Auteur : Jan Kounen | Jeremy Narby | Vincent Ravalec
Date de saisie : 11/03/2008
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Mama éditions, Paris, France
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 978-2-84594-020-8
GENCOD : 9782845940208
Sorti le : 28/03/2008
Trois personnalités venant d'horizons divers mêlent pour la première fois leurs voix et témoignent librement d'une pratique qui échappe à l'ordinaire : la découverte et l'expérience du chamanisme par un Occidental.
Plantes sacrées, hallucinogènes, initiations, états de conscience modifiée, bénéfices ou dangers possibles pour ceux qui s'y essaient... Jan Kounen, Jeremy Narby et Vincent Ravalec explorent ces sujets avec une sincérité rare.
Leurs regards croisés, bienveillants mais sans compromis, livrent une nouvelle approche du monde indigène, et une autre vision de la réalité.
Jan Kounen est cinéaste. Il a réalisé Dobermann, Blueberry, l'expérience secrète et 99 Francs, ainsi que plusieurs documentaires dont Darshan, l'étreinte et D'autres mondes. Il est aussi l'auteur de Visions : regards sur le chamanisme.
Jeremy Narby est anthropologue. Il a notamment écrit Le Serpent cosmique, l'ADN et les origines du savoir (publié en douze langues), Chamanes au fil du temps (coécrit avec Francis Huxley), et Intelligence dans la nature, en quête du savoir.
Vincent Ravalec est écrivain et cinéaste. Il a publié, entre autres, Cantique de la racaille (prix de Flore), Un pur moment de rock'n roll et Pour une nouvelle sorcellerie artistique. Il est également coauteur de Bois sacré, initiation à l'iboga.
Séquence 1
Vincent : La question que je me pose, c'est : pourquoi faire un livre sur ce sujet ? Est-ce que cela va servir à quelqu'un ? Avant d'aller plus loin, j'aimerais qu'on s'interroge là-dessus, car j'ai déjà fait un livre sur l'iboga, plus différentes participations autour des psychotropes, et pour le moment, les conséquences que j'en vois, le retour, ne paraissent pas très positifs.
Je suis extrêmement dubitatif, d'autant qu'ayahuasca comme iboga sont maintenant interdits en France. Mais au-delà de l'aspect juridique ou pénal des choses, d'un point de vue humain, existentiel, est-ce que ça va apporter quelque chose à quelqu'un de lire un livre sur ce sujet ?
Je m'excuse de faire un peu prêchi-prêcha mais je pense qu'il faut poser la question basique de pourquoi on fait les choses, qu'est-ce qu'on a envie de faire, pour soi-même et pour son prochain, dans cette dimension comme dans les autres.
Je crois que les gens qui ont accès à ce type de connaissance, comme les gens qui ont accès à la science, doivent avoir une réflexion éthique plus importante que les autres, parce qu'ils ont plus de responsabilités. Personnellement, je me pose beaucoup de questions. Ayant une toute petite parcelle d'exposition publique avec mes livres, et surtout depuis le livre sur l'iboga, je réfléchis à comment parler de ces expériences.
Je pense que toi, Jeremy, tu as été confronté à ça avec Le Serpent cosmique ?
Jeremy : Oui, moi ça fait des années que c'est dans mon esprit.
Vincent : Et quelle est ta position ?
Jeremy : C'est vrai qu'avec Intelligence dans la nature, j'ai fait une sorte de «à gauche toute». Je me suis éloigné de quelque chose qui pourrait encourager les gens, tout en tâchant de rester fidèle au sujet - le sujet étant, en ce qui me concerne, la situation des peuples indigènes d'Amazonie.
Le fait est qu'on a méprisé ces peuples et leur savoir pendant des siècles et que les plantes psychoactives sont au centre de leur façon de connaître le monde et que, ma foi, ça contredit le paradigme occidental. Ça, déjà, en soi, c'est intéressant; c'est même trop intéressant pour ne pas en parler. On est dans un cas de blocage épistémologique.
Le fait d'en parler me paraît constructivement subversif dans ce monde; et en même temps, je n'ai pas envie d'envoyer de jeunes agneaux occidentaux se jeter dans la gueule du loup, et créer plus de confusion. Par exemple, j'évite soigneusement toute prise d'ayahuasca en Europe, c'est clair.
Dans mes derniers livres, je donne la parole à des chamanes qui expliquent que l'utilisation d'ayahuasca est ambiguë, qu'il y a aussi des questions de pouvoir là-dedans.
J'ai l'impression que c'est une bonne chose d'en parler tant qu'on le fait de manière détaillée, équilibrée, avec la lumière et l'obscurité, et surtout en le replaçant dans un contexte de savoir.
En Amazonie, ils ne parlent pas d'hallucinogènes, mais d'outils pour communiquer avec les autres espèces. L'ayahuasca, c'est avant tout une façon de transcender la barrière qui nous sépare des autres espèces et, dans nos visions, de communiquer avec des plantes et des animaux. Je continue à penser qu'en Occident, on a plutôt affaire à un déficit de compréhension, et j'aime l'idée de mettre nos trois tètes ensemble ici et de chercher une nouvelle façon de parler de ces choses, une façon qui soit à leur honneur.
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