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La Cause freudienne, n° 68, Notre sujet suppose savoir

Couverture du livre La Cause freudienne, n° 68, Notre sujet suppose savoir

Date de saisie : 03/04/2008

Genre : Psychologie, Psychanalyse

Editeur : Ecole de la cause freudienne, Paris, France

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 978-2-905040-60-2

GENCOD : 9782905040602

Sorti le : 06/03/2008


  • Les premières lignes

D'un désir de savoir qui ne serait pas aveugle

Guy Trobas, psychanalyste, membre de l'École de la Cause freudienne

Il n'est pas fréquent que nous choisissions comme thème des Journées d'études de l'École de la Cause freudienne un concept de Lacan, disons «pur et dur». Cela nous est arrivé trois ou quatre fois en maintenant trente-six occasions de cet ordre sur plus de vingt ans. Mais, comme il y a deux ans seulement nous avions abordé avec le sinthome le dernier enseignement de Lacan, j'en déduis que nous nous enhardissons quelque peu à prendre ce qui nous semble une sorte de risque par rapport à l'audience que nous souhaitons pour ce type de rencontres : aussi large que faire se peut. Cependant, ce n'est pas sans une légère appréhension que nous avons fait l'an dernier le choix du thème qui nous a rassemblés en octobre dernier, celui du sujet supposé savoir. Le nôtre, avions-nous précisé en guise de réponse combative face aux exactions épistémologiques de l'idéologie scientiste, et à son projet de destruction de toute clinique sous transfert dans le champ de la santé mentale - son orientation psychanalytique et la formation qu'elle nécessite étant tout spécialement visées.
Dans ce registre, il est frappant de constate : la justesse de maints propos de Lacan : dès la fin des années cinquante du siècle dernier, il avait, premièrement, souligné la défaillance grandissante de la sagesse des pouvoirs au regard du discours de la science et des séductions de la passion de savoir qui s'y trouve là, y être la plus aveugle, et, deuxièmement, mis en valeur les conséquences de celle-ci, soit le retour, paradoxal d'apparence, d'un obscurantisme renforcé. Si nous avons évoqué ici la séduction c'est à dessein : en quelque sorte pour marquer justement le pouvoir tout spécialement hypnotique du nouveau scientisme qui mieux que l'ancien, celui du XIXe siècle, dissimule derrière ses idéaux une mise en jeu aussi peu sublimée que possible des objets partiels de la jouissance pulsionnelle - nous voulons parler de ces «plus-de-jouir en toc» (selon l'expression de Lacan) que la «loi d'airain» du marché impose à la mesure même de sa réussite à universaliser le manque-à-jouir du sujet-consommateur. C'est une nouvelle coalescence de l'idéal et de l'objet, en tant que principe actif fondamental de l'hypnose, qui s'opère ici.
Somme toute, nous voilà ramenés, et avec quelle intensité, à l'essence même de la psychanalyse en tant que technique et éthique intervenant sur cette articulation du sujet où se joue, par rapport au pouvoir structural de la suggestion au principe de l'hypnose, un véritable partage des eaux quant à l'aliénation : la renforcer ou la mettre en question jusqu'au plus intime de ses ressorts.
Dans cette perspective, précisément, le concept de sujet supposé savoir permet de reprendre la distinction freudienne de l'hypnotiseur et du psychanalyste, de la restaurer dans son tranchant et de la préciser dans sa logique.
Le premier ne fait qu'extraire d'un sujet, ou y ajouter, ses propres préjugés de savoir et sur le savoir, ceci pour faire obstacle à ce qui pourrait s'instituer d'un rapport totalement nouveau au sujet supposé savoir lequel est, selon l'expression de Lacan, aboli dans l'inconscient. Il est aboli, premièrement, parce qu'il n'y a pas de supposition dans l'inconscient, celle-ci étant un effet secondaire de la structure, pas toute symbolique, dans l'imaginaire. Il est aboli, deuxièmement, parce qu'il n'y a pas de substance préposée au rôle de sujet mais un effet mouvant de représentation par un signifiant auprès d'un autre sous la stimulation de l'objet a, l'être réel. Cette indétermination lui vaudra d'être notée l'ensemble vide par Lacan.


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