Date de saisie : 28/02/2008
Genre : Psychologie, Psychanalyse
Editeur : Erès, Toulouse, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-7492-0838-1
GENCOD : 9782749208381
Sorti le : 28/02/2008
L'enfant doit quitter les terres maternelles pour exister et s'avancer vers les autres. Parfois, sans égard pour ce périple, le voici pris dans un autre voyage qui le fait changer de pays, voire de continent. Enfant adopté, enfant d'immigré, jeune mineur isolé, il doit se frayer son chemin entre repères culturels, langue d'appartenance et normes d'apprentissages. Pour l'accompagner il est nécessaire d'approcher ce qui va, pour lui, faire difficulté ou être sécurisant... Envers quels liens se montrer loyal ? Où se reconnaître citoyen ? A quelle «étrangèreté» doit-il faire face ?
Ont participé à ce numéro : SIMON AMALINI - JOELLE BORDET - VERONIQUE BOURBOULON - ALICE CHERKI - MARYVONNE COLLOT - JEAN-FRANCOIS DE PIETRO - OLIVIER DOUVILLE - SEBASTIEN DUPONT - VIVIANE DURAND - NAZIR HAMAD - NINA LAURENT - ANDREI MAKINE - MALIKA MANSOURI - MARTINE MENES - PASCALE MIGNON - MARIE ROSE MORO - FRANCOISE PETITOT - ISABELLE PIEROZAK - MARINA STEPHANOFF -
Extrait de l'introduction de Viviane Durand et Pascale Mignon :
L'enfant doit quitter les terres maternelles pour exister et s'avancer vers les autres, s'exiler de la langue de l'origine, celle des affects, des premières perceptions, de la musique des mots, pour s'approprier l'autre langue, toujours étrangère, celle qui raconte l'univers, ses représentations. Les premières séparations révèlent le monde, elles éveillent aussi le sentiment d'être un étranger envers celui qui était un familier ; une modification dans l'environnement, déménagement, changement d'école, et voici qu'opère la confrontation à la différence - être seul au milieu de tous ces autres, inconnus.
Mais qui sont-ils justement ces étrangers, ces inconnus pour faire, précisément, surgir en moi ce sentiment d'être étranger à moi-même ? Au coeur de la subjectivité, la question de l'étranger signe la fragilité, la vulnérabilité.
Parfois, sans égard pour le périple qu'il doit accomplir de façon ordinaire, l'enfant est pris dans un autre voyage qui le fait changer de continent, de pays et, pour certains même, le fait vivre dans une autre famille. Aux temps de sa construction identitaire, ces changements, voire ces ruptures, viennent bouleverser son rapport à la langue, sa relation à ce(ux) qui l'entoure(nt), son lien à la culture dans laquelle il évoluait. Il va lui falloir concilier ces mouvements psychiques, ceux qui le poussent à la rencontre de l'autre et ceux qui l'en protègent pour tenter d'éviter un exil sans retenue et s'installer en terre d'accueil. Difficile en effet de cliver exil et sol d'accueil ; l'un a à s'établir, l'autre à recevoir. Marina Stéphanoff, dans la réflexion qu'elle propose sur le placement familial, fait la différence entre la figure de l'étranger et celle de l'intrus, «cet autre envahissant [qui] évoque simultanément une effraction, une présence inopportune et l'exclusion, le rejet». Marie-Rose Moro et Amalini Simon soulignent à quel point «la simple absence de convictions racistes chez le thérapeute ne suffit pas pour éviter que des représentations stéréotypées entrent dans la relation thérapeutique, notamment les stéréotypes utilisés de façon défensive». Quant à Maryvonne Collot, en intitulant son article «L'orthophoniste en terre étrangère», ne nous invite-t-elle pas à la reconnaissance du nécessaire chemin à tracer vers l'autre pour qu'il nous approche et qu'il se réapproche de lui-même ?
Même si celui qui arrive sur un sol étranger entre dans un univers où ses marques affectives, ses traces sensorielles, ses repères symboliques sont voilés ou ont disparu, il est pourtant bien «présent à un monde qui lui est inconnu» (Nina Laurent). C'est cette présence qui ferait qu'un jeune mineur isolé étranger, qui peut être en grande difficulté, n'est pas obligatoirement soumis à une «perte identitaire». «Une part du jeune d'avant subsiste en lui, mais peut-être doit-il la redécouvrir à travers cette nouvelle expérience d'étranger» (Nina Laurent).
Certains de ces mineurs isolés sur le sol français sont des «adolescents de la guerre» qui ont assisté ou ont subi les violences d'un conflit armé. Ils doivent faire alors un long parcours pour s'inscrire sur cette terre étrangère sur laquelle ils échouent. «C'est en constituant un maillage humain et social autour de ces jeunes que l'on peut repérer et contenir les effets destructeurs de la violence tant sur le plan somatique que psychique et identitaire. Un travail préalable est nécessaire à la redécouverte du sujet et de son désir jusqu'alors réduit au silence par la férocité de l'Autre» (Véronique Bourboulon).
Si ces mineurs isolés sont contraints à s'exiler à cause de la violence de conflits, de la mort à portée de regard, c'est aussi le trajet qu'effectuent bon nombre d'adultes confrontés à cette réalité. Émergera alors la question que soulève Martine Menés, en référence à l'histoire de Freud : «Qu'est-ce qui se transmet dans le silence bruyant des chuchotements, de récits étouffés, de témoignages partagés, dans ces murmures déchirés qui tiennent lieu de berceuses pour les enfants des exilés, des expulsés, des exclus, brefs de tous ceux qui sont des ex ?»
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