968, à Brooklyn, alors qu'il était âgé de sept ans et jouait au ballon dans la rue. Il avait eu un bras cassé, on l'avait hospitalisé au King's Counter Hospital, il avait été opéré de la rate, ce pourquoi d'ailleurs, sur l'affiche jaune de l'exposition de 1985 où il pose torse nu en tenue de boxe au côté d'Andy Warhol, on peut voir qu'il a une longue cicatrice verticale sur le ventre. Pour sa convalescence, sa mère Mathilde lui avait offert le livre Human Anatomy du docteur Henry Gray, un livre où sont montrés sur des planches colorées les divers organes du corps humain. Ce livre avait été déterminant dans la constitution de son imagerie personnelle puisque plus tard il ne cessera jamais de dessiner et de représenter des organes séparés et ce corps morcelé hante véritablement sa peinture où fourmillent les crânes, mandibules, ossements, viscères, avec parfois les mots botte, skull, cartilage, larynx, fémur, tibia, etc. Il y a même une série de dix-huit lithographies de 1982 qui s'intitule Anatomy, et tout au long de son oeuvre on trouve aussi de nombreuses représentations d'automobiles, avec parfois le dessin d'une collision évoquée par un étoilement à l'avant du capot et c'est souvent une voiture rouge qui est dessinée comme sur ce tableau de 1984, Red Car Rusting in Kuau, ou sur cette toile non titrée de 1987 où une étrange chose verte semble indiquer un endroit bien précis de la chaussée.
Au Centre Pompidou, j'ai retrouvé Mâcha avec qui j'avais rendez-vous et nos pas ont glissé sur la surface rouge vermillon du sol. On m'a déposé le dessin sur une sorte de lutrin pour que je puisse le regarder, mais malheureusement, ce dessin était encadré et placé sous verre si bien que je n'ai vu tout d'abord que mon propre reflet car, Basquiat ayant étalé une couche d'acrylique noire sur la majeure partie de la surface, ce fond sombre placé sous la vitre transformait celle-ci en miroir et je pouvais donc voir mon propre visage se superposer à une tête gribouillée, avec des yeux jaunes et des cercles tracés au crayon gras, bleu, rouge, vert.


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