Auteur : Daniel Widlöcher
Date de saisie : 29/02/2008
Genre : Psychologie, Psychanalyse
Editeur : O. Jacob, Paris, France
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-7381-1877-6
GENCOD : 9782738118776
Sorti le : 21/02/2008
Non, la psychanalyse n'est pas un dogme figé ! Non, les psychanalystes ne sont pas fermés à toute discussion ! Depuis les textes fondateurs de Freud, c'est même l'inverse qu'on constate : la psychanalyse a toujours été l'objet de débats souvent féconds, parfois houleux.
Quatre exemples sont racontés et scrutés ici par d'éminents spécialistes : les grandes controverses autour de l'enfant entre Anna Freud et Melanie Klein en 1943 ; les dialogues du Rio de la Plata en 1972 autour du lacanisme et du kleinisme ; la discussion de 2000 entre Daniel Widlöcher, Jean Laplanche et Peter Fornagy sur l'attachement et la sexualité infantile ; le débat de 2004 sur l'avenir de la psychanalyse entre Daniel Widlöcher et Jacques-Alain Miller.
La connaissance n'appartient ni à un individu ni à une communauté ; elle progresse par échanges, discussions, recherches. Cette culture du débat n'est pas étrangère à la psychanalyse ; c'est même son avenir.
Daniel Widlöcher est psychiatre, psychanalyste, ancien chef de département à l'hôpital de La Pitié-Salpêtrière et ancien président de l'IPA. Il a notamment publié Les Nouvelles Cartes de la psychanalyse et La Psychanalyse en dialogue.
Avec la collaboration de Frédéric Advenier, Alain Braconnier, Dominique Cohou, Nicole Delattre, Bertrand Hanin, Luis Maria Moix, Michel Musiol
Le débat en psychanalyse
par Daniel Widlöcher
L'intense activité scientifique dont font preuve les institutions psychanalytiques, l'intense activité de conférences et de publications de nombreux psychanalystes obéissent à d'autres raisons que la pure communication du savoir scientifique et la transmission des connaissances. Sinon, que ne saurait-on pas de l'inconscient et de la vie de l'esprit ? La cause principale de cette activité doit être cherchée ailleurs, dans le besoin que les psychanalystes ressentent légitimement de partager avec d'autres non ce qu'ils savent, mais tout le champ de conjectures dans lequel s'inscrivent leur théorie et leur pratique. Ainsi s'explique l'importance des échanges oraux (conférences, panels, tables rondes et congrès de toutes sortes). Les publications sont très souvent la trace écrite de ces échanges. L'oeuvre de Freud abonde en textes qui revêtent une forme adoptant le style d'un débat oral, d'une conférence, d'un dialogue imaginaire ou d'une correspondance avec un tiers. Bref, c'est le débat entre praticiens qui est au coeur de la vie scientifique en psychanalyse, et ce d'autant plus si nous prenons en compte le pluralisme des écoles.
Les psychanalystes sont-ils, mieux que d'autres, préparés à cette pratique du débat ? C'est peut-être ce que les premiers d'entre eux pensaient. En 1912, Sandor Ferenczi, dans une allocution qu'il prononçait pour favoriser la création de l'Association psychanalytique internationale, bien que sans illusion sur la qualité du débat entre les hommes, énonçait l'hypothèse que les psychanalystes, une fois «guéris» de leurs névroses par leur propre psychanalyse, pourraient dépasser les rivalités, les ambitions et la mauvaise foi habituelles. Certains peuvent encore le croire, mais beaucoup, dont nous sommes, en doutent. C'est pour mieux cerner cette question que nous avons formé le projet d'étudier, à partir de certains documents, quelques exemples de ces échanges entre psychanalystes.
Reconnaissons d'emblée que dans le domaine de la psychanalyse, le débat est difficile. C'est peut-être paradoxalement ce qui justifie en partie l'intense activité scientifique que nous évoquions au départ. Mentionnons quelques-unes de ces difficultés.
La difficulté de débattre
Évoquons tout d'abord les dérives qui transforment le débat en lecture du dogme. La fidélité à Freud ou l'appartenance militante à une école ont tôt fait de transformer le débat en affrontement polémique. Le souci très légitime de montrer que l'on a raison face à la position prise par l'interlocuteur se transforme alors en manipulation ou en attitude sectaire. La raison invoquée n'est plus celle de l'argumentaire que l'on utilise, mais l'autorité de ceux à l'école de qui on se range. Ce qui fonde l'autorité n'est plus la matière du débat, mais la filiation et la soumission. Le pluralisme des écoles de psychanalyse a beaucoup souffert d'un tel conservatisme. Conserver les acquis de la «révolution freudienne», avec toutes les connotations politiques ou religieuses que l'on peut y mettre, devient alors une idéologie qui fige le débat.
Autres dérives, celles, scientistes, de ceux qui, sentant bien les faiblesses de la démarche, tendent à faire évoluer l'argumentaire et les principes mêmes du débat vers une logique de l'évidence et de la preuve. Des références quantitatives, des démonstrations analogiques sont utilisées dans l'argumentaire du débat. Certes, des études de type naturaliste peuvent être valablement appliquées en psychanalyse. L'évaluation des effets thérapeutiques représente l'exemple le plus parlant.
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