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La nuit de mai

Couverture du livre La nuit de mai

Auteur : Clément Rosset

Date de saisie : 24/02/2008

Genre : Philosophie

Editeur : Minuit, Paris, France

Collection : Paradoxe

Prix : 6.50 € / 42.64 F

ISBN : 978-2-7073-2020-9

GENCOD : 9782707320209

Sorti le : 14/02/2008

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  • La présentation de l'éditeur

LA NUIT DE MAI

Rien de plus étrange, ni de si mal connu, que la nature du désir.





  • Les premières lignes

Je suppose que l'on a déjà remarqué que, lors de la première apparition du thème de la réminiscence ou mémoire involontaire (épisode dit de la «petite madeleine»), Marcel Proust ne désigne pas le souvenir d'un objet unique - Combray - mais d'un objet extrêmement multiple qui se résume sous le nom de Combray. Ce qui ravit l'auteur, avant même qu'il n'ait identifié la nature du souvenir qui l'enchante et suscite en lui un plaisir «extraordinaire» et «délicieux», procède certes d'une équivalence ponctuelle (identité entre le parfum d'une madeleine plongée dans du thé et celui de la madeleine que lui offrait chaque dimanche matin sa tante Léonie lors des vacances du jeune Marcel à Combray). Mais cette ponctualité de la réminiscence n'est que le prélude à un enchantement d'ordre beaucoup plus général, qui concerne l'ensemble des plaisirs que lui offrait Combray, et non du tout le plaisir, anodin et isolé, que lui procure un petit déjeuner partagé avec sa tante Léonie. La madeleine plongée dans le thé va réussir à tirer une sorte d'«instantané» de Combray ; mais à son tour cet instantané va évoquer une myriade de bonheurs qui explique seule, et non l'instantané qui l'a provoquée, l'effusion des souvenirs bienheureux qui amène Proust à dire : «Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m'avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire (...) j'avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel.»
C'est pourquoi l'émotion à peine née se démultiplie aussitôt en une pluralité d'émotions relativement indépendantes les unes des autres car elles sont suscitées par des objets différents : la petite maison grise sur la rue, le petit pavillon sur le jardin, la Place, les rues où Marcel allait faire les courses, les chemins qu'il prenait si le temps était beau. La prise a été bonne. On croyait avoir tiré de l'eau (ou du thé) un petit gâteau fleurant bon le parfum de Combray et marqué au temps de son passé révolu. Et voici que c'est une ville entière, sa campagne, ses senteurs d'antan, son côté de chez Swann et son côté de Guermantes, qui sortent de l'eau.


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