Auteur : Renaud Muselier
Date de saisie : 13/03/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Plon, Paris, France
Collection : Histoire contemporaine
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-259-20466-8
GENCOD : 9782259204668
Sorti le : 07/02/2008
C'est chose rare qu'une biographie d'Honoré Daumier. Certes, on a décortiqué l'oeuvre de ce peintre, sculpteur et caricaturiste, célèbre pour son impudence et ses coups d'éclat politiques. Mais, quant à sa vie, peu de traces. Deux siècles après sa naissance, cette biographie fait la pleine lumière sur l'artiste rebelle en sortant de l'ombre l'homme qu'était Honoré Daumier.
Mieux que quiconque, Renaud Muselier pouvait comprendre cet autre Marseillais et son sentiment de déracinement dans l'âpre capitale où sombrent tant d'illusions, sous le regard d'une société amusée par cet accent qui empêche d'être pris au sérieux.
Mieux que quiconque, il pouvait relater la pugnacité du républicain sincère, la lutte politique pour la liberté, la justice, la tolérance, et surtout l'engagement humain. Un combat mené dans un demi-siècle marqué par trois révolutions et quatre régimes, une société agitée par de profondes mutations et une frénésie des affaires aux relents très contemporains.
Renaud Muselier a tissé par-delà le temps un véritable lien de fraternité avec cet autre fils du Midi devenu parisien, retrouvant en lui ce goût de la chaleureuse convivialité et ce sens aigu de la dérision, cet esprit frondeur et cette liberté de pensée très marseillais. Une couleur personnelle qui donne tout son sel et son originalité à cette biographie.
Député des Bouches-du-Rhône, vice-président de la Commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, ancien ministre, premier adjoint au maire de Marseille, président de l'établissement public Euroméditerranée, le docteur Renaud Muselier, passionnément épris de sa ville natale, a toujours conduit son engagement politique par et pour Marseille.
Féru d'histoire, il a consacré une biographie à son grand-père, L'Amiral Muselier, qui a donné la croix de Lorraine à la France libre (Perrin, 2000).
Muselier rend hommage à un autre Marseillais passionné de la chose publique, devenu célèbre en croquant les politiques de son temps. Fervent républicain, Daumier connaîtra trois révolutions et quatre régimes, mais il ne renoncera jamais à ses opinions et à sa liberté de ton. Même après les six mois de prison que lui vaudra «Gargantua», sa caricature irrévérencieuse de Louis Philippe...
Derrière le redoutable polémiste, un peintre : celui qui fut -c'est un politique qui le révèle- un des précurseurs de l'expressionnisme.
Norin de Marseille
Marseille, février 1808
Les Marseillais souhaiteraient que le mistral, pourtant si froid, dégage le ciel de ses nuées d'hiver. Ils n'aiment pas être privés de cette éclatante lumière qui donne des airs de mouettes aux navires amarrés dans le Vieux-Port. Mais en ce vingt-sixième jour du mois de février, la famille Daumier n'en a cure, car en début d'après-midi, entre 15 et 16 heures - comment peut-on être précis en une telle circonstance ? -, elle connaît un grand bonheur. Une voisine penchée à une fenêtre de la maison de cinq étages sise au 11, place Saint-Martin, dans l'actuel quartier du Panier, annonce d'une voix chantante à des commères occupées à étendre leur linge :
- Cécile a eu son petit !
- Un garçon ? O Dio ! Quelle chance !
Le père, Jean-Baptiste le vitrier, ne perd pas de temps pour aller déclarer la naissance à la mairie. Il emmène avec lui pour témoins Joseph Boudes, un marchand tailleur qui habite le même immeuble, et François-Joseph Lagrange, un peintre qui demeure rue Dauphine. C'est l'un des adjoints au maire, Jean-Baptiste Daniel, délégué aux fonctions d'état civil et trésorier, qui fait signer le document. Trois jours plus tard, le 29 février, toute la famille accompagne Cécile et Jean-Baptiste à la paroisse Saint-Martin pour le baptême d'Honoré Victorin. Le père Blanc, vicaire, officie, le parrain est Honoré Philip, frère de Cécile, et la marraine Elisabeth Philip. Les témoins sont cette fois Laurence Nicolas Marius, un ami venu de la paroisse Saint-Lazare, et François, le frère de Jean-Baptiste, vitrier comme lui, mais, illettré, il ne peut signer le registre.
Un baptême est une fête. Les Daumier, leurs parents et leurs amis ne s'en privent pas, même si les temps sont difficiles. La guerre et le blocus maritime, en tarissant les courants commerciaux avec le Levant, l'Afrique du Nord et l'Amérique, ont plongé Marseille dans un profond marasme. L'antique Phocée, après s'être relevée de la peste de 1720 qui avait fait quarante mille victimes, avait connu au milieu du siècle une belle prospérité grâce aux échanges traditionnels avec le Levant et au développement du négoce avec les Iles d'Amérique. Les immigrants affluèrent de tous les coins de la Méditerranée et la population retrouva son niveau antérieur à l'épidémie pour compter plus de cent mille habitants à la veille de la Révolution.
C'est en 1767 que Jean-Claude Daumier, le père de Jean-Baptiste, quitta Béziers, berceau de la famille, pour s'installer dans le grand port et y exercer son métier de vitrier. Il s'y maria et eut huit enfants. Jean-Baptiste épousa une Provençale, Cécile Catherine Philip, qui lui donna en 1805 une fille, Victorine Marie. La venue d'un garçon les comble, car un enfant mâle est alors plus apte à nourrir la famille, éventuellement en reprenant le métier du père. C'est d'ailleurs ce qu'a fait Jean-Baptiste, ainsi que son frère François.
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