Auteur : Danielle Bégot
Date de saisie : 21/02/2008
Genre : Sciences humaines et sociales
Editeur : Ed. du CTHS, Paris, France
Collection : CTHS-Histoire, n° 30
Prix : 32.00 € / 209.91 F
ISBN : 978-2-7355-0656-9
GENCOD : 9782735506569
Sorti le : 07/02/2008
Dans les zones tropicales et équatoriales de l'Amérique coloniale moderne, et encore pour une bonne part à l'époque contemporaine, la plantation coloniale esclavagiste présente des caractéristiques fondamentales. Elles tiennent à la fois à un type de mise en valeur, à l'originalité de ce que produit une agriculture manufacturière, et surtout à un rapport au travail marqué par le recours à une main d'oeuvre servile largement issue de la traite négrière transatlantique. Mais si la plantation est une structure, elle est aussi une conjoncture. Les bouleversements du XIXe siècle, première abolition dans les terres françaises, portée par la Révolution et le soulèvement des esclaves à Saint-Domingue, émancipation des populations serviles de la Caraïbe anglaise (1833-1838), deuxième abolition française (1848), posent dans toute son ampleur la question du passage du travail de l'esclave à celle du nouveau libre. Il s'agit d'une des grandes réflexions de l'époque, réflexion que la nôtre redécouvre, en s'interrogeant sur l'esclavage et la mise en esclavage, et sur la relation si particulière qui s'est établie entre ces «îles fortunées» et le malheur du travail forcé.
Danielle Bégot est professeur des universités, université des Antilles et de la Guyane : groupe de recherche Archéologique industrielle, histoire, patrimoine (AIHP), FA 929.
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Extrait de l'introduction de Danielle Bégot :
Avec un retard qu'il déplore, mais qui est largement indépendant de sa volonté, le Comité des travaux historiques et scientifiques présente aujourd'hui une partie des actes de son 127e congrès tenu à Nancy en 2002, «Le travail et les hommes», plus précisément les actes du colloque consacré à «La plantation coloniale esclavagiste». De ces trois mots, aucun qui ne soit important, aucun qui ne mérite un minimum de mise en perspective, aucun qui n'interfère avec le sens des deux autres. Tous renvoient à un contexte précis, à la fois géographique et historique, qui est celui de la colonisation européenne des temps modernes dans les terres tropicales ou équatoriales de l'Amérique - au prix d'ailleurs de l'escamotage d'autres exemples, toujours de colonies européennes, mais en Afrique, là où se sont installés les Portugais dès la fin du XVe siècle, ou bien dans l'océan Indien. Rien qui ne s'identifie mieux à ce nouveau monde qui se met en place dans les convulsions et la douleur que la plantation, et le système qui la soutient jusqu'aux abolitions du XIXe siècle, le recours à l'esclave comme force de travail.
Pourquoi «plantation» ? Le mot est d'usage courant, en France, dans les ouvrages de géographie de l'entre-deux-guerres ou de l'après-guerre. On pense au classique Précis de géographie humaine de Max Derruau (1961), qui cite comme aménagements agraires de la zone équatoriale et tropicale aussi bien les fazendas brésiliennes, productrices de café, que les «plantations de canne des vieilles colonies européennes telles que les Mascareignes ou les Antilles». On peut y ajouter des manuels scolaires plus anciens comme, chez Hachette, le manuel de géographie de 1935 à destination de la préparation au Brevet supérieur, où la leçon sur la canne à sucre est illustrée par trois photographies, une «centrale sucrière à Cuba» et deux «plantation(s) de canne» à la Martinique. Le constat vaut pour les sciences économiques et pour les sciences humaines des décennies 1950-1980. Jean Benoist puis Jean-Luc Bonniol ont ainsi montré tout ce que les schémas économiques et sociaux de la Guadeloupe et la Martinique doivent au système de plantation, dont les chercheurs anglo-saxons (Sidney Mintz, tout particulièrement) ont fait le paradigme majeur de cette portion d'Amérique, devenue depuis Charles Wagley l«Amérique des plantations».
Les géographes spécialistes des Antilles françaises, comme Eugène Revert pour la Martinique (1949, 1955) ou Guy Lasserre pour la Guadeloupe (1961), lui ont en revanche préféré la vieille appellation d'«habitation», issue de l'histoire des terres françaises aux Indes occidentales. À la même période, les historiens sont assez paradoxalement plus partagés. Gabriel Debien, grand connaisseur de Saint-Domingue, a très largement privilégié «plantation», mais les spécialistes des Petites Antilles sont restés fidèles à «habitation». À la fin des années 1970, en plein triomphe de l'anthropologie aux Antilles françaises, l'attraction des sciences humaines est telle que Jacques Petit Jean Roget se sent obligé de justifier le titre de sa thèse, La Société d'habitation à la Martinique, en renvoyant aux différences qui, pour lui, séparent chronologiquement et géographiquement les deux termes : la plantation, beaucoup plus étendue, avec plus d'esclaves, des maîtres souvent absentéistes (Saint-Domingue, la Jamaïque) et l'habitation, plus petite, avec des ateliers moins importants et des maîtres plus souvent présents.
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