Auteur : Michaël Ferrier
Date de saisie : 03/03/2010
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : L'Infini
Prix : 10.50 € / 68.88 F
ISBN : 9782070772131
GENCOD : 9782070772131
Sorti le : 14/10/2004
«La fenêtre est ouverte et c'est l'instant où la nuit touche le jour sur une tête d'épingle. Soudain, le temps n'a plus d'importance et se dissout dans une belle lumière blanche. C'est l'Éveil, on est arrivé tout au bout du Temps. Le monde s'ouvre dans un poudroiement de détails, vent frais, camélias dans les jardins en contrebas, stylo sur le bureau. Dans le silence de Kichi-jôji, deux cyclistes filent à vive allure dans la petite rue devant chez moi.»
Michaël Ferrier vit à Tokyo où il enseigne la littérature. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont Tokyo. Petits portraits de l'aube, Prix littéraire de l'Asie 2005 (L'Infini, 2004) et du Goût de Tokyo (Mercure de France, 2008).
...Tokyo, petits portraits de l'aube, celui qui se prétend roman et où tout a l'air vrai, comme dans les vrais romans, et le lecteur est prévenu : «Il est évident qu'aucune des personnes ci-après n'a jamais existé, du moins sous une autre forme que fictive. Cependant, il y a dans le monde tant de gens qui s'appliquent à ressembler à des personnages de fiction et pour certains, à des caricatures qu'on ne peut tout à fait exclure qu'elles n'existent pas. Ce sont des gens comme vous et moi, des formes improbables dans le brouillard de l'aube.» A relire de plus près cet avertissement («on ne peut tout à fait exclure qu'elles n'existent pas»), il dit exactement le contraire de ce qu'il semble annoncer. Et tant mieux pour eux s'ils existent, tous ces gens «comme vous et moi», cette folle à la voix rauque... Et tous les autres, Tokyoïtes nocturnes, alcoolisés de subtils sakés, Tokyo pris à revers de ses clichés de néon, Tokyo des ruelles, des escaliers dérobés par ces voleurs d'instants rares, ses savants encanaillés avec conscience et jubilation, «il n'y a guère que les grandes plumes molles des romancières à la mode pour dépeindre un peuple triste et terne, irrémédiablement respectueux de la hiérarchie, figé dans ses costumes et ses coercitions». Ni Ferrier, ni Michaël le narrateur n'ont la plume molle, car, «pendant qu'on écrit un caractère chinois, il ne faut pas respirer. Le pinceau court sur le papier, la main pense toute seule (...). La vie se trace dans un souffle, il n'y a rien d'autre à raconter». C'est ce souffle même que raconte la seconde partie du livre, avec la description de quatre kanjis, minutieuse et évidente, comme si l'auteur dessinait ces idéogrammes avec la propre main du lecteur, dans son propre geste, si bien que lorsque s'ouvre cette chambre du fond, sur le maître calligraphe, aveugle et taiseux, «le silence est un chien noir qui suit l'homme sans aboyer», on retient son propre souffle pour voir le trait qui danse : «Il trace comme on abat un grand arbre, comme on désarme un adversaire, comme on engloutit une poire, comme on dénoue le cordon d'un sac.»
Michaël Ferrier écrit ainsi, des coups d'éclairs qui brisent la lenteur, des histoires simples et des hommes compliqués, son Japon tremble, ni sa main, ni sa plume.
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