Auteur : Susan Fletcher
Traducteur : Marie-Claire Pasquier
Date de saisie : 03/04/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Plon, Paris, France
Collection : Feux croisés
Prix : 22.90 € / 150.21 F
ISBN : 978-2-259-20648-8
GENCOD : 9782259206488
Sorti le : 28/02/2008
Après le succès international de son premier roman, La Fille de l'Irlandais, Susan Fletcher revient avec un deuxième livre encore plus réussi.
Moïra, vingt-huit ans, est au chevet de sa jeune soeur, Amy, qu'une terrible et inexplicable chute a plongée dans le coma depuis cinq ans. Habitée par le remords, Moïra parle à sa cadette. Elle s'excuse de n'avoir pas été la soeur rêvée. D'une extrême sensibilité, c'est une écorchée vive qui ne peut, n'a jamais pu et ignore comment s'abandonner à l'amour des autres, de ses parents, de sa soeur, et plus tard de son époux...
Au travers de cette confession, Moïra cherche à la fois à se faire pardonner, et à assumer enfin son statut de femme, en paix avec elle-même.
Avec de saisissantes descriptions de la nature et de la mer, qui rehaussent ses talents d'artiste, Susan Fletcher nous conte une histoire émouvante d'amour, de peine, et de rédemption.
Susan Fletcher est née en 1979 dans les West Midlands. Son premier roman, La Fille de l'Irlandais est couronné par les deux prix littéraires les plus prestigieux attribués aux premiers romans en Grande-Bretagne (le Whitbread et le Betty Trask Award).
«Le roman est profond, beau ; Avis de tempête est l'oeuvre d'une jeune écrivaine extrêmement talentueuse... Si elle peut écrire à ce niveau à moins de trente ans, son potentiel est stupéfiant.»
The Guardian
«Fletcher est la femme écrivain par excellence : intelligente, perceptive, intuitive.»
The Scotsman
«Sa prose est extraordinairement lyrique : envoûtante, onirique et précise, évoquant parfois Sylvia Plath.»
Sunday Times
Traduit de l'anglais par Marie-Claire Pasquier
Dans ce roman d'apprentissage virtuose, les situations basculent vite et les images touchent toujours au vif, plongeant au plus profond de sentiments enfouis. Malgré son impression de vivre en dehors du monde, Moïra laissera l'amour s'insinuer lentement dans son âme, triomphant bizarrement de ses peurs, de ses doutes et de sa jalousie enfantine. Par-delà le deuil impossible, la belle insensible trouvera l'apaisement dans le souvenir, vivant, qui ne cessera plus de l'habiter et de la hanter. Cet univers est de ceux qui laissent une empreinte marquante.
Cela fait quatre ans. Quatre - et combien de mois ?
Je ne sais pas. Je ne sais plus. Il me reste les années, mais j'ai perdu les unités de temps plus petites, plus pâles - les semaines, les jours et, en leur sein, les heures muettes. Elles m'ont quittée, ou peut-être du moins, mon désir de les compter. Jadis, je comptais : les minutes et les bruits de ton coeur ; les secondes sur ma montre. Je regardais venir les saisons : les arbres changer, les pousses jaillir de la terre, et les gelées, et je voyais ton fantôme fragile s'éloigner à travers les champs labourés. Je me disais : l'année dernière... et je t'imaginais telle que tu étais alors - en train de manger, ou dans l'herbe. Et c'est de cette façon, ma douce, que je mesurais nos vies, au début : par des retours, par la lente rotation silencieuse du monde. J'ai compté quatre citrouilles, quatre mois de mai printaniers. Des pins, des jours fériés ; une année bissextile. J'ai compté dix mille marées, Amy. J'étais la fille au boulier. C'est la nuit que je comptais tout ça.
J'étais dans l'espérance.
Dans l'espérance, comme une mariée, et soulagée, car ce n'était pas là une mort. Au début, c'est ce que j'avais cru. Tout le monde. Elle n'est pas morte, donc tout ira bien, voilà ce que je me disais. Je m'asseyais, je calmais ma respiration, et j'imaginais tel ou tel avenir avec toi - rétablie, avec une peau de fruit mûr, toutes tes blessures guéries. Tout ce que je trouvais de doux, de lisse, je te l'apportais, je le posais sur ton lit, parce que je me disais que cela devait te manquer, un monde qui contient de telles choses - de la lavande, des coquilles d'oeufs, ou la peau sèche, transparente, d'une vipère abandonnée sur une pierre. Je disais : Il neige. Ou bien : Les fraises sont précoces. Til envoya une carte postale, et je te la lus. Elle parlait des déserts, et de leurs ciels immenses, sans nuages, si bien que l'espace d'un instant cette chambre n'eut plus des murs verts, et nous n'étions plus dans une ville, loin de la mer, avec ton odeur aigre et ton coeur fragile, malade.
J'ai dit aussi : C'est comme ça, ma douce, qu'on marche. En appuyant mon poing contre la plante de tes pieds et en repliant tes orteils, à la manière des chats.
Et maintenant ? Ai-je gardé l'espérance ? L'espoir que tu retrouves ta vie d'avant ? Peut-être. Mais l'espoir, c'est comme tout. Il perd de sa fraîcheur, de son velouté, il racornit. Je suis plus vieille, j'ai cessé de compter, ou de peler des oranges dans ta chambre pour la parfumer, et je n'apporte plus de coquillages pour les coller contre ton oreille. Je ne te parle plus de ton médecin couleur noix de cajou qui t'a recousue, t'a sauvé la vie et connaît l'obscurité de tes entrailles. C'est un homme solitaire, je crois. J'ai vu ses yeux.
C'est fini, les coquilles d'oeufs et les chansons. Faut-il m'en vouloir ? Je ne suis plus qu'une pauvre visiteuse qui regarde les arbres par la fenêtre mais sans te les décrire. Et puis je suis fatiguée. Trouve une pierre, soupèse-la : je suis lourde comme elle. Oui, j'ai le coeur aussi lourd. Je ne viens plus déposer sur ton lit un joli monde inventé. A quoi bon ? A quoi cela a-t-il servi ?
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