Auteur : Charlotte Perkins Gilman
Postface : Pascale Voilley
Traducteur : Pascale Voilley
Date de saisie : 26/02/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : V. Hamy, Paris, France
Collection : [bIs]
Prix : 9.00 € / 59.04 F
ISBN : 978-2-87858-268-0
GENCOD : 9782878582680
Sorti le : 15/02/2008
«Dans mon enfance, j'ai beaucoup I appris grâce aux histoires. Ce qui m'a le plus marquée, c'est que les méchants utilisaient leur cervelle et parvenaient toujours à quelque chose. [...] Aussi j'ai pensé qu'on avait besoin de gentils qui avaient quelque chose dans le crâne, des gentils actifs, et non pas des nouilles passives. "Un méchant gentil. Est-ce que ça n'existe pas ?" Alors, peu à peu, j'ai décidé d'en être un.» Benigna déborde d'optimisme ; rouée, futée, elle se présente comme la descendante de Machiavel.
Charlotte Perkins Gilman (1860-1935) voulait changer le monde et fut l'une des pionnières du mouvement féministe américain. Romancière, nouvelliste, poète, elle fit de nombreuses conférences sur les réformes sociales. On l'a souvent rapprochée de Virginia Woolf pour ses vues sur la folie, la création et la condition féminine. Partisane du droit à la mort digne, elle se suicida lorsqu'un cancer diminua ses facultés.
«Toutes les jeunes femmes d'aujourd'hui doivent lire ce manuel qui pourrait s'appeler "Comment manipuler un entourage et l'amener à faire tout ce que vous voulez".»
Hélèna Villovitch, Elle
Une fois, quand j'étais très jeune, j'ai assisté à la prière du Nouvel An dirigée par notre pasteur, le révérend William V. Cutter, un homme libéral et fort instruit qui s'exprimait avec beaucoup d'aisance. Il psalmodiait un peu, comme c'est la coutume. D'ailleurs, à ce propos, je me demande comment les ministres du culte la justifient alors que la Bible nous interdit clairement de faire de longues prières en public.
Manifestement cela ne les gêne pas, et notre pasteur nous berçait de plus belle de son aimable ronronnement. Une chose me tarabustait à l'époque : on m'avait répété à satiété qu'il était vulgaire de dire tout le temps «vous savez >, mais quand le pasteur répète exactement la même chose dans son jargon biblique, on est censé trouver ça très comme il faut
Sa mélopée n'en finissait pas :
«Seigneur, tu sais toutes les bonnes résolutions que nous avons prises l'an dernier, et tu sais que nous n'en avons tenu aucune. Tu sais toutes nos nobles décisions, et tu sais notre échec.»
J'avais du mal à rester sage sur mon banc. J'avais une envie folle de me lever et de déclarer à ce digne homme qu'une au moins de ses paroissiennes avait accompli toutes ses résolutions de l'année passée - absolument toutes. Il n'y en avait d'ailleurs que trois. Et deux seulement l'année précédente. Et l'année d'avant une seule. La seule façon de tenir ses résolutions, c'est d'en prendre le moins possible.
Dans ce domaine, les gens manquent de jugeote. Ils ont des velléités de perfection, essayent, ratent, et après ils se plaignent de la futilité des efforts humains. Il suffit de regarder ces confessions qui nous arrivent de Paris, de Saint-Pétersbourg ou du fin fond du Montana : les gens font des histoires, se lamentent et mettent tout sur le dos de la Providence ou du Destin. Le seul effort dont ils sont capables, c'est de solliciter l'oreille compatissante du monde pour leurs pitoyables échecs. Cela m'étonne qu'ils n'aient pas honte. Pourquoi ne tentent-ils pas de se prendre en main ? Voyez Jean Valjean par exemple : quand il était au bagne, pauvre prisonnier accablé et sans défense, il s'est mis au travail et a appris des trucs de gymnastique extraordinaires, comme escalader un mur pour se cacher dans le coin d'une pièce. Si vous n'êtes pas une poule mouillée, il y a toujours moyen de s'en sortir.
Dans mon enfance, j'ai beaucoup appris grâce aux romans et aux histoires. Même les contes de fées ne sont pas inutiles - les bons. Ce qui m'a le plus marquée, c'est que les Méchants utilisent leur cervelle et parviennent toujours à un résultat. Bien sûr, à la fin, leurs plans sont «déjoués», mais toujours par l'intervention de la Providence, et non grâce aux efforts intellectuels des Gentils. Les héros et ceux qui se situent entre les deux sont en règle générale extrêmement stupides. Si ça tourne mal, ils se rabattent sur la patience, l'endurance, la résignation et autres vertus du même acabit. Si tout va bien, ils sont modestes, magnanimes et tout et tout, mais aucun d'entre eux ne semble avoir l'idée de prendre en main les événements. Comme des moutons, ils exécutent ce que les Méchants veulent leur faire faire. Livre après livre, ils sont confrontés aux mêmes concours de circonstances éculés, et ils tombent infailliblement dans le piège.
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